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Serge Betsen, profession plaqueur.

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Découpeur en chef du XV de France dont il a porté 63 fois la tunique tout au long de la décennie 2010, Serge Betsen a fait l’essentiel de sa carrière au Biarritz Olympique avant de céder à l’appel de Londres et des Wasps pour désosser du Rosbeef. Après avoir remporté 3 Boucliers de Brennus, remporté 2 Grands Chelems dans le Tournoi, accumulé une bonne centaine de points de suture et réalisé un nombre incalculable de plaquages, le jeune retraité tente de développer le rugby au Cameroun, son pays de naissance. Et les défis, l’ancien troisième ligne aile adore ça ! Gros plan sur la vie de ce rugbyman hors pair dont rien ne laissait présager une telle destinée. Magnéto, Serge !

Difficile de ne pas céder aux sirènes du ballon rond quand on voit le jour au Cameroun et qu’on grandit à Clichy au début des années 80. Pourtant, c’est bel et bien vers le rugby que le petit Serge se dirige l’année de ses douze ans. Ni par fascination pour les raffuts de Jean-Pierre Rives ni pour imiter les courses folles de Denis Charvet mais par simple politesse envers un éducateur du Centre Sportif de Clichy qui lui propose de s’essayer au ballon ovale :  » Ma réponse était motivée par l’habitude ancrée dans la culture africaine de ne jamais refuser, sous peine de passer pour un impoli. En fait, j’ignorais tout du sport dont me parlait cet étranger. Aussi curieux que cela puisse paraître, je n’en avais jamais vu la moindre image à la télévision ou ailleurs « .

Exercé, tout d’abord, sans réelle passion et en cachette après que sa mère lui a opposé un refus cinglant de pratiquer ce « sport de sauvage », le banlieusard tombe progressivement sous le charme de cette discipline physique et collective qui lui permet de reléguer ses complexes liés à sa grande taille au second plan. Surclassé à de nombreuses reprises, Betsen se taille la réputation d’un bon joueur de rugby mais surtout celle d’un véritable repoussoir pour les demis d’ouverture qui s’aventurent dans sa zone. Une hargne qui constituera sa marque de fabrique.

A 17 ans, il rejoint la côte basque et intègre la section sport études du Biarritz Olympique, le club de son idole, Serge Blanco dont il partage les initiales. Deux ans plus tard, il fait son entrée dans l’équipe première du BO et dispute son premier match contre Narbonne au stade Aguilera. A tout juste 20 ans, le nouvel entraîneur Alain Mourgiart le nomme capitaine, malgré la présence de Patrice Lagisquet, David Arrieta et d’autres joueurs à l’expérience beaucoup plus importante que la sienne. Un pari osé qui s’avère payant. « Le Sécateur » s’affirme et honore sa première cape avec le XV de France en 1997 à Grenoble lors d’une rencontre face à l’Italie. Malheureusement, le test-match censé venir couronner une saison remarquable des Bleus (Grand Chelem durant le Tournoi des Cinq Nations) vire au fiasco. Pour la première fois de son histoire, les Bleus s’inclinent face au voisin transalpin emmené par le fabuleux Diego Dominguez (32-40). Serge Betsen disparaît des écrans radars de la paire Jean-Claude Skrela et Pierre Villepreux.

Côté championnat, l’arrivée du professionnalisme bouleverse la hiérarchie avec la montée en puissance de clubs tels que le Stade Français et le CA Brive, champion d’Europe 1997, et la régression voire la chute de monuments de l’Ovalie comme le FC Grenoble, la Section Paloise ou le RC Toulon. Stabilisé dans le ventre mou du classement, le Biarritz Olympique, jusqu’ici constitué d’une large ossature de joueurs du cru, cède au multiculturalisme : les Néo-Zélandais Glenn Osborne, Frano Botica et Scoot Keith, l’Australien Joe Roff, l’Anglais Maurice Fitzgerald et une multitude de joueurs polynésiens viennent grossir l’effectif des Rouge et Blanc. Fidèle parmi les fidèles, « La Faucheuse » ne cède pas aux offres brivistes ou agenaises et rempile au BO, dorénavant présidé par Serge Blanco.

Non sélectionné pour la coupe du monde 1999, le serial-plaqueur réintègre le squad de l’équipe de France lors du tout premier Tournoi des Six Nations en 2000, trois après sa dernière cape. Après une rentrée satisfaisante à Cardiff contre le Pays de Galles, il passe complètement à côté de son sujet lors de la rencontre suivante face aux Anglais. Averti à deux reprises, son indiscipline coûte le match aux Bleus. La sanction est immédiate : Bernard Laporte affirme en conférence de presse d’après match que tant qu’il sera sélectionneur, le Biarrot ne fera plus partie de l’Equipe de France. Une déclaration qui sonne comme un adieu aux rêves du flanker d’affronter les All Blacks.

 

Sauf qu’il en faut plus pour décourager le plus rugueux des troisièmes lignes du championnat de France. Souvent montré du doigt pour son engagement sans limite (et pour préférer le lait fraise, son surnom au BO, au houblon), il s’illustre désormais par la propreté de ses interventions et surfe sur les bons résultats de son club pour revenir frapper de nouveau à la porte du XV de France. Il a beau avoir la tête dure, Laporte le reprend en 2001. L’année suivante, Betsen réalise le doublé Grand Chelem/bout de bois. Il est désormais incontournable. Le travail abattu par le numéro 6 tout au long du Tournoi 2002 est colossal : 27 plaquages et le sauvetage d’un essai en fin de match contre les Gallois (Scott Quinell en cauchemarde encore, surtout que c’était sa dernière) puis une performance magistrale contre l’Angleterre à Paris où il écoeure un certain Jonny Wilkinson, le meilleur demi d’ouverture du monde. Elu meilleur joueur Français de l’année, Betsen est au faîte de sa carrière.

Demi-finaliste malheureux avec les Bleus contre l’Angleterre lors du mondial australien alors qu’il marque le premier essai du match sous le déluge, il connaît une trajectoire plus heureuse en club, puisqu’il soulève le bouclier de Brennus à deux nouvelles reprises, en 2005 et 2006. Betsen, Thion, Harinordoquy, Yachvili, Traille : le BO est ce qui se fait de mieux à cette époque mais les Basques le double Brennus/H Cup sur une erreur d’inattention de Sireli Bobo en finale face au Muster de Peter « Braveheart » Stringer.

Arrive la Coupe du monde 2007. Barbu préféré des Français, Sébastien Chabal crève l’écran lors de chacune de ses sorties et jouit d’un soutien populaire jusque-là jamais atteint pour un rugbyman, y compris par Frédéric Michalak. 8 de formation, « Seabass » est placé en concurrence avec Betsen au poste de flanker. La concurrence entre les deux hommes fait rage. Sommé de trancher, Bernard Laporte opte pour la Biarrot afin de privilégier la continuité, au grand dam des nombreux partisans du Drômois qui est replacé dans la cage, en 2e ligne. En quart de finale, Betsen réalise son rêve :  les All Blacks sont en face. Privé de leur maillot noir, les joueurs à la fougère argentée ne sont pas de bonne humeur et le haka promet d’être terrible. Le Camerounais de naissance propose à ses coéquipiers d’arborer des t-shirts aux couleurs nationales, de faire corps et d’aller défier les Néo-Zélandais jusqu’à la ligne médiane. L’idée séduit, et la barrière bleue-blanc-rouge avançant sur Richie McCaw, Dan Carter et consorts fait le tour du monde. Les Bleus réalisent l’exploit  mais échouent de nouveau face au meilleur ennemi anglais aux portes de la finale. Cette 63e sélection est sa dernière. Betsen ne participe pas à la défaite face à l’Argentine pour la 3e place et achève ainsi sa carrière internationale, en même temps que de nombreux cadres du XV de France tels que Pelous, Dominici et Ibañez.

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En 2008, après 16 années passées sous le maillot du BO, il rejoint les London Wasps pour quatre ans où son fighting spirit est évidemment célébré :  » Je ne compte plus les gnons, les hématomes, les arcades ouvertes. Je totalise une vingtaine de sorties prématurées dont une demi-douzaine de fois groggy sur une civière. Je suis le calvaire des demis d’ouverture et de la sécurité sociale. Chaque fin de match, je ressemble à un boxeur après le combat de trop ! « 

Engagé, il l’est aussi sur le terrain de la solidarité. Dix-huit ans après son arrivée en France, le natif de Kumba revient dans son pays natal en 2001. A Yaoundé, il découvre que le quartier de Biyem-Assi a une équipe d’une quinzaine de joueurs. L’image le marque et l’idée de créer une association germe : accompagné de son cousin Ahmed Atiback, il fonde « Les Enfants de Biemassy » qui devient quelques temps plus tard la Betsen Academy. Par le rugby, le flanker s’occupe d’enfants défavorisés et insiste sur l’aspect social de sa démarche. Des projets sont également entrepris à Madagascar et au Cambodge notamment. A ce jour, dix ans après sa création, la Betsen Academy aide près de 500 jeunes qui bénéficient des conseils prodigués par les bénévoles ou et les membres présents dans les 5 centres disséminés à travers le pays. Après avoir plaqué les adversaires, Serge Betsen veut plaquer la fatalité. Parole de Sécateur !

Matt Leduc

Green vs Mundine : pourquoi tant de haine ?

 

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Ce n’est pas un scoop : certains sportifs ne s’apprécient guère. Comme vous pouvez vous en douter, la boxe n’échappe évidemment pas aux rivalités entre athlètes à l’ego parfois surdimensionné. Certaines animosités comme celle entre Ali et Frazier ou Tyson et Lewis ont défrayé la chronique. Celle — moins médiatisée — qui opposa la star Australienne Anthony Mundine à son compatriote Danny Green n’en fût pas moins explosive. Outsider-Mag a cru bon de s’intéresser à ses deux pugilistes aux parcours diamétralement opposés qui — huit ans après leur affrontement — pourraient recroiser le fer.

 

C’est bien connu, les mots peuvent parfois faire des dégâts. Lorsque Anthony Mundine franchit le rubicon au cours d’un talk-show en traitant Danny Green de « bum » (minable, raté), cela fait boom. Pas du genre à se laisser provoquer sans réagir, l’insulté charge à son tour l’insolent métisse. Ainsi, l’ancienne colonie Britannique voit se poser les premiers jalons d’une rivalité qui allait bientôt dépasser le seul cadre sportif. La vie suit son cours au pays du surf et des habitants à l’accent impossible. Puis, les langues se délient de nouveau. La presse s’emballe et la promesse de se retrouver face à face se concrétise en septembre 2005 par la signature d’un juteux contrat pour les deux showmens (2,5 millions de dollars pour le perdant, 3 millions pour le gagnant).

Quelques mois avant leur affrontement prévu à l’Aussie Stadium de Sydney, les deux rivaux se partagent la tête d’affiche d’une soirée boxe au Challenge Stadium de Perth. Green se défait facilement du Mexicain Kirino Garcia par décision unanime (100-90 de la part des trois juges). Après son combat, micro en main, il harangue la foule en déclarant : « Perth : le prochain gars qui va s’amener sur le ring a manqué de respect à beaucoup d’entre nous. Offrez-lui l’accueil qu’il mérite. » La foule rugit. Bouillant, il en remet un coup en questionnant les 5500 spectateurs : « Qui est ce qui veut voir Mundine se faire mettre KO ? » C’est alors du délire ! Quelques minutes plus tard, la bronca qui accompagne l’enfant terrible de la boxe australienne du tunnel jusqu’au centre du ring est assourdissante. Habitué, « The man » préfère en rire et annonce face caméra qu’il ne peut pas être battu. Le Samoan Chong Nee lui donne raison lors du troisième round. Insultes, bouteilles et débris obligent Mundine et son staff à rejoindre le vestiaire en courant. La bande quitte l’arène sous protection policière.

Ange et démon

Aucun des 23 millions d’habitants que compte l’Australie ne peut désormais ignorer cette rivalité, par ailleurs rendue parfaite par le contraste qu’offrent les principaux intéressés Mundine, converti à l’islam et rappeur à ses heures perdues, est autant apprécié par la communauté aborigène dont il en revendique fièrement son appartenance que boudé par la « White Australia » en raison de ses innombrables déclarations fracassantes*. Fils du célèbre pugiliste Tony Mundine, il fut l’un des rugbymans les mieux payés de la Rugby League (il porta les couleurs des St Georges Dragons et des Brisbane Broncos) avant de mettre un terme à sa carrière pour tenter sa chance en tant que boxeur. Doué, il trimballe un palmarès de 25 victoires pour 3 défaites au moment de chausser les gants pour le combat tant attendu par toute l’Australie.

Face à lui, Green, yeux clairs et tignasse châtain du gendre idéal, ne doit sa notoriété qu’à la puissance de son bras droit. Il est aimé par toute une nation qui voit en ce costaud la possibilité de rendre ses lettres de noblesse à un pays sinistré de boxeurs bancables. Il a suivi une carrière beaucoup plus classique que son futur opposant. Passé chez les rémunérés après sa participation aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000, l’Australien de l’Ouest s’est très rapidement inscrit parmi les boxeurs à suivre, en témoigne ses 21 victoires pour 2 défaites. Classés respectivement à la 5e et à la 6e place du classement des super moyens mondiaux, la rencontre s’annonce aussi équilibrée que bouillante. La preuve : la traditionnelle conférence de presse d’avant combat s’effectue de manière séparée de peur qu’elle dégénère.

Mundine au-dessus

Arrive enfin le Jour J. Nous sommes le 17 mai 2006, Mundine accuse 75,5 kg sur la balance. Green — perturbé dans sa préparation par la perte de sa nièce — fait tout de même le poids avec ses 75,9 kg. Ce dernier, peignoir et short noir avec une bande fluorescente verte, est le premier à faire son entrée dans le ring. Son adversaire, ensemble blanc et or et accompagné de son entourage, lui emboite le pas. La tension monte. La rencontre démarre sur les chapeaux de roues. Green se jette sur son adversaire et remporte le premier round à la suite d’un plus grand nombre de coups ayant fait match. Toujours aussi agressif, « Dan » se rejette dans la bataille la tête première une fois le « ding » annonçant le début de la deuxième reprise. Mundine, fin technicien, ne se fait plus surprendre. Esquive et coups bien placés, il perturbe à son tour le puncheur aux épaules tatouées. Signe qu’il est en confiance, il multiplie grimaces et provocations envers son opposant au cours du troisième round qu’il domine également. Sans plus de succès, Green continue son pilonnage, mais ne peut que constater la supériorité de l’Aborigène sur le plan défensif. Plus rapide, il touche de nombreuses fois « The machine » à la tête et au corps sans avoir à dénombrer la moindre trace de coups sur son visage.

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Forcé de prendre des risques à mi-combat, Danny Green se découvre et reçoit un violent uppercut de la part de Anthony Mundine. Touché, il en est bon pour quelques soins lors de la pause. Occupant le centre du ring et forçant Green à boxer en reculant, l’aborigène contrôle parfaitement son combat. À la puissance de son jab, il maintient son rival à distance tout en prenant soin de lui placer direct, crochet et uppercut. Les spectateurs assistent à un véritable récital d’un boxeur au sommet de son art. Poussé par le public, Danny — malgré son nez en sang — n’abdique pas. Après un échange dans le coin, Green projette Mundine dans les cordes, celui-ci trébuche et termine à moitié en dehors du ring. Pour la plus grande déception de ses fans, mais de manière justifiée, l’homme au nœud papillon ne compte pas Mundine. Trop lent pour surprendre « The man » et malgré sa volonté, Green se met à balbutier sa boxe dans la dernière partie de la rencontre. Largement devant au score, son adversaire déroule non sans assener à Green quelques enchainements somptueux. La messe est dite. Le score est sans appel : 118-111, 118-112, 116-113 en faveur d’Anthony Mundine. Sous les sifflets, il est porté en triomphe et fait signe au public de se taire. Les sifflets redoublent. Plus tard il déclare : « Je veux remercier Danny pour ce combat. Il a fait une bonne performance. Il était prêt. Il était préparé. Mais j’étais le meilleur ce soir. » Green reconnait sa défaite. « Beaucoup de choses ont pu être dites dans le passé, mais Anthony a fait un meilleur combat ce soir. Je n’ai pas d’excuses, ma préparation était bonne. Je me suis entrainé comme jamais. Le soutien que j’ai eu a été incroyable, c’est dur de perdre dans ces conditions. Mais je reviendrais. »

Et la suite ?

Effectivement, Danny Green ne s’exporte quasiment plus à l’étranger, mais poursuit une carrière honorable avec 33 victoires, dont 28 par KO. Malgré 5 défaites, il reste à ce jour le boxeur préféré des Australiens. Dans l’autre camp, avec 46 victoires pour 6 défaites, Anthony Mundine a prouvé qu’il était capable du meilleur, mais également montré à maintes reprises une nonchalance indigne d’un boxeur de son calibre. Après une lourde défaite (5 knockdowns) contre le Ghanéen Clottey, son prochain combat contre le Bélarusse et invaincu Rabchenko le 12 novembre semble être un tournant décisif pour sa carrière.

Il y a quelques mois, Danny Green, dont le dernier combat remonte à novembre 2012, affirmait au cours d’une interview : « Je ne serais pas en paix, tant que je n’aurais pas obtenu une revanche contre Mundine. » « The Man » a quant à lui préféré snober le puncheur originaire de Perth en affirmant : « qu’il (Green, NDLR) ne faisait pas partie de ses préoccupations actuelles. » Soit. Bien qu’officiellement peu intéresser pour retrouver « The Green Machine », l’icône aborigène aurait néanmoins prié son manager Khoder Nasser d’aller à la rencontre de son rival afin d’y étudier les contours d’une éventuelle revanche. Coup d’éclat médiatique de la part de deux boxeurs vieillissants (Green a 41 ans, Mundine 39) ou réelle volonté d’en découdre ? Difficile à dire, d’autant plus que vingt kilos sépareraient les deux meilleurs ennemis de la boxe australienne.

Qu’un « Rematch » s’organise ou non, les deux enfants du pays resteront à jamais associés au duel qui affola les statistiques et réveilla les vieux démons d’une nation pas tout à fait réconciliée avec son passé. En effet, si 30 000 spectateurs et plus d’un million de téléspectateurs payants (pay per view) assistèrent à leur rencontre, celle-ci fut avant tout l’épicentre de tensions intercommunautaires qui se solda par la mort d’un homme et par une vague d’interpellations à la suite de nombreux affrontements nocturnes. Jamais, depuis la victoire mythique de l’Afro-Américain Jack Johnson sur Tommy Burns à Sydney en 1908, le pays continent — qui n’a habituellement d’yeux que pour le cricket, le rugby à treize ou le footy — n’avait connu une telle effervescence pour un « simple » combat de boxe. La revivra-t-elle un jour ? Telle est la question.

* Mundine avait dit des attentats terroristes du 11 septembre qu’ils été une réponse logique à la politique extérieure des Etats-Unis. Il a également jugé l’homosexualité incompatible avec la culture Aborigène et declaré que l’Australie été l’un des pays les plus racistes du monde.

 

Matt Leduc

 

Shafiq Chitou, This time for Africa.

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Son nom ne vous dira rien. Pourtant, Shafiq Chitou a été membre de la franchise des Istanbulls lors des World Series of Boxing (WSB) et a défilé sous les couleurs béninoises aux Jeux Olympiques de Londres en 2012. Preuve incarnée que l’Afrique regorge de boxeurs talentueux en dépit d’infrastructures peu propices à leurs éclosions, le gaucher au crochet dévastateur n’entend pas simplement laisser une trace à cette discipline mais ni plus ni moins marquer celle-ci de son empreinte. Chiche ?

Parler du bosseur qu’il a toujours été, du boxeur rugueux qu’il est devenu et du champion qu’il aspire à être, ne saurait se concevoir sans un retour aux sources. Avant dernier des quatre enfants que sa mère a eu avec un homme qu’elle partage avec quatre autres femmes, Shafiq Chitou a vu le jour à Cotonou, la capitale économique et plus grande ville du Bénin, au milieu des années 80. Le petit pays d’Afrique de l’ouest, coincé entre le Togo et le Nigéria, se trouve alors sous la coupe du dictateur Mathieu Kérékou. La vie est dure et la bataille pour faire bouillir la marmite est quotidienne. Shafiq ne va pas à l’école et est contraint d’effectuer toutes sortes de boulots dès son plus jeune âge pour contribuer à l’effort collectif. Au sortir de l’adolescence, il attaque la boxe avec un copain du quartier, davantage pour se maintenir en forme que par amour pour le Noble Art. Mais très vite, il prend goût à cette discipline qui demande force et courage et, après quelques années de pratique, ses prestations encourageantes lui permettent d’intégrer l’équipe nationale. A 24 ans, il remporte les championnats du Bénin en catégorie plumes et participe aux championnats du monde de boxe amateur à Milan. Sans soutien ni entraîneur, il échoue aux portes des quarts de finales contre le Turc Kerem Gurgen. Son punch et sa rapidité attirent néanmoins les recruteurs et le jeune Béninois se voit proposer d’intégrer la franchise des Istanbulls pour les World Series of Boxing (crées en 2010, les WSB est une compétition où s’affrontent douze franchises réparties à travers le monde, ndlr). Si la chance sourit aux audacieux, son abnégation, elle, lui permet de s’ouvrir les portes d’une vie meilleure. C’est du moins ce qu’il croit en posant ses valises sur les bords du Bosphore. Malheureusement, après trois combats prometteurs sous la bannière stambouliote, l’athlète d’un mètre soixante-huit pour soixante kilos est prié de plier bagage, seulement six petits mois après son arrivée.

Là où le pessimiste y verrait un retour à la case départ, Shafiq y voit une occasion de reculer pour mieux sauter. Grâce à son expérience acquise chez les Turcs, il s’invite sur la troisième marche du podium lors des championnats d’Afrique disputés à Yaoundé au Cameroun et effectue une performance relativement correcte lors des Jeux Africains de Maputo au Mozambique. Quelques mois plus tard, il confirme son statut d’homme en forme en obtenant son billet pour les Jeux Olympiques de Londres. L’exploit est accueilli avec joie au pays du vaudou. Hélas, la déception sera à la hauteur de l’attente. N’ayant pas pu bénéficier d’une préparation adéquate, le Cotonois s’incline dès le premier tour face au Tunisien Ahmed Mejri sur le score de 16 à 9. Ainsi va la vie…

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La Fédération Béninoise de Boxe réalisant qu’elle tient en la personne de Chitou une pépite capable de redonner ses lettres de noblesse à la boxe nationale, a jugé bon d’envoyer ce dernier à Rouen, afin qu’il bénéficie de structures adaptées à son énorme potentiel. Les résultats n’ont pas tardé à confirmer la pertinence de leur décision : « j’ai disputé la finale de la ceinture Montana, où je me suis incliné aux points contre un très bon boxeur Mauricien. Depuis mon arrivée en France, j’ai l’impression d’avoir progressé dans quasiment tous les domaines et je sens que ma marge de progression est encore énorme ».

A bientôt 30 ans, c’est donc en Normandie, ou sa gentillesse et son professionnalisme font l’unanimité, que le boxeur s’entraîne, mu par la conviction de pouvoir devenir le premier Béninois à ramener une médaille des prochains JO, qui auront lieu à Rio en 2016. Sevré de boxeurs renommés depuis le retrait des rings de Georges Boko et à la suite du décès de Aristide Sagbo, l’ancien royaume de Dahomey pourrait bien avoir trouvé son nouveau roi.

 

Matt Leduc

Au nom du trèfle

En matière de combat, les Irlandais en connaissent un rayon. Pas étonnant donc que leur combativité si légendaire aimante les amateurs de boxe autant qu’elle inspire les producteurs hollywoodiens, groupes de musique et autres auteurs de romans à succès. Outsider­ Mag vous propose à travers ce reportage une plongée au cœur d’un peuple souvent conquis mais jamais soumis.

Pour comprendre qui est ce qui rend les Irlandais si féroce au combat, peut-­être serait-­il judicieux de rejoindre le pays de la Guinness et des farfadets et de retourner à une époque où la boxe dite moderne avec gants, protège-­dents, coquilles, différentes classes de poids et d’innombrables fédérations n’existait pas. Des gens du voyage, ou plus communément appelés « gypsies » au pays de Michael Collins, ont pris l’ habitude de régler leurs différends sans distinction d’âge ou de poids à grands coups de bourre­pifs en pleine tronche. Le Bare­Knuckle, dont la traduction la plus proche pourrait être « à mains nues », n’obéit à aucune règle: pas de repos, pas de protections, pas de points. Le combat ne prend fin que lorsque l’un des deux « pugilistes » n’est plus apte à poursuivre l’affrontement.

Habituellement pratiquée à l’abri des regards, en 1814, devant une foule nombreuse à avoir fait le déplacement, Dan Donnelly, un géant (pour l’époque) d’1.83m terrasse l’Anglais Georges Cooper et devient ainsi la première célébrité d’une discipline précurseur par bien des aspects du Noble Art.

Davantage puissant que technique, le cogneur Dublinois, qui fît son entrée au Hall of Fame en 1998, fut le véritable fer de lance d’une nation dont l’amour pour la castagne est palpable. A juste titre, il est également considéré comme l’inspirateur de nombreux boxeurs, dont le dernier champion à mains nues et premier avec gants, l’Américain d’origine Irlandaise, John Sullivan. Le Bare­Knuckle, pratique pas vraiment d’un autre temps puisqu’elle connut un retour sur le devant de la scène médiatique en 2009 lorsque des Irlandais du peuple marchant filmèrent leur pugilat, inspira également le réalisateur anglais Guy Ritchie pour son film Snatch, dans lequel l’acteur américain Brad Pitt incarna avec conviction un jeune combattant gitan non ganté.

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En 1849, la grande famine orchestrée par le Royaume­ Uni avec qui l’Irlande est en guerre décime une grande partie de la population, notamment celles issues des classes défavorisées. Des milliers d’Irlandais fuient donc la patrie des poètes et partent s’installer de l’autre côté de l’Atlantique, à la recherche d’une vie meilleure. New York, Boston, Chicago et d’autres villes de la côte Est des Etats­-Unis sont vite envahies d’immigrés celtes ayant parfois débarqué sans argent ni bagages. Discriminés ou relégués aux tâches les plus ingrates, ils habitent des taudis et endurent les brimades de l’Amérique protestante, jugeant l’invasion papiste néfaste pour le pays. Comme le montre Gangs of New York du réalisateur Martin Scorcese, les affrontements communautaires opposant immigrés irlandais et américains de souche sont alors nombreux et particulièrement violents.

Qu’à cela ne tienne, à l’instar d’autres catégories de populations marginalisées (noirs, juifs …), nos frères catholiques vont alors se servir de la boxe comme ascenseur social. Qu’ils combattent clandestinement ou sous les feux des projecteurs, ils font étalage de leurs talents et gagnent le respect à la force des poings. Logiquement, les premiers boxeurs à faire les choux gras de la presse se nomme Paddy Duffy, Mike Donnovan, John Heenan, dont le style de boxe offensif ne laisse guère de doutes sur leurs origines communes. La boxe sort doucement de l’ombre et les gladiateurs des temps modernes se font rapidement les portes-drapeaux d’une communauté toujours considérée comme pestiférée.

Aux alentours des années 1900, encouragées par le succès de leurs aïeux, de nombreuses têtes rousses franchissent à nouveaux les portes des « gymnasium » dans l’espoir d’être le futur héros du peuple. Les résultats ne tardent pas: Tom Sharkey, James Corbett et une multitude d’autres compatriotes jouent les premiers rôles d’une discipline parmi les plus populaires du moment. Durs, forts et précis, ils ont la réputation de ne jamais rien lâcher et de faire face, qu’importe l’adversité. Leur style plaît et bien peu nombreux sont ceux qui osent venir les défier. C’est le début de l’âge d’or des boxeurs américano-­irlandais, dont la proportion d’athlètes dépasse de loin celle des autres communautés (scandinaves, germaniques, latins…).

S’ils ne sont pas les seuls à compter parmi leurs rangs des pugilistes de talent, les Irlandais profitent de leur concentration géographique sur la partie Est du pays, d’où s’organise la majorité des réunions, pour s’inscrire comme la force majeure de la boxe aux Etats­-Unis. Notons aussi l’impossibilité pour les Noirs de croiser le fer avec des boxeurs blancs pour des combats de première importance, favorisant ainsi l’idée d’une domination de la tête et des épaules (et accessoirement des poings) des représentants de type Européen.

Quoi qu’il en soit, pas une semaine ne passe sans que les journaux, vendus à la sauvette dans les rues des principales villes des Etats-­Unis, ne vantent les derniers exploits des boxeurs en général et des Irlandais en particulier. Bousculés par l’émergence d’une vague de boxeurs d’origine italienne, ils tiennent toujours le haut du pavé dans la première partie du XXe siècle, avec notamment Jack Dempsey, surnommé « Le tueur de Manassa », chez les lourds.

Quelques années plus tard, James Braddock, fils d’immigrés irlandais, né à New York en 1905, devient l’icône nationale en terrassant successivement John Griffin, Art Lasky et Max Baer, déjouant-là par la même occasion les pronostics largement en sa défaveur. Champion du monde des poids lourds de 1935 à 1937, « Cinderella man » eut l’honneur de voir sa vie interprétée par Russell Crowe dans un long­ métrage  sorti en 2005. S’il n’a pas eu le succès de « Ali » ou d’autres biopics de boxeurs renommés, « De l’ombre à la lumière » retrace avec sensibilité le destin hors du commun du champion à la carrière en dents de scie (51 victoires, 26 défaites, 7 nuls).

Plus courageux, volontaire et pugnace que tout autres boxeurs, « JB » réussit, via son parcours cabossé (main âbimée, faillite financière, faible côte), à changer la vision des boxeurs auprès du grand public, jusqu’ici peu favorable envers ces messieurs.

Durant la seconde partie du XXe siècle, les Irlandais vont progressivement abandonner leur statut de peuple élu du noble art au détriment des noirs et cela dans pratiquement toutes les catégories de poids existantes. La donne a changé et bien qu’ils n’aient rien perdu de leurs fighting spirit, nos insulaires préférés ne parviennent pas à proposer des adversaires dignes de ce nom aux Sugar Ray Robinson, Joe Frazier et autres Muhammad Ali. Les « Irish » jouent désormais les seconds rôles d’une discipline qu’ils ont modelée et influencée au point d’être considérés comme les maîtres d’un style de boxe résolument porté sur l’attaque.

Les années passent, les performances des « paddy’s » (Diminutif de Patrick. Surnom donné aux Irlandais) se font plus rares puis, un jeune boxeur du nom de Micky Ward, que l’on surnomme « Irish » va raviver la flamme des pugilistes américano- irlandais. Dans le ring, le tigre de Lowell (banlieue de Boston), entraîné par son demi-­frère Dick Eklund, se bat avec férocité et intelligence. Sa capacité à résister aux coups de ses adversaires et son crochet du gauche font de lui un des boxeurs parmi les plus spectaculaires de sa génération. De 1985, année où il débuté sa carrière professionnelle à 2003 où il raccroche les gants de manière définitive, le blondinet, sans avoir réussi à accrocher les ténors de sa catégorie rappelle au monde de la boxe que les Irlandais n’ont en rien perdu de la hargne qui les anime depuis des lustres. En 2011, Hollywood ne s’y trompe pas en sortant Fighter, dont l’histoire est inspirée de la vie agitée de Ward. Les Dropkick Murphy’s, groupe de punk rock celtique, rendront également un hommage appuyé au Bostonien dans leur tube « Warrior’s code ».

Dernier boxeur irlandais idolâtré, il aurait pu inspirer FX Toole, romancier américain d’origine irlandaise. Passionné de boxe, Toole, de son vrai nom Jerry Boyd, fût en effet l’auteur de trois romans cultissimes : « De sueur et de sang », « La brûlure des cordes » et « Coup pour coup ». Sa source d’inspiration ? Les Irlandais bien sûr ! Après tout, qui mieux qu’eux ont su apporter ce supplément d’âme si précieux à la boxe ? Le film Million Dollar Baby, adapté de son ouvrage « La brûlure des cordes », écrit en 1970, très justement encensé par la critique (meilleur film 2005) retrace l’histoire de Maggie Fitzgerald (Hilary Swank), boxeuse au peignoir et short de couleur verte frappé du trèfle, partie de rien, arrivée au sommet avec l’aide de son coach Frankie Dunn (Clint Eastwood). Passion, espoir et combativité rythment ce long­ métrage qui, s’il n’avait pas été tourné sous le soleil de Los Angeles, nous transporterait presque au bord du lac Connemara, tant l’état d’esprit irlandais reste omniprésent.

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Bien qu’actuellement aucun Irish ne semble pointer le bout de son nez pour reprendre le flambeau de ses prédécesseurs, nul doute que dans les plaines de la verte Erin ou dans l’une des salles de boxe des mégapoles américaines se prépare une future terreur qui viendra brandir haut et fier le drapeau tricolore et insuffler ce mélange de boxe romantique dont seuls les Irlandais ont le secret.

Moins médiatisé que leur cousins d’Amérique, quelques « vrais » irlandais ont également réussie à tirer leur épingle du jeu comme Kevin McBride, bourreau du grand Mike Tyson, lors du dernier combat de la légende américaine en 2005. Citons aussi Wayne McCullough, médaillé d’argent aux JO de Barcelone en 1992, auteur d’une carrière plus qu’honorable chez les poids coqs (27 victoires 7 défaites). De nos jours, le poids moyen Andy Lee (33 victoires 2 défaites), seul boxeur d’Irlande à combattre outre-Atlantique, porte sur ses épaules l’espoir de toute une nation qui, à travers les âges, aura grandement contribué à l’essor du Noble Art.

Go raibh mait agat ! (Merci !)

Matt Leduc

Tommy Morrison, c’était pas du chewing-gum !

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Il y a quasiment un an (1er septembre 2013), le monde de la boxe apprenait avec tristesse la disparition à l’âge de 44 ans de Tommy Morrison, ancien champion du monde poids lourds WBO. Les connaisseurs se souviennent probablement de sa prestation dans Rocky V dans lequel le jeune blondinet, tout droit débarqué de son Oklahoma natal, réussit à convaincre Rocky Balboa (Sylvester Stallone) de le coacher après lui avoir prouvé « qu’il en a dans les gants » durant une séance d’entraînement des plus viriles. Si le film se finit par une bagarre de rue entre nos deux bêtes de scène et qu’il reste l’épisode de « Rocky » à avoir fait le moins d’entrées au box-office, ce 5e opus fait découvrir l’un des boxeurs les plus doués de sa génération : Tommy « The Duke » Morrison.

Élevé et ballotté dans le sud des États-Unis dans ce qu’il convient d’appeler une famille à problèmes, « Le Duc » — surnom hérité d’un lien de parenté jamais vraiment prouvé avec l’acteur John Wayne — se heurte très vite à la dure réalité de la vie lorsqu’il doit se rendre en prison pour visiter sa mère, incarcérée pour avoir poignardé une femme dans un bar, l’année de ses quatre ans. Quant à son père, un alcoolique notoire à la main leste et lié au crime organisé de Kansas City, il n’hésite pas à l’entraîner dans ses combines et autres transactions douteuses alors qu’il n’est encore qu’un tout jeune garçon. Dans cet environnement violent et malsain, le jeune Tommy, qui durant son adolescence laisse entrevoir de belles dispositions en tant que linebacker dans l’équipe de football américain d’une bourgade de l’Oklahoma, parvient à s’en sortir en se tournant vers la boxe, certainement afin d’y exprimer sa rage autant que pour s’évader d’une vie loin d’avoir commencé sous les meilleurs auspices.

Doté d’une musculature à rendre jaloux le plus fier des bodybuilders, il fait parler la foudre du haut de ses 188 centimètres et se taille rapidement la réputation d’un puncheur sans pitié pour ceux qui osent l’affronter. Son palmarès en tant qu’amateur fait état de 220 victoires pour une petite vingtaine de défaites, palmarès suffisant pour passer professionnel à l’âge de 19 ans et poursuivre son travail de démolition aux quatre coins des États-Unis où nombreux seront ses adversaires à mordre la poussière quelques secondes seulement après la cloche annonçant le début du combat (15 adversaires mis au tapis lors du premier round sur ses 28 premiers combats victorieux). Trois ans après le début de sa carrière chez les rémunérés, le gamin aussi blond que les blés et aussi beau comme l’antique subit sa première défaite contre son compatriote Ray « Merciless » Mercer dans un duel d’invaincus au Convention Center d’Atlantic City. C’est le premier couac dans la carrière de Morrison, alors décrit comme le seul boxeur blanc susceptible de pouvoir perturber l’hégémonie des noirs chez les lourds. Pour rappel, nous sommes au début des années 90, et la catégorie « heavyweight » est alors dominée par Evander Holyfield, Riddick Bowe et Lennox Lewis.

De retour sur les rings quatre mois après son revers, il se débarrasse de Bobby Quarry en deux petits rounds puis d’une demi-douzaine d’autres faire-valoir dont l’histoire n’en retiendra pas les prouesses. Se présente alors un défi de taille en la personne de Georges Foreman. Bien qu’il ne soit plus le cador qu’il fût au cours des années 70, « Big George » reste à 44 ans un cogneur à la mâchoire d’acier bien décidé à tenter crânement sa chance pour remporter la ceinture mondiale WBO, alors vacante. L’affiche est alléchante et, malgré les vingt ans d’écart entre les deux athlètes, le combat tient toutes ses promesses. Toujours aussi puissant malgré son âge et dix années passés loin des rings*, Foreman est dominé par Morrison, déclaré vainqueur par décision unanime au terme des 12 rounds. Le voilà champion du monde des lourds, un an et demi après sa première tentative infructueuse contre Mercer. Le Duc est alors au sommet de son art, son sourire et sa gueule d’ange s’affichent partout et les propositions affluent de toutes parts.

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Malheureusement après avoir conservé son titre contre Tim Tomashek qu’il met KO au 4e round, il est envoyé au tapis à trois reprises au cours du premier round par Michael Bentt, quatre mois seulement après avoir été sacré champion du monde. Sans mettre un coup d’arrêt définitif à une carrière jusqu’ici prometteuse, cette défaite surprise contre un boxeur modeste affecte particulièrement la cote du « grand espoir blanc » qui en est bon pour un retour à la case départ. Et puisqu’un malheur n’arrive jamais seul, c’est désormais à la rubrique des faits divers que le boxeur au visage d’éternel ado fait désormais parler de lui. Bagarres nocturnes par ci, conduite en ivresse par là ou encore port d’armes, Tommy Morrison semble avoir touché le fond.

Mais puisqu’il est écrit qu’un guerrier même au fond du trou ne rend pas les armes, il revient plus déterminé que jamais et enchaîne une série de 7 combats sans défaites (6 victoires et 1 nul) en l’espace d’un an et quelques mois.

Le 10 juin 1995, il affronte Donovan Ruddock, un boxeur canadien de qualité qui quelques années avant leur confrontation donna du fil à retordre au grand Mike Tyson lors d’un combat estampillé « fight of the year ». L’affrontement, rude et spectaculaire, a lieu à Kansas City dans une ambiance surchauffée. Morrison, compté une poignée de secondes seulement après le début de la première reprise, se remet dans le combat et met en difficulté le géant canadien à la suite d’un superbe enchaînement corps-tête. Les deux boxeurs se rendent coup pour coup et bien malin est celui qui peut dire qui des deux athlètes remportera la ceinture mondiale IBC des poids lourds. À mi-combat, Morrison envoie Ruddock au tapis à la suite d’un crochet du gauche en pleine face. Compté et sonné, ce dernier se réfugie dans les cordes et subit un pilonnage en règle de la part du « Duke ». Le gamin de l’Oklahoma fait étalage de toute sa palette technique pour le plus grand plaisir des spectateurs, et Ruddock, au bord du gouffre, est de nouveau compté. Le combat reprend, ainsi que les attaques incessantes du boxeur américain, décidément en verve durant cette sixième reprise. Le Canadien encaisse un nouveau déluge de coups sans être en mesure de répliquer. C’en est trop selon l’arbitre Ron Lipton qui, prudemment, interrompt la rencontre. Tommy Morrison signe son retour parmi les grands et avec la manière.

Hélas, l’espoir de le voir s’inscrire parmi les grands sera de courte durée puisqu’il cède son titre de champion du monde IBC à Lennox Lewis lors de la première défense de sa ceinture. Ceux qui attendent avec impatience son retour en seront pour leurs frais. Car à la suite d’un test sanguin de routine il est déclaré… séropositif. Son monde s’écroule. Par crainte qu’il contamine ses adversaires, il n’est plus autorisé à boxer et il sombre une fois de plus dans la délinquance. Incarcérée à deux reprises à la fin des années 90, l’ancienne star de Rocky V enrage de ne plus pouvoir se mesurer à d’autres combattants. Coriace, il tente avec l’énergie du désespoir de convaincre à qui veut l’entendre qu’il n’est pas porteur du VIH en avançant quelques éléments visant à appuyer ses dires.

En 2007, il effectue un retour controversé à l’âge de 38 ans et se débarrasse de John Castle en deux petits rounds. Un an plus tard, c’est au tour de Matt Weishaar de s’incliner contre l’ancienne gloire des années 90 dans une indifférence quasi générale. Ce sera la dernière sortie de Morrison dans un ring de boxe, puisqu’il met un terme à sa carrière à la suite d’une aggravation de sa santé. Tombé dans l’oubli le plus complet, Le Duc rend son dernier souffle le 1er septembre 2013 dans un hôpital du Nebraska, entouré de sa nouvelle femme et de ses deux fils nés d’unions différentes. Deux garçons, du nom de Trey Lippe Morrison et de Kenzie Witt, qui tentent d’entretenir la flamme allumée par leur père bien des années auparavant **.

Tu l’as dit Paulie, Tommy Gunn c’était pas du chewing-gum.

 

Matt Leduc

* Retiré des rings au soir de sa défaite contre Jimmy Young en 1977 alors qu’il est âgé de 28 ans, Georges Foreman fera finalement son come back contre Steve Zouski en 1987.
** Trey Lippe Morrison, passé professionnel en 2014 compte 4 victoires pour autant de combats. Kenzie Witt, est auteur de débuts promoteur bien qu’il sois encore amateur.

Fabrice Bénichou, l’écorché vif.

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Dieu qu’elle était belle cette génération de boxeurs tricolores des années 90 avec les frères Tiozzo, Julien Lorcy, Laurent Boudouani ou encore Jean-Baptiste Mendy et Angel Mona !  Et puis il y avait aussi l’inoubliable Fabrice Bénichou. Premier Français à remporter trois titres de champions du monde, le plus fantasque, rebelle et charismatique des poids coqs  a également connu aussi la dépression, la drogue et la misère. On vous emmène faire un tour dans sa drôle de vie… Une putain de vie.

 

Fils d’un ancien légionnaire devenu fakir et d’une mère danseuse, Fabrice Bénichou, pousse son premier cri à Madrid, Espagne, le 5 avril 1965. Alors qu’il n’est encore qu’un bébé, il parcourt le monde au rythme des pérégrinations de ses parents, vedettes du petit écran. A trois ans, alors qu’il se trouve au Mexique, le petit Fabrice échappe de peu à un kidnapping dans les rues de Monterrey. Un an plus tard à Houston aux Etats-Unis, il est violé par le fils d’une amie -stripteaseuse- de ses parents. Quelques mois après, le clan Bénichou débarque à Caracas au Venezuela. Pour la première fois de sa vie, il se rend à l’école. Différent et en avance (il sait déjà lire et écrire) el pequeño Francés devient rapidement le bouc émissaire de ses camarades de classe. Par la force de ses poings et sa roublardise, il gagne leur respect malgré un physique peu propice à la baston. Toujours aussi porté sur la bagarre lorsqu’il arrive en France l’année de ses neuf printemps ou au Liban, alors en pleine guerre civile, cinq ans plus tard, Fabrice fait une rencontre qui change son destin à tout jamais en Israël l’année suivante. Durant un match de football à Eilat, une ville située à l’extrême sud du pays, la petite teigne se trouve mêlée à une bagarre générale :  » Dans les tribunes, il y avait un vieux monsieur aux cheveux gris et à l’embonpoint évident. Je ne l’avais pas remarqué, tout occupé que j’étais à distribuer des droites. Son nom était Chimchom et il était le président des gants d’or d’Israël. J’ai emplafonné trois ou quatre gugusses sur la pelouse, sous son regard connaisseur et intéressé. Le soir, il est allé voir mes parents dans le loges du cabaret et il a dit à mon père : mettez votre fils à la boxe, il est très doué. Ce petit deviendra champion du monde.  »

Sans plus attendre et malgré les déménagements toujours aussi fréquents, l’adolescent se lance corps et âme dans la pratique du noble art. Bien que parsemé d’embûches, son parcours prometteur lui permet de toquer chez les pros’ l’année de ses dix-neuf ans. Se heurtant au refus de la Fédération Française de Boxe (FFB) de lui accorder une dérogation pour franchir ce cap (l’âge minimum légal est 21 ans), le cabochard s’en va au Luxembourg afin d’y obtenir le précieux sésame.

Débute alors une carrière placée sous le signe de la mobilité géographique : Italie, Panama, Venezuela, Etats-Unis… Encore peu connu dans son propre pays, le « Juif errant » comme il aime à se surnommer ironiquement, regagne néanmoins la mère-patrie le temps d’un affrontement contre Thierry Jacob. Le combat, disputé devant un public entièrement acquis à la cause de son adversaire nordiste, permet à Bénichou de remporter la ceinture EBU des poids coqs et d’y gagner une crédibilité certaine. Hélas, l’Italien Vincenzo Belcastro lui chipe son bien trois mois plus tard. Pas plus heureux lors de sa première tentative à conquérir la ceinture mondiale IBF contre José Sanabria, il prend une belle revanche contre ce même Vénézuélien six mois plus tard,  confirmant ainsi la prophétie de Chimchom. Champion du monde, yallah !

Conservé à deux reprises, il cède son trophée à l’invaincu Welcome Ncita (25-0-0), lors d’un combat disputé à Tel Aviv sans énergie ni génie. Tout est donc à refaire. D’autant plus que sa femme le plaque et qu’à la suite de mauvaises gestions financières, il se retrouve dans le rouge.

Relancé par une victoire expéditive face à l’Américain Amos Cowart, il se voit offrir la possibilité de rencontrer Luis Mendoza, champion du monde en titre des super coqs WBA au Palais Omnisport de Paris-Bercy. La salle est bouillante, la douche sera froide :  » Je persiste à croire que je n’aurais pas dû perdre ce combat. Deux des trois juges en ont décidé autrement. Je veux bien croire que dans cette sorte de match nul, l’un ou l’autre aurait pu être déclaré vainqueur. Seulement manque de bol ou manque d’alliés, j’avais perdu. J’étais anéanti. J’ai la vague impression parfois que c’est à ce moment qu’eut lieu la première fuite d’âme, les prémices d’une dépression qui ne me chopera vraiment que quelques années plus tard ».

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Après avoir vaguement hésité à raccrocher les gants, il poursuit sa carrière et rajoute quatre couronnes européennes à son imposant palmarès. Mais puisqu’il est écrit que les histoires d’amour finissent mal, il est largué par la boxe le soir de son combat contre Spencer Oliver. Plus rien dans les gants, plus capable d’éviter les coups de son adversaire, l’ancienne gloire de la boxe tricolore offre la victoire à l’Anglais sur un plateau.

Fauché, il tombe dans la drogue et l’alcool puis sombre dans la dépression. Après huit ans d’errance, il regagne l’Amérique latine, avec l’espoir d’y décrocher quelques combats. Mais l’éternel grande gueule au cheveu sur la langue ne déplace plus les foules. Après seulement deux oppositions, il raccroche définitivement les gants le 30 septembre 2006 avec un bilan de 46 victoires, 18 défaites et 2 nuls. De ses aventures, il a tiré deux livres: « Putain de vie » publié en 2007 et « Mon dernier combat » en 2014. Entre ces deux parutions, il retombe en dépression, tente de mettre fin à ses jours et poste un message d’adieu sur Facebook qui lui sauve la vie, ses amis alertant la police. Un passage en hôpital psychiatrique plus tard, Benichou refait surface, même s’il sait que le chemin de sa rédemption sera long :  » Il s’agit de me battre contre moi-même, pour enfin vivre, naître, avec moins de peurs, enfin capable de lever la tête et de la maintenir bien droite, explique-t-il. J’étais vraiment tombé très bas il y a deux ans […] Je sais que je suis encore très fragile, il faut pas grand-chose pour que je tombe. Un croche-pattes et je suis par terre« . A 48 ans, Fabrice Bénichou a retrouvé une stabilité affective auprès de sa nouvelle compagne et ses 4 fils de 28, 27, 20 et 11 ans. A présent, il donne des cours dans une école de boxe à Sens, ainsi que dans des entreprises et des grandes écoles. Il travaille aussi à l’adaptation cinématographique de sa vie rocambolesque. Tomber 7 fois, se relever 8.

Matt Leduc

 

Jake LaMotta, il était une fois le Taureau du Bronx.

 

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Sa vie fut loin d’être quelconque. Martin Scorcese s’en est d’ailleurs inspiré pour réaliser « Raging Bull », l’un des plus grands chefs d’oeuvre cinématographique du XXe siècle. Champion du monde des poids moyens en 1949 contre Marcel Cerdan, Jake LaMotta a connu de très grands hauts comme de très grands bas. Violent, colérique et malhonnête, le boxeur Italo-Américain est passé par la case prison lors de son adolescence. Et c’est dans ce lieu de perdition qu’un jour il se jura de devenir quelqu’un.

 

Fils d’un Sicilien et d’une descendante d’immigrés italiens du Lower East Side, Giacobbe « Jake » LaMotta naît à New York, en juillet 1921. Ses parents sont pauvres, ignorants et comme tant d’autres familles du quartier malfamé qu’ils habitent, ils peinent à élever leurs cinq rejetons dans la dignité et la droiture. Lorsqu’il n’écume pas les rues du Bronx en compagnie de son père pour tenter d’y vendre les quelques fruits et légumes récupérés par ci par­ là, Jake part faire les quatre cent coups en compagnie d’autres gamins des environs. Cambriolages, vols à mains armées et agressions rythment son quotidien dès l’âge de sept ans. Préadolescent au casier judiciaire déjà chargé, il flirte également avec la mafia italienne, très présente dans les bas fonds de la « Big Apple » durant la Grande Dépression des années 30.

A 16 ans, il est envoyé à la maison de correction de Coxsackie dans l’Etat de New York afin d’y purger une peine de 18 mois. Affecté à l’entretien de la salle de boxe à la suite d’une altercation avec des gardiens, l’ado au sang chaud tourne alors cette punition en avantage. Quotidiennement, il utilise les poids, la corde à sauter, le punching-ball et prend goût à la boxe en compagnie d’un autre détenu du nom de Rocky Graziano (futur champion du monde des poids moyens en 1947 et 1948 et  qui a totalisé un palmarès de 67 victoires, 6 défaites et 10 nuls). C’est décidé : une fois dehors, JakeLa Motta sera boxeur professionnel.

Après quelques combats chez les amateurs, il entame sa carrière chez les pros peu avant son vingtième anniversaire. D’abord cantonné aux salles obscures de New York et aux combats peu rémunérés à l’intérieur du pays (Detroit, Cleveland notamment), la presse commence à faire les éloges de ce poids moyen très prometteur dont la hargne lui vaut rapidement le sobriquet de « Raging Bull »,   » le taureau enragé ».

Le 2 octobre 1942, il s’incline lors du premier des six duels qui l’oppose à la star montante de la boxe américaine Sugar Ray Robinson au Madison Square Garden. Sa cote baisse au point qu’il doit s’exiler, quitter New York pour y affronter des boxeurs plus modestes. Cinq succès plus loin, le voici de nouveau opposé à l’Afro-Américain. LaMotta réussit là où tous les autres boxeurs, y compris amateurs, avaient échoué en remportant cette revanche devant près de 19 000 spectateurs.

Seulement trois semaines plus tard, les inséparables se retrouvent de nouveau face à face à l’Olympia Stadium de Detroit, Michigan. LaMotta s’incline aux points. Une défaite imméritée d’après lui : « j’ai perdu mon troisième combat contre Robinson. Ou plutôt non : l’arbitre lui a accordé la victoire aux points. C’était vers la fin de l’année 1943, Robinson devait être incorporé dans l’armée le lendemain. Tous les journaux chantaient en chœur les louanges du brave garçon qui partait défendre son pays. Ce soir-­là, il a livré un combat médiocre et a quand même remporté la victoire, après avoir été envoyé une fois au tapis ».

Hors des rings, il épouse en seconde noce la belle Vicky, rencontrée trois mois auparavant et échappe de peu à un guet apens orchestré par la mafia. Incrusté à tous les niveaux de l’organisation des combats de boxe aux Etats-­Unis, la pieuvre tente en effet de l’enrôler pour qu’il se plie aux combines des combats truqués. En dépit de cette nouvelle intimidation, le jeune cabochard persiste à opposer un refus catégorique à leurs requêtes. Pour le moment…

Dans l’espoir de disputer un championnat du monde, LaMotta poursuit sa carrière au rythme parfois effréné de deux combats par mois. Victorieux lors de la plupart de ses sorties, il s’incline néanmoins de nouveau face à Robinson à deux nouvelles reprises : « le meilleur adversaire que j’ai jamais affronté : rapide, connaissant toutes les ficelles, il savait aussi frapper et encaisser comme personne ». Deux années passent. Prenant conscience qu’il ne pourra pas réaliser son rêve de glaner une ceinture mondiale sans avoir passé un accord avec la mafia, LaMotta accepte de se coucher devant Billy Fox en échange d’un combat contre le tenant du titre des poids moyens. Mais la supercherie est révélée et le Taureau du Bronx est suspendu 7 mois.

Il doit donc attendre juin 1949 pour enfin accéder au titre suprême en battant Marcel Cerdan, à Detroit. Une revanche est programmée quelques mois plus tard mais les deux boxeurs ne seront plus jamais l’un en face de l’autre: dans la nuit du 27 au 28 octobre, l’avion qui transporte « le Bombardier Marocain » et son staff s’écrase à São Miguel, dans l’archipel des Açores. C’est donc contre le champion d’Europe, l’Italien Tibero Mitri, puis contre le Français Laurent Dauthuille que LaMotta parvient à conserver sa ceinture à deux reprises avant de l »abandonner à… Sugar Ray Robinson après leur sixième et dernier affrontement. L’âge avançant, il change de catégorie, avant d’arrêter les frais : « après avoir livré le combat de trop chez les moyens, j’ai pris conscience que je devais absolument passer chez les lourds-­légers où j’ai disputé dix matchs avant de raccrocher ». Après sa carrière de boxeur (83 victoires, 19 défaites, 4 nuls), il devient propriétaire d’un cabaret à Miami et retourne en prison six mois pour proxénétisme. Devenu acteur, Jake LaMotta vit aujourd’hui entre New York et Miami, avec sa sixième épouse.

Matt Leduc

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