//
you're reading...

Boxe

Bon sang de Patrick Bois !

Bois%20Jr

Ils sont jeunes, ambitieux et ont fait de la boxe leur métier. Loin des strass et des paillettes, ils représentent, chacun dans leur catégorie, le renouveau de la boxe tricolore. Sans langue de bois ni retenue, ils ont décidé de revenir sur leur parcours et de nous livrer leur point de vue sur la scène nationale, leur défis à venir mais aussi sur la précarité de leur statut. 

Pour le premier volet de cette série, tribune libre est donnée au jeune Patrick Bois Jr, véritable showman, toujours aussi direct avec les mots qu’avec les poings. Ça tombe bien, on adore ça !

Comme à son habitude, c’est à plein poumon et la main sur le cœur que Patrick Bois Jr entonnera La Marseillaise, lors du protocole qui précédera son affrontement contre Hakim Zoulikha, le champion de France en titre des poids mi­-lourds : « par fierté d’appartenir à ce pays et pour me mettre directement dans ce combat, dont j’invite tous les amateurs de boxe à regarder (le combat sera diffusé sur Ma Chaîne Sport, NDLR). Croyez-moi, vous allez en prendre plein les yeux ! » Le guerrier des Ardennes n’y va pas par quatre chemins : ce qu’il veut c’est « récupérer la ceinture des mi-­lourds ». SA ceinture, celle qu’il avait arrachée à Jonathan Profichet en mai 2013 et aussitôt cédée à Nadjib Mohammedi lors de sa première défense, cinq mois après son acquisition. « Je vais gagner, je n’ai aucun doute là dessus ». Confiant, celui qui troque son costume de maçon pour enfiler celui de boxeur le soir venu nous a avoué s’être préparé comme jamais. Musculation, d’innombrables rounds avec différents sparring-partners, davantage de travail technique, mais aussi un gros travail mental. Patrick Jr est prêt. Sa seule crainte ? Décevoir le public de Vireux ­Wallerand, qui, une fois de plus, se rendra en masse pour encourager l’enfant du pays.

À seulement 23 ans, l’élève de Hamid Zaïm semble se trouver à un tournant décisif de sa jeune carrière (11 victoires, 3 défaites, 1 nul). Outre le prestige de se voir de nouveau auréolé de la plus haute distinction nationale, « Pat » souhaite prouver qu’il est le roi de sa catégorie. On l’aura vite compris, rien ni personne ne semble effrayer le blondinet au mental d’acier qui, une fois le titre en poche, se verrait bien partir laver l’affront de sa défaite controversée face à l’Allemand Koelling en juin dernier : « ceinture Européenne et pourquoi pas la ceinture mondiale WBC, après tout, lorsque la confiance est présente… », glisse le jeune boxeur, dont le caractère bien trempé ne lui vaut pas que des amis dans le milieu.

Il le jure, cette assurance au combat ne le quittera jamais. La raison ? Le décès de son oncle Yannick, dont le prénom figure sur son short depuis son arrivée chez les rémunérés. Sur sa tombe, il lui a promis de devenir boxeur professionnel. Il prendra des coups, bossera comme un forcené, ne se plaindra jamais des séances parfois à la limite de l’engagement que son paternel lui imposera, suera des litres, reviendra encore plus fort après l’échec dans le seul but de l’honorer.

Promesse tenue. A 20 ans il dispute et remporte son premier combat pro contre Lubo Hantak, chez lui à Bazeilles. Invaincu après six combats, il rencontre Yohann Carteret à Grenoble, en finale du tournoi de France. Première défaite : « un vol. Je méritais de gagner. On aurait pu faire annuler le combat à cause des insultes du public dès le premier round, mais je voulais boxer ».

Pas du genre à se lamenter sur son sort, le gamin des Ardennes s’en va défier Samy Annouche, pas réputé pour être l’adversaire le plus docile de sa catégorie. Match nul. Deuxième sortie sans victoire. Qu’à cela ne tienne, il met les bouchées doubles et renoue avec la victoire devant son public contre Sevcenko puis Velecky. Le 23 février 2013, il bat l’Ukrainien Demchenko par décision unanime et glane la ceinture WBF mondiale, « le plus beau souvenir de ma carrière ». Trois mois plus tard, il réussit là ou son oncle Gérald avait échoué et devient champion de France des mi-­lourds après avoir battu Jonathan Profichet, à seulement 22 ans.

Patrick-Bois-2

Le voilà dans la cour des grands. Sûr de lui, celui qui avoue « n’avoir peur de personne et être prêt à relever tous les défis qu’on lui proposera » s’attaque à un monument de la boxe tricolore : Nadjib Mohammedi. L’affiche, à priori déséquilibrée, entre le jeune Ardennais et l’expérimenté « Iron Djib » (32 victoires pour 3 défaites au moment de leur rencontre), de 6 ans son ainé, tient toutes ses promesses. Sans démériter, Patrick Bois Jr s’incline au terme de dix rounds de grande qualité. Il le sait, s’il souhaite s’inscrire parmi les meilleurs, « Pat », dont la marge de progression est encore énorme, devra se frotter au gratin de la catégorie. Ça tombe bien Enrico Koelling, boxeur Allemand invaincu, lui propose de venir se mesurer à lui avec la ceinture inter­continentale WBA, vacante pour enjeu.

Fidèle à ses principes, le futur papa d’un petit Yanice accepte le challenge sans sourciller : « un autre monde. Quand tu vois les moyens mis en œuvre pour un combat de boxe en Allemagne, tu te dis qu’on est vraiment à la traine chez nous ». Sa défaite aux points, « injuste » selon le principal intéressé, lui prouve qu’il est sur la bonne voie : « je savais que si je ne mettais pas mon adversaire au tapis, il me serait difficile d’être déclaré vainqueur. C’est aussi cela la boxe », dit-il sans déception ni regret, si ce n’est celui d’avoir le sentiment de ne pas pouvoir lutter à armes égales lorsqu’il s’en va faire monnayer ses talents hors de nos frontières. « Pour ce combat, je n’ai eu que deux semaines d’entrainements intensifs, mon adversaire, avait lui passé deux mois à Cuba. Comment voulez-vous lutter ? », interroge-t-il avant de dénoncer le peu de moyens dont bénéficient les pugilistes nationaux. « On boxe pour que dalle. À l’heure actuelle, il est impossible de vivre de la boxe chez nous, contrairement à certains pays limitrophes. C’est d’autant plus frustrant, car il y a des boxeurs de qualité en France ».

On ne saurait lui trouver tort, alors il enfonce le clou et souligne le manque de médiatisation d’une discipline pourtant fort appréciée du peuple français : « les diffusions TV, en plus de faire naître des vocations, apporteraient une manne financière incroyable. Malheureusement, à part l’arrivée d’un mécène qui injecterait de l’argent, rien à l’heure actuelle ne laisse penser que les choses vont s’améliorer. C’est très frustrant ».

Sous les feux des projecteurs ou à l’abri des regards, l’Ardennais entend bien poursuivre sa route vers des sommets, avec le rêve suprême d’aller un jour combattre à Guadalajara, au Mexique. Accordons lui notre confiance pour tout mettre en oeuvre afin de le réaliser. En attendant gare à ceux qui oseront se trouver sur sa route. Hakim Zoulikha est prévenu.

Matt Leduc

 

La rencontre entre Patrick Bois Jr et Hakim Zoulikha sera la tête d’affiche d’un gala de 6 combats professionnels, le vendredi 3 octobre à Vireux Wallerand (Ardennes, 08). Le combat sera diffusé sur Ma Chaîne Sport.

Discussion

No comments yet.

Laisser un commentaire

Mon compte Twitter et YouTube

Abonnez-vous

Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner à ce blog et recevoir une notification de chaque nouvel article par email.

Rejoignez 86 autres abonnés