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Te casse pas la tête, Sonny Liston s’en charge

Dôle de destin que celui de Sonny Liston. Parti de rien, décédé dans l’indifférence quasi-générale malgré une brillante carrière chez les lourds durant les années 50-60, le roi du KO a dominé sa catégorie avant qu’un jeune boxeur du nom de Cassius Clay (qui deviendra Mohamed Ali) ne le dépossède de sa ceinture mondiale au cours d’un combat aussi suspect que légendaire. Si ses liens avec la mafia et son penchant pour l’alcool l’ont peu à peu transformé en personnage impopulaire, ses poings d’acier, eux, en ont fait l’un des boxeurs les plus redoutables du XXe siècle.

Personne, y compris sa mère, n’a pu déterminer avec exactitude la date et le lieu de naissance de Charles  » Sonny  » Liston. L’hypothèse la plus probable est qu’il a vu le jour à Slough dans l’Arkansas durant l’année 1932. À cette époque, l’industrialisation a gagné l’ensemble du territoire américain, mais rien, pas même l’abolition de l’esclavage plus d’un demi-siècle auparavant, ne semble avoir bouleversé le mode de vie des habitants de cet Etat du Sud depuis l’arrivée des premiers colons européens. Pour un salaire de misère et parfois quelques coups de fouet, de nombreuses familles noires continuent d’y cueillir le coton dans d’énormes propriétés détenues par des fermiers blancs. C’est le cas de la famille Liston.

Élevé par une mère aux mœurs légères et un père à la main leste, le jeune Sonny, comme ses douze frères et soeurs, est très rapidement envoyé aux champs. Illettré, le jeune homme se lasse vite de cette vie morose et décide de tailler la route à l’adolescence pour rejoindre une de ses sœurs à St Louis, Missouri. Là-bas, il s’encanaille avec de jeunes voyous locaux et écope d’une peine de 5 ans de prison ferme pour trois vols à main armée et deux vols simples. Incarcéré au pénitencier de Jefferson City, il découvre la boxe et se gagne rapidement la réputation d’un puissant cogneur.  » Au bout de quatre semaines de combat, il ne se trouvait plus un homme dans toute la prison pour affronter Sonny sur le ring « , affirmera le père Schlattmann, aumonier Catholique de la prison. Sans technique, ni tactique, mais avec la seule force de ses poings, Liston corrige ses codétenus avec tant de facilité qu’il est parfois contraint d’affronter deux adversaires en même temps… Pour un résultat identique.

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Très vite, la rumeur qu’un prisonnier capable d’aligner quiconque ose l’affronter franchit les murs de l’enceinte et gagne la ville voisine de St Louis, la plus importante de l’État. Frank Mitchell, un éditeur passionné de boxe, s’intéresse alors au cas du détenu Liston matricule 68069. Il organise un comité de soutien avec l’appui de certains politiciens ainsi qu’avec les leaders de la communauté noire de la cité jadis fondée par les colons français et parvient à faire sortir Liston de prison, après que ce dernier n’ait purgé seulement deux ans de sa peine. Aussitôt dehors, il le présente à Monroe Harisson, entraîneur de boxe local, et l’inscrit au Golden Gloves nationals, une compétition ouverte aux boxeurs amateurs d’une trentaine de régions disséminées à travers le pays. Comme certains des plus grands pugilistes nationaux tel que Joe Louis en 1934, ou comme le feront Evander Holyfield et Mike Tyson en 1984, mais aussi Oscar De la Hoya en 1989, Sonny Liston remporte la compétition en écrasant la plupart de ses adversaires en moins d’une reprise.

La mauvaise réputation

Passé professionnel peu de temps après son sacre, il remporte ses 5 premières rencontres sans grande difficulté et dispute son premier grand combat contre John Summerlin, le champion des poids lourds du Michigan à Detroit, le 29 juin 1954. Donné perdant à 22 contre 1, Liston l’emporte aux points et confirme son statut de grand espoir du noble art aux dépens du même Summerlin, un mois après.

L’Amérique s’intéresse alors à ce géant sorti de l’ombre dont personne ne semble pouvoir en stopper l’ascension, tellement celle-ci s’effectue à pas-de-géant. Malheureusement, le crime organisé ne tarde pas non plus à pointer le bout de son nez et à draguer le puncheur de Slough.

En effet, à cette époque, il est encore fréquent qu’un boxeur soit « récupéré » par un mafioso, flairant bon l’occasion d’engendrer une belle pile de billets verts en truquant les combats du poulain en question. Et c’est ainsi que Frank Mitchell et Monroe Harrison sont priés de céder leur place à Blinky Palermo, un gangster originaire de Philadelphie.

Relation de cause à effet ou non, parallèlement à sa carrière, Sonny Liston est arrêté à 14 reprises par la police de St Louis entre 1953 et 1958. Incarcéré pour l’agression d’un policier pendant 9 mois en 1957, il prouve, si besoin est, qu’il n’a rien perdu de sa superbe en terrassant Billy Hunter à Chicago pour son retour dans le ring, le 29 janvier 1958.

Enchaînant les victoires par KO aussi aisément que le whisky durant ses virées nocturnes, le voilà, après 35 combats (34 victoires pour une défaite) challenger numéro 1 pour affronter le champion du monde des poids lourds, Floyd Patterson. L’affiche semble attirante, mais n’emballe guère Cus D’Amato (le manager de Patterson), qui voit en Liston une bien mauvaise publicité pour la boxe en raison de son passé criminel. Même son de cloche du côté de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), une organisation qui veille à la défense des droits civiques des Noirs, voyant en cet affrontement un désastre pour leur communauté si le tenant au titre venait à perdre. Malgré les réticences de son entourage, Patterson, vexé par le peu de confiance placé en lui, donne son accord pour affronter Liston.

La revanche du paria

Deux petites minutes après le début de l’affrontement, Patterson embrasse le sol à la suite d’une succession de directs et d’un terrible crochet du gauche à la tempe. Dévasté par l’enchaînement terrible de son challenger, le champion tarde à se relever et semble avoir toutes les peines du monde à retrouver ses esprits. Dix secondes plus tard, le verdict tombe : Sonny Liston est déclaré champion du monde, avant même qu’il n’ait pu ressentir les premières gouttes de sueur ou reçu le moindre coup. Plus déterminé, Liston qui avait déclaré « être prêt à tuer son adversaire pour s’emparer de sa ceinture », met donc un terme, en quelques secondes, au règne long de six ans de Patterson sur la catégorie des lourds (il avait perdu une première fois sa ceinture contre le Suédois Ingemar Johansson avant de la reconquérir un an plus tard). Jamais dans l’histoire de la boxe un challenger n’avait réussi à s’emparer d’une ceinture aussi rapidement.

Guère plus heureux lors du combat revanche à Las Vegas l’année suivante, Patterson est envoyé au tapis à trois reprises durant le premier round et est contraint d’abdiquer après deux minutes et trente trois secondes. La facilité avec laquelle « le méchant nègre » vient à nouveau de disposer du « gentil noir » choque et impressionne le monde entier, à l’exception notable d’un jeune homme assis au cinquième rang : Cassius Clay. Médaillé d’or aux Jeux Olympiques de Rome en 1960 et brillant athlète au parcours jusqu’ici prometteur de 19 combats pour autant de victoires, il profite d’ailleurs d’une faille dans le service de sécurité pour s’inviter dans le ring afin de défier Liston. Moqueries, gestuelles et joutes verbales accompagnent son intervention avant que celle-ci ne soit interrompue, ­non sans mal,­ par plusieurs agents de sécurité. Si la provocation ne perturba pas outre mesure Liston et amusa les spécialistes, persuadés qu’un jeune boxeur comme Clay ne pourrait jamais vaincre le champion en titre, elle fut en revanche très vite jugée intéressante par les promoteurs.

 

Liston-Clay, le mystère le mieux gardé de la boxe

Avec seulement 8000 places vendues sur 16000 disponibles, les amateurs de boxe ne se sont pas bousculés au Convention Hall de Miami, le 25 février 1964, pour assister au duel entre Liston et Clay. Trois mois seulement après l’assassinat du président JF Kennedy à Dallas, il semble que les Américains n’ont pas encore retrouver le goût de spectacle, d’autant plus que celui-­ci ne promet aucune surprise, étant donné la supériorité manifeste que le champion possède sur le jeune challenger impétueux. Sauf qu’en boxe, rien n’est jamais écrit à l’avance, surtout lorsqu’un outsider aux dents longues vient défier un tenant du titre en manque de rythme (seulement 2 combats en 2 ans).

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L’affrontement, plutôt équilibré durant les trois premiers rounds, bascule lors de la reprise suivante lorsque Liston trouve la faille et tuméfie le visage de Clay. En retournant dans son coin, Clay, visiblement gêné par son œil droit, hurle à son entraîneur Angelo Dundee qu’il abandonne :  » Je n’y vois rien ! Coupe les gants ! Fais arrêter le combat ! « . Poussé par son coach, il repart néanmoins à l’appel de la cloche et parvient à rééquilibrer les débats en maintenant Liston à distance lors du cinquième round. Étrangement sur la défensive alors qu’il semblait bénéficier d’un avantage certain sur son adversaire, Liston retient ses coups et décide de ne pas se lever de son tabouret à l’appel de la septième reprise. Stupeur et incompréhension gagnent alors la salle mais pas l’arbitre qui, conformément au règlement, désigne Clay vainqueur. Suspectant des irrégularités, une enquête sénatoriale ne tarde pas à avancer l’hypothèse d’un combat truqué, sans toutefois en apporter les preuves nécessaires. Aujourd’hui encore, le mystère reste entier et a fait l’objet de plusieurs enquêtes journalistiques qui ne sont jamais parvenues à percer la vérité.

La revanche entre Liston et Clay, devenu entre temps Mohammed Ali après sa conversion à l’islam, se tient à Lewiston dans le Maine le 25 mai 1965. Encore une fois, la polémique fera rage lorsque Liston se jette au sol après avoir été effleuré par un jab de son adversaire. Pas dupe, la foule crie au combat truqué et le cordon de policiers entourant le ring doit redoubler d’efforts afin de contenir le début d’émeute provoqué par l’étrange défaite du géant de l’Arkansas.

Boudé du public pour ses frasques et ses polémiques entourant ses derniers combats, « l’ours » est contraint de s’exiler en Suède le temps de quatre affrontements (4 victoires par KO). De retour au pays, il dispute encore quelques combats puis trouve la mort chez lui, à Las Vegas, le 30 décembre 1970 à l’âge de 38 ans. Objet d’une dernière controverse lorsque sa mort fût officiellement déclarée de cause naturelle bien qu’une quantité importante d’héroïne ait été retrouvée dans son sang, il repose au cimetière du Paradise Memorial Gardens sous une plaque portant son nom et les inscriptions : « a man ».

 

Matt Leduc
@Matt_Leduc_

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Myriam « Fire » Dellal, qui s’y frotte s’y brûle

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Ils sont jeunes, ambitieux et ont fait de la boxe leur métier. Loin des strass et des paillettes, ils représentent, chacun dans leur catégorie, le renouveau de la boxe tricolore. Sans langue de bois ni retenue, ils ont décidé de revenir sur leur parcours et de nous livrer leur point de vue sur la scène nationale, leurs défis à venir, mais aussi sur la précarité de leur statut.

La boxe n’est pas un sport exclusivement masculin. La preuve, Myriam Dellal la pratique avec passion et talent depuis une dizaine d’années. À quelques jours de sa confrontation face à l’Espagnole Loli Munoz, la détentrice de la ceinture internationale WBC a gentiment accepté de se prêter au jeu des questions-réponses. Rencontre avec la plus déterminée des boxeuses tricolores.

Pour faire de la boxe, il en faut. Ça tombe bien, Myriam en a. Du courage, de l’audace et de la volonté, la jeune femme n’en a d’ailleurs jamais manqué. Comme ce jour, où à 25 ans à la suite d’une déception amoureuse, elle préfère alors franchir les portes d’une salle de boxe afin d’y évacuer sa colère plutôt que de ruminer son chagrin dans la solitude. Doux euphémisme de dire qu’elle y a pris goût, car seulement un an après avoir enfilé sa première paire de gants, l’Auvergnate intègre… l’équipe de France. « C’est vrai, ça a été plutôt rapide. Mais j’en voulais, et ma maturité a fait le reste. » Tant mieux. L’hyperactive n’aime pas attendre. Avec son mental de guerrière, elle brûle les étapes et se fait rapidement un nom dans la catégorie des superplumes : championne de la région Auvergne, championne de France 2006 et 2007, médaillée de bronze au championnat de l’Union Européenne et au Championnat d’Europe. Rien ne semble arrêter l’athlète d’origine kabyle. Pas même les quelques défaites injustes subies chez les amateurs. « Malheureusement, c’est aussi cela la boxe. Certaines fois, ça en devient presque marrant d’être déclarée perdante avec le visage intact alors que ton adversaire a le visage marqué de toute part. Le tout est de ne pas lâcher le morceau. » Alors, Myriam s’accroche et redouble d’efforts.

En novembre 2008, elle signe son entrée chez les professionnelles par une victoire aux points contre Daniela David. En confiance, elle enchaîne par deux victoires avec la manière avant de connaitre un passage à vide marqué par un nul et deux défaites. Lors de son septième combat, la droitière croit définitivement lancer sa carrière en remportant le Championnat de France des super plumes face à l’invaincue Julie Robert. Mais malheureusement, deux petites semaines après son sacre, elle n’obtient pas mieux qu’un nul contre la modeste Roumaine Floarea Lihet. Et puisqu’un malheur n’arrive jamais seul, elle est contrainte d’abandonner sa ceinture lors de sa première défense contre la même Julie Robert lors du combat suivant.

« L’énergumène » — comme ses proches la surnomment à cause de son imprévisibilité — s’exile alors à Grenoble. « Pas la meilleure décision de ma vie. Je n’ai pas l’impression d’avoir progressé et je n’ai quasiment jamais combattue. Le feeling ne passait pas avec le coach. » Pas grave, il passera avec l’ancien champion du monde des poids super-coqs WBA, Salim Medjkoune, entraineur au Stade Clermontois. À ses côtés, elle retrouve la confiance et le goût du challenge. Championne de France des super-légères après avoir mis KO Johanne Cavarec lors de la quatrième reprise, « Mimi » s’empare également de la ceinture internationale WBC à la suite de la rencontre l’opposant à l’Italienne Anita Torti. « Ce fut le combat le plus abouti de ma carrière. Voir le public d’Aulnay-sous-Bois se lever dès la fin de la rencontre restera un souvenir formidable. »

Une joie que la jeune femme souhaite à nouveau connaître, le 15 novembre au zénith de Limoges pour la première défense de sa ceinture. « En face il y aura du lourd, Munoz est une boxeuse avec beaucoup d’expérience qui aime mettre du rythme. » Qu’importe, elle répondra présente. « Je vais tout donner. J’ai préparé ce combat à l’aide de mon entraineur qui est quelqu’un de super puis j’ai téléphoné à Myriam Lamare qui connaît bien ma future adversaire pour l’avoir battue l’an dernier. »

Prochaine étape d’une carrière qui pourrait malheureusement prendre fin dans trois ans, faute de financement. L’intérimaire de 35 ans va également tenter de conquérir la ceinture EBU contre la Suissesse Nicole Boss le mois prochain à Berne.

On vous le disait, la championne n’aime pas attendre…

Matt Leduc

Frank Haroche Horta, touché mais jamais coulé

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Ils sont jeunes, ambitieux et ont fait de la boxe leur métier. Loin des strass et des paillettes, ils représentent, chacun dans leur catégorie, le renouveau de la boxe tricolore. Sans langue de bois ni retenue, ils ont décidé de revenir sur leur parcours et de nous livrer leur point de vue sur la scène nationale, leurs défis à venir, mais aussi sur la précarité de leur statut. 

Samedi à Reims, Frank Haroche Horta tentera de s’emparer de la ceinture de champion de France des super­welters, actuellement détenue par le Parisien Zakaria Attou: « c’est un pote. Je le respecte mais le jour du combat il n’y aura pas de cadeaux ». Ultime défi d’une carrière professionnel commencé il y a plus de neuf ans ?  » Non, je me donne encore une année voire un peu plus. Malgré mes 34 ans, je suis encore frais. Je n’ai subi que deux KO durant toute ma carrière ».

« Frank ? Ce n’est pas le plus doué, ce n’est pas le plus gros puncheur, ce n’est pas celui qui a les plus grandes qualités pugilistiques. Mais sur le plan mental, c’est du béton »: le constat dressé par Christian Delcourt est sans ambiguïté. En observant le pedigree du « Gone », on pourrait néanmoins trouver la description faite par le « monsieur boxe » des grandes soirées du Canal + d’antan, un tantinet réducteur. Vainqueur du tournoi de France en 2007, champion de France des welters à trois reprises et détenteur de la ceinture IBF international des super-­welters en 2008, l’éternel outsider Rhône-­Alpin a pourtant bousculé le haut du panier à de nombreuses reprises.

Sorti victorieux à 35 reprises de ses 54 confrontations qui l’ont mené du Burkina Faso à l’Allemagne en passant par l’Algérie ou l’Italie, Frank tient également à nuancer les 5 nuls et les 14 défaites recensés depuis le début de sa carrière professionnelle : « c’est à se demander ce que j’ai fait ! Objectivement, je n’ai rien à dire sur six des défaites reconnues. Mais sur certains combats, je m’estime carrément lésé ». Au vu de ses défaites contre l’Irlandais Andy Lee, face à Louis Mimoune et des scores de parités obtenus lors de ses finales du championnat de France disputées contre Stanislas Salmon, on ne saurait lui trouver tort.

« Touché mais pas coulé » comme aime à le répéter le Lyonnais dont l’adolescence fût également une succession d’événements douloureux. « C’est vrai, j’ai grandi en banlieue et mal vécu le divorce de mes parents ainsi que les déménagements. J’avais aussi tendance à faire quelques conneries. Mais le sport et la boxe plus particulièrement ont été ma bouée de sauvetage, au même titre que la pratique de l’islam, le travail et la famille ».

Son parcours est étonnant. Peu emballé par la boxe éducative qu’il pratique l’année de ses dix printemps à Villeurbanne et tétanisé par la peur une fois les gants chaussés à quinze ans, c’est lors de sa troisième tentative quelques années plus tard qu’il tombe littéralement accro à l’Anglaise.

Peu en vue chez les amateurs avec un ratio avoisinant les 50% de combats remportés, il effectue un début intéressant chez les rémunérés, épaulé par Karim Harzouz, dont la fidélité à « F2H » se conjugue encore au présent. S’appuyant sur une condition physique digne d’un marathonien, le gaucher voit la majorité de ses affrontements se terminer à l’appréciation des juges ­avec les risques que cela comporte, comme vu précédemment­. Souvent victorieux, quelques fois malheureux, le style du Lyonnais se caractérise également par une facilité déconcertante à trouver la faille avec son uppercut, ainsi qu’une grande résistance aux coups. Kaboré, Byrne, Belhadja, Bonsu et d’autres grands espoirs de la boxe pourraient confirmer.

Marqué par le nombre excessif de verdicts en sa défaveur, ­dont le dernier en date remonte à deux semaines en Suède face à Kalinovic­, il porte un regard en demi-­teinte sur sa carrière, malgré toutes les joies connues dans le ring. Egalement convaincu qu’avec davantage de moyens lui et ses semblables hexagonaux parviendraient à de plus grandes performances, il apprécie en revanche l’intérêt que lui ont porté certaine marques telle qu’Unkut, Montana et Performance Sport Nutrition : « c’est très important pour un boxeur car nous n’avons malheureusement de professionnels que le nom. Sans eux, ce serait encore plus difficile ».

Difficile, cela le sera sûrement aussi pour Zakaria Attou qui devra contenir la fougue d’un boxeur plus que jamais déterminé à ne pas faire de détails et ne pas dépendre du verdict final. Parole !

Matt Leduc

 

La rencontre entre Frank Haroche Horta et Zakaria Attou se déroulera au complexe René Thys de Reims avec, en sous-carte, un combat qui opposera la Française Anne­-Sophie Da Costa à la Mexicaine Susana Cruz Perez. Venez soutenir nos boxeurs !

Omar va boxer

Lamiri

Ils sont jeunes, ambitieux et ont fait de la boxe leur métier. Loin des strass et des paillettes, ils représentent, chacun dans leur catégorie, le renouveau de la boxe tricolore. Sans langue de bois ni retenue, ils ont décidé de revenir sur leur parcours et de nous livrer leur point de vue sur la scène nationale, leurs défis à venir mais aussi sur la précarité de leur statut.

Un mois après avoir recueilli les propos de Patrick Bois Jr, Outsider ­Mag est allé à la rencontre d’Omar Lamiri. À quelques jours de la première défense de sa ceinture de l’Union Européenne qui aura lieu à Hénin-­Beaumont contre Hassan Azaouagh, le poids coq Rhôna­lpin a eu la gentillesse de nous accorder quelques minutes pour revenir sur le début de sa prometteuse carrière et la suite qu’il entend lui donner.

Ne vous fiez pas à son petit mètre soixante-­dix et à ses cinquante-trois kilos cinq cents grammes, car le pugiliste licencié au Club Villeurbannais pourrait bien s’inscrire parmi les plus grands boxeurs tricolores. Champion de France cadet, junior, finaliste volé selon les propres aveux de son adversaire ­Vincent Legrand­ lors de la finale du tournoi de France senior, l’actuel détenteur de la ceinture Union Européenne n’entend pas stopper son ascension vers les sommets en si bon chemin. Son objectif ? « Disputer le titre européen EBU, mais chaque chose en son temps ».

Pas du genre à sauter les étapes, Omar prépare son combat contre Hassan Azaouagh en toute sérénité : « Je ne crains rien de mon adversaire… Il frappe… De toute manière, la clé du combat sera de boxer comme je sais le faire. » Bien qu’il nous ait avoué mettre les bouchées doubles et être impatient d’arriver au Jour J, il n’a pas changé ses habitudes pour ses retrouvailles avec un boxeur qu’il a déjà dominé l’an dernier à la maison des sports de Villeurbanne (victoire aux points par décision majoritaire 97­-93 97­-93 95-­95).

Le spectacle ? Pas son truc. En revanche pour ce qui est de l’efficacité, le jeune Lamiri en a à revendre : 12 victoires dont 4 par KO pour une seule petite défaite depuis son passage chez les professionnels. Discret, il a su saisir sa chance lorsqu’on lui a enfin délivré le précieux sésame pour exercer ses talents : « Au début c’était difficile, car les promoteurs avaient pour habitude de privilégier les anciens boxeurs plutôt que les jeunes comme moi. Mais grâce à mon entraîneur Fayçal Omrani, je me suis fait ma place chez les coqs ». Et quelle place ! Après des débuts en trombe contre des adversaires qu’il n’a pas eu de mal à dominer, il s’est ensuite rapproché des cadors comme en témoigne son récent succès contre le talentueux Anthony Settoul. Jugeant bénéfique pour « sa propre progression, mais également pour la scène nationale le nombre de boxeurs de qualité évoluant en catégorie coqs », il fustige en revanche l’impatience chez certains de ses semblables d’accéder à la célébrité. « Certains confondent boxe et télé­réalité. Avant d’être connu, il faut être un champion. » Lui assure ne pas courir après la notoriété, mais seulement vouloir faire la fierté de son meilleur ami, conseiller dans la vie et dans la boxe : son père. « Il a tellement galéré que mon vœu le plus cher c’est de lui faciliter la vie. » Joignant le geste à la parole, Omar remit à son paternel le chèque de 600 euros qu’il a reçu de la part de la FFB suite à sa médaille d’argent obtenue lors de son premier tournoi international en Irlande en 2006. Émouvant. Comme lorsqu’il vit la fierté dans les yeux de son géniteur lors de l’obtention de son premier trophée chez les cadets qui à ce jour reste son plus beau souvenir de pugiliste.

Les autres, justement, le droitier de Villeurbanne ne peut s’empêcher de les associer à ses succès et aux joies que boxer lui procure. Avec reconnaissance, il évoque ses frères Wissem, champion de France et Amine, ancien résident de l’INSEP lui aussi champion d’Europe, puis Jacques Dufreney et Frederic Pigeolet en passant par Patrick Malaizee et Hussein Bayram. Il insiste sur l’importance que ses différents coachs ont eue sur sa carrière. À croire que le jeune poids coq ne se trouve pas seul dans le ring.

S’il fait preuve de générosité dans la vie, n’allez pas pour autant croire qu’il l’est autant avec ses adversaires une fois les gants chaussés. Afin d’être au top, le Grenoblois de naissance a mis son emploi de conseiller clientèle en banque entre parenthèses : « Je ne boxerai pas toute ma vie, alors à l’heure actuelle je me concentre uniquement sur ma carrière de boxeur. »

Pour notre plus grand plaisir. Mais pas sûr que ses futurs opposants partagent notre avis !

 

Matt Leduc

Bon sang de Patrick Bois !

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Ils sont jeunes, ambitieux et ont fait de la boxe leur métier. Loin des strass et des paillettes, ils représentent, chacun dans leur catégorie, le renouveau de la boxe tricolore. Sans langue de bois ni retenue, ils ont décidé de revenir sur leur parcours et de nous livrer leur point de vue sur la scène nationale, leur défis à venir mais aussi sur la précarité de leur statut. 

Pour le premier volet de cette série, tribune libre est donnée au jeune Patrick Bois Jr, véritable showman, toujours aussi direct avec les mots qu’avec les poings. Ça tombe bien, on adore ça !

Comme à son habitude, c’est à plein poumon et la main sur le cœur que Patrick Bois Jr entonnera La Marseillaise, lors du protocole qui précédera son affrontement contre Hakim Zoulikha, le champion de France en titre des poids mi­-lourds : « par fierté d’appartenir à ce pays et pour me mettre directement dans ce combat, dont j’invite tous les amateurs de boxe à regarder (le combat sera diffusé sur Ma Chaîne Sport, NDLR). Croyez-moi, vous allez en prendre plein les yeux ! » Le guerrier des Ardennes n’y va pas par quatre chemins : ce qu’il veut c’est « récupérer la ceinture des mi-­lourds ». SA ceinture, celle qu’il avait arrachée à Jonathan Profichet en mai 2013 et aussitôt cédée à Nadjib Mohammedi lors de sa première défense, cinq mois après son acquisition. « Je vais gagner, je n’ai aucun doute là dessus ». Confiant, celui qui troque son costume de maçon pour enfiler celui de boxeur le soir venu nous a avoué s’être préparé comme jamais. Musculation, d’innombrables rounds avec différents sparring-partners, davantage de travail technique, mais aussi un gros travail mental. Patrick Jr est prêt. Sa seule crainte ? Décevoir le public de Vireux ­Wallerand, qui, une fois de plus, se rendra en masse pour encourager l’enfant du pays.

À seulement 23 ans, l’élève de Hamid Zaïm semble se trouver à un tournant décisif de sa jeune carrière (11 victoires, 3 défaites, 1 nul). Outre le prestige de se voir de nouveau auréolé de la plus haute distinction nationale, « Pat » souhaite prouver qu’il est le roi de sa catégorie. On l’aura vite compris, rien ni personne ne semble effrayer le blondinet au mental d’acier qui, une fois le titre en poche, se verrait bien partir laver l’affront de sa défaite controversée face à l’Allemand Koelling en juin dernier : « ceinture Européenne et pourquoi pas la ceinture mondiale WBC, après tout, lorsque la confiance est présente… », glisse le jeune boxeur, dont le caractère bien trempé ne lui vaut pas que des amis dans le milieu.

Il le jure, cette assurance au combat ne le quittera jamais. La raison ? Le décès de son oncle Yannick, dont le prénom figure sur son short depuis son arrivée chez les rémunérés. Sur sa tombe, il lui a promis de devenir boxeur professionnel. Il prendra des coups, bossera comme un forcené, ne se plaindra jamais des séances parfois à la limite de l’engagement que son paternel lui imposera, suera des litres, reviendra encore plus fort après l’échec dans le seul but de l’honorer.

Promesse tenue. A 20 ans il dispute et remporte son premier combat pro contre Lubo Hantak, chez lui à Bazeilles. Invaincu après six combats, il rencontre Yohann Carteret à Grenoble, en finale du tournoi de France. Première défaite : « un vol. Je méritais de gagner. On aurait pu faire annuler le combat à cause des insultes du public dès le premier round, mais je voulais boxer ».

Pas du genre à se lamenter sur son sort, le gamin des Ardennes s’en va défier Samy Annouche, pas réputé pour être l’adversaire le plus docile de sa catégorie. Match nul. Deuxième sortie sans victoire. Qu’à cela ne tienne, il met les bouchées doubles et renoue avec la victoire devant son public contre Sevcenko puis Velecky. Le 23 février 2013, il bat l’Ukrainien Demchenko par décision unanime et glane la ceinture WBF mondiale, « le plus beau souvenir de ma carrière ». Trois mois plus tard, il réussit là ou son oncle Gérald avait échoué et devient champion de France des mi-­lourds après avoir battu Jonathan Profichet, à seulement 22 ans.

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Le voilà dans la cour des grands. Sûr de lui, celui qui avoue « n’avoir peur de personne et être prêt à relever tous les défis qu’on lui proposera » s’attaque à un monument de la boxe tricolore : Nadjib Mohammedi. L’affiche, à priori déséquilibrée, entre le jeune Ardennais et l’expérimenté « Iron Djib » (32 victoires pour 3 défaites au moment de leur rencontre), de 6 ans son ainé, tient toutes ses promesses. Sans démériter, Patrick Bois Jr s’incline au terme de dix rounds de grande qualité. Il le sait, s’il souhaite s’inscrire parmi les meilleurs, « Pat », dont la marge de progression est encore énorme, devra se frotter au gratin de la catégorie. Ça tombe bien Enrico Koelling, boxeur Allemand invaincu, lui propose de venir se mesurer à lui avec la ceinture inter­continentale WBA, vacante pour enjeu.

Fidèle à ses principes, le futur papa d’un petit Yanice accepte le challenge sans sourciller : « un autre monde. Quand tu vois les moyens mis en œuvre pour un combat de boxe en Allemagne, tu te dis qu’on est vraiment à la traine chez nous ». Sa défaite aux points, « injuste » selon le principal intéressé, lui prouve qu’il est sur la bonne voie : « je savais que si je ne mettais pas mon adversaire au tapis, il me serait difficile d’être déclaré vainqueur. C’est aussi cela la boxe », dit-il sans déception ni regret, si ce n’est celui d’avoir le sentiment de ne pas pouvoir lutter à armes égales lorsqu’il s’en va faire monnayer ses talents hors de nos frontières. « Pour ce combat, je n’ai eu que deux semaines d’entrainements intensifs, mon adversaire, avait lui passé deux mois à Cuba. Comment voulez-vous lutter ? », interroge-t-il avant de dénoncer le peu de moyens dont bénéficient les pugilistes nationaux. « On boxe pour que dalle. À l’heure actuelle, il est impossible de vivre de la boxe chez nous, contrairement à certains pays limitrophes. C’est d’autant plus frustrant, car il y a des boxeurs de qualité en France ».

On ne saurait lui trouver tort, alors il enfonce le clou et souligne le manque de médiatisation d’une discipline pourtant fort appréciée du peuple français : « les diffusions TV, en plus de faire naître des vocations, apporteraient une manne financière incroyable. Malheureusement, à part l’arrivée d’un mécène qui injecterait de l’argent, rien à l’heure actuelle ne laisse penser que les choses vont s’améliorer. C’est très frustrant ».

Sous les feux des projecteurs ou à l’abri des regards, l’Ardennais entend bien poursuivre sa route vers des sommets, avec le rêve suprême d’aller un jour combattre à Guadalajara, au Mexique. Accordons lui notre confiance pour tout mettre en oeuvre afin de le réaliser. En attendant gare à ceux qui oseront se trouver sur sa route. Hakim Zoulikha est prévenu.

Matt Leduc

 

La rencontre entre Patrick Bois Jr et Hakim Zoulikha sera la tête d’affiche d’un gala de 6 combats professionnels, le vendredi 3 octobre à Vireux Wallerand (Ardennes, 08). Le combat sera diffusé sur Ma Chaîne Sport.

Green vs Mundine : pourquoi tant de haine ?

 

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Ce n’est pas un scoop : certains sportifs ne s’apprécient guère. Comme vous pouvez vous en douter, la boxe n’échappe évidemment pas aux rivalités entre athlètes à l’ego parfois surdimensionné. Certaines animosités comme celle entre Ali et Frazier ou Tyson et Lewis ont défrayé la chronique. Celle — moins médiatisée — qui opposa la star Australienne Anthony Mundine à son compatriote Danny Green n’en fût pas moins explosive. Outsider-Mag a cru bon de s’intéresser à ses deux pugilistes aux parcours diamétralement opposés qui — huit ans après leur affrontement — pourraient recroiser le fer.

 

C’est bien connu, les mots peuvent parfois faire des dégâts. Lorsque Anthony Mundine franchit le rubicon au cours d’un talk-show en traitant Danny Green de « bum » (minable, raté), cela fait boom. Pas du genre à se laisser provoquer sans réagir, l’insulté charge à son tour l’insolent métisse. Ainsi, l’ancienne colonie Britannique voit se poser les premiers jalons d’une rivalité qui allait bientôt dépasser le seul cadre sportif. La vie suit son cours au pays du surf et des habitants à l’accent impossible. Puis, les langues se délient de nouveau. La presse s’emballe et la promesse de se retrouver face à face se concrétise en septembre 2005 par la signature d’un juteux contrat pour les deux showmens (2,5 millions de dollars pour le perdant, 3 millions pour le gagnant).

Quelques mois avant leur affrontement prévu à l’Aussie Stadium de Sydney, les deux rivaux se partagent la tête d’affiche d’une soirée boxe au Challenge Stadium de Perth. Green se défait facilement du Mexicain Kirino Garcia par décision unanime (100-90 de la part des trois juges). Après son combat, micro en main, il harangue la foule en déclarant : « Perth : le prochain gars qui va s’amener sur le ring a manqué de respect à beaucoup d’entre nous. Offrez-lui l’accueil qu’il mérite. » La foule rugit. Bouillant, il en remet un coup en questionnant les 5500 spectateurs : « Qui est ce qui veut voir Mundine se faire mettre KO ? » C’est alors du délire ! Quelques minutes plus tard, la bronca qui accompagne l’enfant terrible de la boxe australienne du tunnel jusqu’au centre du ring est assourdissante. Habitué, « The man » préfère en rire et annonce face caméra qu’il ne peut pas être battu. Le Samoan Chong Nee lui donne raison lors du troisième round. Insultes, bouteilles et débris obligent Mundine et son staff à rejoindre le vestiaire en courant. La bande quitte l’arène sous protection policière.

Ange et démon

Aucun des 23 millions d’habitants que compte l’Australie ne peut désormais ignorer cette rivalité, par ailleurs rendue parfaite par le contraste qu’offrent les principaux intéressés Mundine, converti à l’islam et rappeur à ses heures perdues, est autant apprécié par la communauté aborigène dont il en revendique fièrement son appartenance que boudé par la « White Australia » en raison de ses innombrables déclarations fracassantes*. Fils du célèbre pugiliste Tony Mundine, il fut l’un des rugbymans les mieux payés de la Rugby League (il porta les couleurs des St Georges Dragons et des Brisbane Broncos) avant de mettre un terme à sa carrière pour tenter sa chance en tant que boxeur. Doué, il trimballe un palmarès de 25 victoires pour 3 défaites au moment de chausser les gants pour le combat tant attendu par toute l’Australie.

Face à lui, Green, yeux clairs et tignasse châtain du gendre idéal, ne doit sa notoriété qu’à la puissance de son bras droit. Il est aimé par toute une nation qui voit en ce costaud la possibilité de rendre ses lettres de noblesse à un pays sinistré de boxeurs bancables. Il a suivi une carrière beaucoup plus classique que son futur opposant. Passé chez les rémunérés après sa participation aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000, l’Australien de l’Ouest s’est très rapidement inscrit parmi les boxeurs à suivre, en témoigne ses 21 victoires pour 2 défaites. Classés respectivement à la 5e et à la 6e place du classement des super moyens mondiaux, la rencontre s’annonce aussi équilibrée que bouillante. La preuve : la traditionnelle conférence de presse d’avant combat s’effectue de manière séparée de peur qu’elle dégénère.

Mundine au-dessus

Arrive enfin le Jour J. Nous sommes le 17 mai 2006, Mundine accuse 75,5 kg sur la balance. Green — perturbé dans sa préparation par la perte de sa nièce — fait tout de même le poids avec ses 75,9 kg. Ce dernier, peignoir et short noir avec une bande fluorescente verte, est le premier à faire son entrée dans le ring. Son adversaire, ensemble blanc et or et accompagné de son entourage, lui emboite le pas. La tension monte. La rencontre démarre sur les chapeaux de roues. Green se jette sur son adversaire et remporte le premier round à la suite d’un plus grand nombre de coups ayant fait match. Toujours aussi agressif, « Dan » se rejette dans la bataille la tête première une fois le « ding » annonçant le début de la deuxième reprise. Mundine, fin technicien, ne se fait plus surprendre. Esquive et coups bien placés, il perturbe à son tour le puncheur aux épaules tatouées. Signe qu’il est en confiance, il multiplie grimaces et provocations envers son opposant au cours du troisième round qu’il domine également. Sans plus de succès, Green continue son pilonnage, mais ne peut que constater la supériorité de l’Aborigène sur le plan défensif. Plus rapide, il touche de nombreuses fois « The machine » à la tête et au corps sans avoir à dénombrer la moindre trace de coups sur son visage.

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Forcé de prendre des risques à mi-combat, Danny Green se découvre et reçoit un violent uppercut de la part de Anthony Mundine. Touché, il en est bon pour quelques soins lors de la pause. Occupant le centre du ring et forçant Green à boxer en reculant, l’aborigène contrôle parfaitement son combat. À la puissance de son jab, il maintient son rival à distance tout en prenant soin de lui placer direct, crochet et uppercut. Les spectateurs assistent à un véritable récital d’un boxeur au sommet de son art. Poussé par le public, Danny — malgré son nez en sang — n’abdique pas. Après un échange dans le coin, Green projette Mundine dans les cordes, celui-ci trébuche et termine à moitié en dehors du ring. Pour la plus grande déception de ses fans, mais de manière justifiée, l’homme au nœud papillon ne compte pas Mundine. Trop lent pour surprendre « The man » et malgré sa volonté, Green se met à balbutier sa boxe dans la dernière partie de la rencontre. Largement devant au score, son adversaire déroule non sans assener à Green quelques enchainements somptueux. La messe est dite. Le score est sans appel : 118-111, 118-112, 116-113 en faveur d’Anthony Mundine. Sous les sifflets, il est porté en triomphe et fait signe au public de se taire. Les sifflets redoublent. Plus tard il déclare : « Je veux remercier Danny pour ce combat. Il a fait une bonne performance. Il était prêt. Il était préparé. Mais j’étais le meilleur ce soir. » Green reconnait sa défaite. « Beaucoup de choses ont pu être dites dans le passé, mais Anthony a fait un meilleur combat ce soir. Je n’ai pas d’excuses, ma préparation était bonne. Je me suis entrainé comme jamais. Le soutien que j’ai eu a été incroyable, c’est dur de perdre dans ces conditions. Mais je reviendrais. »

Et la suite ?

Effectivement, Danny Green ne s’exporte quasiment plus à l’étranger, mais poursuit une carrière honorable avec 33 victoires, dont 28 par KO. Malgré 5 défaites, il reste à ce jour le boxeur préféré des Australiens. Dans l’autre camp, avec 46 victoires pour 6 défaites, Anthony Mundine a prouvé qu’il était capable du meilleur, mais également montré à maintes reprises une nonchalance indigne d’un boxeur de son calibre. Après une lourde défaite (5 knockdowns) contre le Ghanéen Clottey, son prochain combat contre le Bélarusse et invaincu Rabchenko le 12 novembre semble être un tournant décisif pour sa carrière.

Il y a quelques mois, Danny Green, dont le dernier combat remonte à novembre 2012, affirmait au cours d’une interview : « Je ne serais pas en paix, tant que je n’aurais pas obtenu une revanche contre Mundine. » « The Man » a quant à lui préféré snober le puncheur originaire de Perth en affirmant : « qu’il (Green, NDLR) ne faisait pas partie de ses préoccupations actuelles. » Soit. Bien qu’officiellement peu intéresser pour retrouver « The Green Machine », l’icône aborigène aurait néanmoins prié son manager Khoder Nasser d’aller à la rencontre de son rival afin d’y étudier les contours d’une éventuelle revanche. Coup d’éclat médiatique de la part de deux boxeurs vieillissants (Green a 41 ans, Mundine 39) ou réelle volonté d’en découdre ? Difficile à dire, d’autant plus que vingt kilos sépareraient les deux meilleurs ennemis de la boxe australienne.

Qu’un « Rematch » s’organise ou non, les deux enfants du pays resteront à jamais associés au duel qui affola les statistiques et réveilla les vieux démons d’une nation pas tout à fait réconciliée avec son passé. En effet, si 30 000 spectateurs et plus d’un million de téléspectateurs payants (pay per view) assistèrent à leur rencontre, celle-ci fut avant tout l’épicentre de tensions intercommunautaires qui se solda par la mort d’un homme et par une vague d’interpellations à la suite de nombreux affrontements nocturnes. Jamais, depuis la victoire mythique de l’Afro-Américain Jack Johnson sur Tommy Burns à Sydney en 1908, le pays continent — qui n’a habituellement d’yeux que pour le cricket, le rugby à treize ou le footy — n’avait connu une telle effervescence pour un « simple » combat de boxe. La revivra-t-elle un jour ? Telle est la question.

* Mundine avait dit des attentats terroristes du 11 septembre qu’ils été une réponse logique à la politique extérieure des Etats-Unis. Il a également jugé l’homosexualité incompatible avec la culture Aborigène et declaré que l’Australie été l’un des pays les plus racistes du monde.

 

Matt Leduc

 

Shafiq Chitou, This time for Africa.

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Son nom ne vous dira rien. Pourtant, Shafiq Chitou a été membre de la franchise des Istanbulls lors des World Series of Boxing (WSB) et a défilé sous les couleurs béninoises aux Jeux Olympiques de Londres en 2012. Preuve incarnée que l’Afrique regorge de boxeurs talentueux en dépit d’infrastructures peu propices à leurs éclosions, le gaucher au crochet dévastateur n’entend pas simplement laisser une trace à cette discipline mais ni plus ni moins marquer celle-ci de son empreinte. Chiche ?

Parler du bosseur qu’il a toujours été, du boxeur rugueux qu’il est devenu et du champion qu’il aspire à être, ne saurait se concevoir sans un retour aux sources. Avant dernier des quatre enfants que sa mère a eu avec un homme qu’elle partage avec quatre autres femmes, Shafiq Chitou a vu le jour à Cotonou, la capitale économique et plus grande ville du Bénin, au milieu des années 80. Le petit pays d’Afrique de l’ouest, coincé entre le Togo et le Nigéria, se trouve alors sous la coupe du dictateur Mathieu Kérékou. La vie est dure et la bataille pour faire bouillir la marmite est quotidienne. Shafiq ne va pas à l’école et est contraint d’effectuer toutes sortes de boulots dès son plus jeune âge pour contribuer à l’effort collectif. Au sortir de l’adolescence, il attaque la boxe avec un copain du quartier, davantage pour se maintenir en forme que par amour pour le Noble Art. Mais très vite, il prend goût à cette discipline qui demande force et courage et, après quelques années de pratique, ses prestations encourageantes lui permettent d’intégrer l’équipe nationale. A 24 ans, il remporte les championnats du Bénin en catégorie plumes et participe aux championnats du monde de boxe amateur à Milan. Sans soutien ni entraîneur, il échoue aux portes des quarts de finales contre le Turc Kerem Gurgen. Son punch et sa rapidité attirent néanmoins les recruteurs et le jeune Béninois se voit proposer d’intégrer la franchise des Istanbulls pour les World Series of Boxing (crées en 2010, les WSB est une compétition où s’affrontent douze franchises réparties à travers le monde, ndlr). Si la chance sourit aux audacieux, son abnégation, elle, lui permet de s’ouvrir les portes d’une vie meilleure. C’est du moins ce qu’il croit en posant ses valises sur les bords du Bosphore. Malheureusement, après trois combats prometteurs sous la bannière stambouliote, l’athlète d’un mètre soixante-huit pour soixante kilos est prié de plier bagage, seulement six petits mois après son arrivée.

Là où le pessimiste y verrait un retour à la case départ, Shafiq y voit une occasion de reculer pour mieux sauter. Grâce à son expérience acquise chez les Turcs, il s’invite sur la troisième marche du podium lors des championnats d’Afrique disputés à Yaoundé au Cameroun et effectue une performance relativement correcte lors des Jeux Africains de Maputo au Mozambique. Quelques mois plus tard, il confirme son statut d’homme en forme en obtenant son billet pour les Jeux Olympiques de Londres. L’exploit est accueilli avec joie au pays du vaudou. Hélas, la déception sera à la hauteur de l’attente. N’ayant pas pu bénéficier d’une préparation adéquate, le Cotonois s’incline dès le premier tour face au Tunisien Ahmed Mejri sur le score de 16 à 9. Ainsi va la vie…

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La Fédération Béninoise de Boxe réalisant qu’elle tient en la personne de Chitou une pépite capable de redonner ses lettres de noblesse à la boxe nationale, a jugé bon d’envoyer ce dernier à Rouen, afin qu’il bénéficie de structures adaptées à son énorme potentiel. Les résultats n’ont pas tardé à confirmer la pertinence de leur décision : « j’ai disputé la finale de la ceinture Montana, où je me suis incliné aux points contre un très bon boxeur Mauricien. Depuis mon arrivée en France, j’ai l’impression d’avoir progressé dans quasiment tous les domaines et je sens que ma marge de progression est encore énorme ».

A bientôt 30 ans, c’est donc en Normandie, ou sa gentillesse et son professionnalisme font l’unanimité, que le boxeur s’entraîne, mu par la conviction de pouvoir devenir le premier Béninois à ramener une médaille des prochains JO, qui auront lieu à Rio en 2016. Sevré de boxeurs renommés depuis le retrait des rings de Georges Boko et à la suite du décès de Aristide Sagbo, l’ancien royaume de Dahomey pourrait bien avoir trouvé son nouveau roi.

 

Matt Leduc

Au nom du trèfle

En matière de combat, les Irlandais en connaissent un rayon. Pas étonnant donc que leur combativité si légendaire aimante les amateurs de boxe autant qu’elle inspire les producteurs hollywoodiens, groupes de musique et autres auteurs de romans à succès. Outsider­ Mag vous propose à travers ce reportage une plongée au cœur d’un peuple souvent conquis mais jamais soumis.

Pour comprendre qui est ce qui rend les Irlandais si féroce au combat, peut-­être serait-­il judicieux de rejoindre le pays de la Guinness et des farfadets et de retourner à une époque où la boxe dite moderne avec gants, protège-­dents, coquilles, différentes classes de poids et d’innombrables fédérations n’existait pas. Des gens du voyage, ou plus communément appelés « gypsies » au pays de Michael Collins, ont pris l’ habitude de régler leurs différends sans distinction d’âge ou de poids à grands coups de bourre­pifs en pleine tronche. Le Bare­Knuckle, dont la traduction la plus proche pourrait être « à mains nues », n’obéit à aucune règle: pas de repos, pas de protections, pas de points. Le combat ne prend fin que lorsque l’un des deux « pugilistes » n’est plus apte à poursuivre l’affrontement.

Habituellement pratiquée à l’abri des regards, en 1814, devant une foule nombreuse à avoir fait le déplacement, Dan Donnelly, un géant (pour l’époque) d’1.83m terrasse l’Anglais Georges Cooper et devient ainsi la première célébrité d’une discipline précurseur par bien des aspects du Noble Art.

Davantage puissant que technique, le cogneur Dublinois, qui fît son entrée au Hall of Fame en 1998, fut le véritable fer de lance d’une nation dont l’amour pour la castagne est palpable. A juste titre, il est également considéré comme l’inspirateur de nombreux boxeurs, dont le dernier champion à mains nues et premier avec gants, l’Américain d’origine Irlandaise, John Sullivan. Le Bare­Knuckle, pratique pas vraiment d’un autre temps puisqu’elle connut un retour sur le devant de la scène médiatique en 2009 lorsque des Irlandais du peuple marchant filmèrent leur pugilat, inspira également le réalisateur anglais Guy Ritchie pour son film Snatch, dans lequel l’acteur américain Brad Pitt incarna avec conviction un jeune combattant gitan non ganté.

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En 1849, la grande famine orchestrée par le Royaume­ Uni avec qui l’Irlande est en guerre décime une grande partie de la population, notamment celles issues des classes défavorisées. Des milliers d’Irlandais fuient donc la patrie des poètes et partent s’installer de l’autre côté de l’Atlantique, à la recherche d’une vie meilleure. New York, Boston, Chicago et d’autres villes de la côte Est des Etats­-Unis sont vite envahies d’immigrés celtes ayant parfois débarqué sans argent ni bagages. Discriminés ou relégués aux tâches les plus ingrates, ils habitent des taudis et endurent les brimades de l’Amérique protestante, jugeant l’invasion papiste néfaste pour le pays. Comme le montre Gangs of New York du réalisateur Martin Scorcese, les affrontements communautaires opposant immigrés irlandais et américains de souche sont alors nombreux et particulièrement violents.

Qu’à cela ne tienne, à l’instar d’autres catégories de populations marginalisées (noirs, juifs …), nos frères catholiques vont alors se servir de la boxe comme ascenseur social. Qu’ils combattent clandestinement ou sous les feux des projecteurs, ils font étalage de leurs talents et gagnent le respect à la force des poings. Logiquement, les premiers boxeurs à faire les choux gras de la presse se nomme Paddy Duffy, Mike Donnovan, John Heenan, dont le style de boxe offensif ne laisse guère de doutes sur leurs origines communes. La boxe sort doucement de l’ombre et les gladiateurs des temps modernes se font rapidement les portes-drapeaux d’une communauté toujours considérée comme pestiférée.

Aux alentours des années 1900, encouragées par le succès de leurs aïeux, de nombreuses têtes rousses franchissent à nouveaux les portes des « gymnasium » dans l’espoir d’être le futur héros du peuple. Les résultats ne tardent pas: Tom Sharkey, James Corbett et une multitude d’autres compatriotes jouent les premiers rôles d’une discipline parmi les plus populaires du moment. Durs, forts et précis, ils ont la réputation de ne jamais rien lâcher et de faire face, qu’importe l’adversité. Leur style plaît et bien peu nombreux sont ceux qui osent venir les défier. C’est le début de l’âge d’or des boxeurs américano-­irlandais, dont la proportion d’athlètes dépasse de loin celle des autres communautés (scandinaves, germaniques, latins…).

S’ils ne sont pas les seuls à compter parmi leurs rangs des pugilistes de talent, les Irlandais profitent de leur concentration géographique sur la partie Est du pays, d’où s’organise la majorité des réunions, pour s’inscrire comme la force majeure de la boxe aux Etats­-Unis. Notons aussi l’impossibilité pour les Noirs de croiser le fer avec des boxeurs blancs pour des combats de première importance, favorisant ainsi l’idée d’une domination de la tête et des épaules (et accessoirement des poings) des représentants de type Européen.

Quoi qu’il en soit, pas une semaine ne passe sans que les journaux, vendus à la sauvette dans les rues des principales villes des Etats-­Unis, ne vantent les derniers exploits des boxeurs en général et des Irlandais en particulier. Bousculés par l’émergence d’une vague de boxeurs d’origine italienne, ils tiennent toujours le haut du pavé dans la première partie du XXe siècle, avec notamment Jack Dempsey, surnommé « Le tueur de Manassa », chez les lourds.

Quelques années plus tard, James Braddock, fils d’immigrés irlandais, né à New York en 1905, devient l’icône nationale en terrassant successivement John Griffin, Art Lasky et Max Baer, déjouant-là par la même occasion les pronostics largement en sa défaveur. Champion du monde des poids lourds de 1935 à 1937, « Cinderella man » eut l’honneur de voir sa vie interprétée par Russell Crowe dans un long­ métrage  sorti en 2005. S’il n’a pas eu le succès de « Ali » ou d’autres biopics de boxeurs renommés, « De l’ombre à la lumière » retrace avec sensibilité le destin hors du commun du champion à la carrière en dents de scie (51 victoires, 26 défaites, 7 nuls).

Plus courageux, volontaire et pugnace que tout autres boxeurs, « JB » réussit, via son parcours cabossé (main âbimée, faillite financière, faible côte), à changer la vision des boxeurs auprès du grand public, jusqu’ici peu favorable envers ces messieurs.

Durant la seconde partie du XXe siècle, les Irlandais vont progressivement abandonner leur statut de peuple élu du noble art au détriment des noirs et cela dans pratiquement toutes les catégories de poids existantes. La donne a changé et bien qu’ils n’aient rien perdu de leurs fighting spirit, nos insulaires préférés ne parviennent pas à proposer des adversaires dignes de ce nom aux Sugar Ray Robinson, Joe Frazier et autres Muhammad Ali. Les « Irish » jouent désormais les seconds rôles d’une discipline qu’ils ont modelée et influencée au point d’être considérés comme les maîtres d’un style de boxe résolument porté sur l’attaque.

Les années passent, les performances des « paddy’s » (Diminutif de Patrick. Surnom donné aux Irlandais) se font plus rares puis, un jeune boxeur du nom de Micky Ward, que l’on surnomme « Irish » va raviver la flamme des pugilistes américano- irlandais. Dans le ring, le tigre de Lowell (banlieue de Boston), entraîné par son demi-­frère Dick Eklund, se bat avec férocité et intelligence. Sa capacité à résister aux coups de ses adversaires et son crochet du gauche font de lui un des boxeurs parmi les plus spectaculaires de sa génération. De 1985, année où il débuté sa carrière professionnelle à 2003 où il raccroche les gants de manière définitive, le blondinet, sans avoir réussi à accrocher les ténors de sa catégorie rappelle au monde de la boxe que les Irlandais n’ont en rien perdu de la hargne qui les anime depuis des lustres. En 2011, Hollywood ne s’y trompe pas en sortant Fighter, dont l’histoire est inspirée de la vie agitée de Ward. Les Dropkick Murphy’s, groupe de punk rock celtique, rendront également un hommage appuyé au Bostonien dans leur tube « Warrior’s code ».

Dernier boxeur irlandais idolâtré, il aurait pu inspirer FX Toole, romancier américain d’origine irlandaise. Passionné de boxe, Toole, de son vrai nom Jerry Boyd, fût en effet l’auteur de trois romans cultissimes : « De sueur et de sang », « La brûlure des cordes » et « Coup pour coup ». Sa source d’inspiration ? Les Irlandais bien sûr ! Après tout, qui mieux qu’eux ont su apporter ce supplément d’âme si précieux à la boxe ? Le film Million Dollar Baby, adapté de son ouvrage « La brûlure des cordes », écrit en 1970, très justement encensé par la critique (meilleur film 2005) retrace l’histoire de Maggie Fitzgerald (Hilary Swank), boxeuse au peignoir et short de couleur verte frappé du trèfle, partie de rien, arrivée au sommet avec l’aide de son coach Frankie Dunn (Clint Eastwood). Passion, espoir et combativité rythment ce long­ métrage qui, s’il n’avait pas été tourné sous le soleil de Los Angeles, nous transporterait presque au bord du lac Connemara, tant l’état d’esprit irlandais reste omniprésent.

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Bien qu’actuellement aucun Irish ne semble pointer le bout de son nez pour reprendre le flambeau de ses prédécesseurs, nul doute que dans les plaines de la verte Erin ou dans l’une des salles de boxe des mégapoles américaines se prépare une future terreur qui viendra brandir haut et fier le drapeau tricolore et insuffler ce mélange de boxe romantique dont seuls les Irlandais ont le secret.

Moins médiatisé que leur cousins d’Amérique, quelques « vrais » irlandais ont également réussie à tirer leur épingle du jeu comme Kevin McBride, bourreau du grand Mike Tyson, lors du dernier combat de la légende américaine en 2005. Citons aussi Wayne McCullough, médaillé d’argent aux JO de Barcelone en 1992, auteur d’une carrière plus qu’honorable chez les poids coqs (27 victoires 7 défaites). De nos jours, le poids moyen Andy Lee (33 victoires 2 défaites), seul boxeur d’Irlande à combattre outre-Atlantique, porte sur ses épaules l’espoir de toute une nation qui, à travers les âges, aura grandement contribué à l’essor du Noble Art.

Go raibh mait agat ! (Merci !)

Matt Leduc

Tommy Morrison, c’était pas du chewing-gum !

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Il y a quasiment un an (1er septembre 2013), le monde de la boxe apprenait avec tristesse la disparition à l’âge de 44 ans de Tommy Morrison, ancien champion du monde poids lourds WBO. Les connaisseurs se souviennent probablement de sa prestation dans Rocky V dans lequel le jeune blondinet, tout droit débarqué de son Oklahoma natal, réussit à convaincre Rocky Balboa (Sylvester Stallone) de le coacher après lui avoir prouvé « qu’il en a dans les gants » durant une séance d’entraînement des plus viriles. Si le film se finit par une bagarre de rue entre nos deux bêtes de scène et qu’il reste l’épisode de « Rocky » à avoir fait le moins d’entrées au box-office, ce 5e opus fait découvrir l’un des boxeurs les plus doués de sa génération : Tommy « The Duke » Morrison.

Élevé et ballotté dans le sud des États-Unis dans ce qu’il convient d’appeler une famille à problèmes, « Le Duc » — surnom hérité d’un lien de parenté jamais vraiment prouvé avec l’acteur John Wayne — se heurte très vite à la dure réalité de la vie lorsqu’il doit se rendre en prison pour visiter sa mère, incarcérée pour avoir poignardé une femme dans un bar, l’année de ses quatre ans. Quant à son père, un alcoolique notoire à la main leste et lié au crime organisé de Kansas City, il n’hésite pas à l’entraîner dans ses combines et autres transactions douteuses alors qu’il n’est encore qu’un tout jeune garçon. Dans cet environnement violent et malsain, le jeune Tommy, qui durant son adolescence laisse entrevoir de belles dispositions en tant que linebacker dans l’équipe de football américain d’une bourgade de l’Oklahoma, parvient à s’en sortir en se tournant vers la boxe, certainement afin d’y exprimer sa rage autant que pour s’évader d’une vie loin d’avoir commencé sous les meilleurs auspices.

Doté d’une musculature à rendre jaloux le plus fier des bodybuilders, il fait parler la foudre du haut de ses 188 centimètres et se taille rapidement la réputation d’un puncheur sans pitié pour ceux qui osent l’affronter. Son palmarès en tant qu’amateur fait état de 220 victoires pour une petite vingtaine de défaites, palmarès suffisant pour passer professionnel à l’âge de 19 ans et poursuivre son travail de démolition aux quatre coins des États-Unis où nombreux seront ses adversaires à mordre la poussière quelques secondes seulement après la cloche annonçant le début du combat (15 adversaires mis au tapis lors du premier round sur ses 28 premiers combats victorieux). Trois ans après le début de sa carrière chez les rémunérés, le gamin aussi blond que les blés et aussi beau comme l’antique subit sa première défaite contre son compatriote Ray « Merciless » Mercer dans un duel d’invaincus au Convention Center d’Atlantic City. C’est le premier couac dans la carrière de Morrison, alors décrit comme le seul boxeur blanc susceptible de pouvoir perturber l’hégémonie des noirs chez les lourds. Pour rappel, nous sommes au début des années 90, et la catégorie « heavyweight » est alors dominée par Evander Holyfield, Riddick Bowe et Lennox Lewis.

De retour sur les rings quatre mois après son revers, il se débarrasse de Bobby Quarry en deux petits rounds puis d’une demi-douzaine d’autres faire-valoir dont l’histoire n’en retiendra pas les prouesses. Se présente alors un défi de taille en la personne de Georges Foreman. Bien qu’il ne soit plus le cador qu’il fût au cours des années 70, « Big George » reste à 44 ans un cogneur à la mâchoire d’acier bien décidé à tenter crânement sa chance pour remporter la ceinture mondiale WBO, alors vacante. L’affiche est alléchante et, malgré les vingt ans d’écart entre les deux athlètes, le combat tient toutes ses promesses. Toujours aussi puissant malgré son âge et dix années passés loin des rings*, Foreman est dominé par Morrison, déclaré vainqueur par décision unanime au terme des 12 rounds. Le voilà champion du monde des lourds, un an et demi après sa première tentative infructueuse contre Mercer. Le Duc est alors au sommet de son art, son sourire et sa gueule d’ange s’affichent partout et les propositions affluent de toutes parts.

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Malheureusement après avoir conservé son titre contre Tim Tomashek qu’il met KO au 4e round, il est envoyé au tapis à trois reprises au cours du premier round par Michael Bentt, quatre mois seulement après avoir été sacré champion du monde. Sans mettre un coup d’arrêt définitif à une carrière jusqu’ici prometteuse, cette défaite surprise contre un boxeur modeste affecte particulièrement la cote du « grand espoir blanc » qui en est bon pour un retour à la case départ. Et puisqu’un malheur n’arrive jamais seul, c’est désormais à la rubrique des faits divers que le boxeur au visage d’éternel ado fait désormais parler de lui. Bagarres nocturnes par ci, conduite en ivresse par là ou encore port d’armes, Tommy Morrison semble avoir touché le fond.

Mais puisqu’il est écrit qu’un guerrier même au fond du trou ne rend pas les armes, il revient plus déterminé que jamais et enchaîne une série de 7 combats sans défaites (6 victoires et 1 nul) en l’espace d’un an et quelques mois.

Le 10 juin 1995, il affronte Donovan Ruddock, un boxeur canadien de qualité qui quelques années avant leur confrontation donna du fil à retordre au grand Mike Tyson lors d’un combat estampillé « fight of the year ». L’affrontement, rude et spectaculaire, a lieu à Kansas City dans une ambiance surchauffée. Morrison, compté une poignée de secondes seulement après le début de la première reprise, se remet dans le combat et met en difficulté le géant canadien à la suite d’un superbe enchaînement corps-tête. Les deux boxeurs se rendent coup pour coup et bien malin est celui qui peut dire qui des deux athlètes remportera la ceinture mondiale IBC des poids lourds. À mi-combat, Morrison envoie Ruddock au tapis à la suite d’un crochet du gauche en pleine face. Compté et sonné, ce dernier se réfugie dans les cordes et subit un pilonnage en règle de la part du « Duke ». Le gamin de l’Oklahoma fait étalage de toute sa palette technique pour le plus grand plaisir des spectateurs, et Ruddock, au bord du gouffre, est de nouveau compté. Le combat reprend, ainsi que les attaques incessantes du boxeur américain, décidément en verve durant cette sixième reprise. Le Canadien encaisse un nouveau déluge de coups sans être en mesure de répliquer. C’en est trop selon l’arbitre Ron Lipton qui, prudemment, interrompt la rencontre. Tommy Morrison signe son retour parmi les grands et avec la manière.

Hélas, l’espoir de le voir s’inscrire parmi les grands sera de courte durée puisqu’il cède son titre de champion du monde IBC à Lennox Lewis lors de la première défense de sa ceinture. Ceux qui attendent avec impatience son retour en seront pour leurs frais. Car à la suite d’un test sanguin de routine il est déclaré… séropositif. Son monde s’écroule. Par crainte qu’il contamine ses adversaires, il n’est plus autorisé à boxer et il sombre une fois de plus dans la délinquance. Incarcérée à deux reprises à la fin des années 90, l’ancienne star de Rocky V enrage de ne plus pouvoir se mesurer à d’autres combattants. Coriace, il tente avec l’énergie du désespoir de convaincre à qui veut l’entendre qu’il n’est pas porteur du VIH en avançant quelques éléments visant à appuyer ses dires.

En 2007, il effectue un retour controversé à l’âge de 38 ans et se débarrasse de John Castle en deux petits rounds. Un an plus tard, c’est au tour de Matt Weishaar de s’incliner contre l’ancienne gloire des années 90 dans une indifférence quasi générale. Ce sera la dernière sortie de Morrison dans un ring de boxe, puisqu’il met un terme à sa carrière à la suite d’une aggravation de sa santé. Tombé dans l’oubli le plus complet, Le Duc rend son dernier souffle le 1er septembre 2013 dans un hôpital du Nebraska, entouré de sa nouvelle femme et de ses deux fils nés d’unions différentes. Deux garçons, du nom de Trey Lippe Morrison et de Kenzie Witt, qui tentent d’entretenir la flamme allumée par leur père bien des années auparavant **.

Tu l’as dit Paulie, Tommy Gunn c’était pas du chewing-gum.

 

Matt Leduc

* Retiré des rings au soir de sa défaite contre Jimmy Young en 1977 alors qu’il est âgé de 28 ans, Georges Foreman fera finalement son come back contre Steve Zouski en 1987.
** Trey Lippe Morrison, passé professionnel en 2014 compte 4 victoires pour autant de combats. Kenzie Witt, est auteur de débuts promoteur bien qu’il sois encore amateur.

Fabrice Bénichou, l’écorché vif.

benichou

Dieu qu’elle était belle cette génération de boxeurs tricolores des années 90 avec les frères Tiozzo, Julien Lorcy, Laurent Boudouani ou encore Jean-Baptiste Mendy et Angel Mona !  Et puis il y avait aussi l’inoubliable Fabrice Bénichou. Premier Français à remporter trois titres de champions du monde, le plus fantasque, rebelle et charismatique des poids coqs  a également connu aussi la dépression, la drogue et la misère. On vous emmène faire un tour dans sa drôle de vie… Une putain de vie.

 

Fils d’un ancien légionnaire devenu fakir et d’une mère danseuse, Fabrice Bénichou, pousse son premier cri à Madrid, Espagne, le 5 avril 1965. Alors qu’il n’est encore qu’un bébé, il parcourt le monde au rythme des pérégrinations de ses parents, vedettes du petit écran. A trois ans, alors qu’il se trouve au Mexique, le petit Fabrice échappe de peu à un kidnapping dans les rues de Monterrey. Un an plus tard à Houston aux Etats-Unis, il est violé par le fils d’une amie -stripteaseuse- de ses parents. Quelques mois après, le clan Bénichou débarque à Caracas au Venezuela. Pour la première fois de sa vie, il se rend à l’école. Différent et en avance (il sait déjà lire et écrire) el pequeño Francés devient rapidement le bouc émissaire de ses camarades de classe. Par la force de ses poings et sa roublardise, il gagne leur respect malgré un physique peu propice à la baston. Toujours aussi porté sur la bagarre lorsqu’il arrive en France l’année de ses neuf printemps ou au Liban, alors en pleine guerre civile, cinq ans plus tard, Fabrice fait une rencontre qui change son destin à tout jamais en Israël l’année suivante. Durant un match de football à Eilat, une ville située à l’extrême sud du pays, la petite teigne se trouve mêlée à une bagarre générale :  » Dans les tribunes, il y avait un vieux monsieur aux cheveux gris et à l’embonpoint évident. Je ne l’avais pas remarqué, tout occupé que j’étais à distribuer des droites. Son nom était Chimchom et il était le président des gants d’or d’Israël. J’ai emplafonné trois ou quatre gugusses sur la pelouse, sous son regard connaisseur et intéressé. Le soir, il est allé voir mes parents dans le loges du cabaret et il a dit à mon père : mettez votre fils à la boxe, il est très doué. Ce petit deviendra champion du monde.  »

Sans plus attendre et malgré les déménagements toujours aussi fréquents, l’adolescent se lance corps et âme dans la pratique du noble art. Bien que parsemé d’embûches, son parcours prometteur lui permet de toquer chez les pros’ l’année de ses dix-neuf ans. Se heurtant au refus de la Fédération Française de Boxe (FFB) de lui accorder une dérogation pour franchir ce cap (l’âge minimum légal est 21 ans), le cabochard s’en va au Luxembourg afin d’y obtenir le précieux sésame.

Débute alors une carrière placée sous le signe de la mobilité géographique : Italie, Panama, Venezuela, Etats-Unis… Encore peu connu dans son propre pays, le « Juif errant » comme il aime à se surnommer ironiquement, regagne néanmoins la mère-patrie le temps d’un affrontement contre Thierry Jacob. Le combat, disputé devant un public entièrement acquis à la cause de son adversaire nordiste, permet à Bénichou de remporter la ceinture EBU des poids coqs et d’y gagner une crédibilité certaine. Hélas, l’Italien Vincenzo Belcastro lui chipe son bien trois mois plus tard. Pas plus heureux lors de sa première tentative à conquérir la ceinture mondiale IBF contre José Sanabria, il prend une belle revanche contre ce même Vénézuélien six mois plus tard,  confirmant ainsi la prophétie de Chimchom. Champion du monde, yallah !

Conservé à deux reprises, il cède son trophée à l’invaincu Welcome Ncita (25-0-0), lors d’un combat disputé à Tel Aviv sans énergie ni génie. Tout est donc à refaire. D’autant plus que sa femme le plaque et qu’à la suite de mauvaises gestions financières, il se retrouve dans le rouge.

Relancé par une victoire expéditive face à l’Américain Amos Cowart, il se voit offrir la possibilité de rencontrer Luis Mendoza, champion du monde en titre des super coqs WBA au Palais Omnisport de Paris-Bercy. La salle est bouillante, la douche sera froide :  » Je persiste à croire que je n’aurais pas dû perdre ce combat. Deux des trois juges en ont décidé autrement. Je veux bien croire que dans cette sorte de match nul, l’un ou l’autre aurait pu être déclaré vainqueur. Seulement manque de bol ou manque d’alliés, j’avais perdu. J’étais anéanti. J’ai la vague impression parfois que c’est à ce moment qu’eut lieu la première fuite d’âme, les prémices d’une dépression qui ne me chopera vraiment que quelques années plus tard ».

fb

Après avoir vaguement hésité à raccrocher les gants, il poursuit sa carrière et rajoute quatre couronnes européennes à son imposant palmarès. Mais puisqu’il est écrit que les histoires d’amour finissent mal, il est largué par la boxe le soir de son combat contre Spencer Oliver. Plus rien dans les gants, plus capable d’éviter les coups de son adversaire, l’ancienne gloire de la boxe tricolore offre la victoire à l’Anglais sur un plateau.

Fauché, il tombe dans la drogue et l’alcool puis sombre dans la dépression. Après huit ans d’errance, il regagne l’Amérique latine, avec l’espoir d’y décrocher quelques combats. Mais l’éternel grande gueule au cheveu sur la langue ne déplace plus les foules. Après seulement deux oppositions, il raccroche définitivement les gants le 30 septembre 2006 avec un bilan de 46 victoires, 18 défaites et 2 nuls. De ses aventures, il a tiré deux livres: « Putain de vie » publié en 2007 et « Mon dernier combat » en 2014. Entre ces deux parutions, il retombe en dépression, tente de mettre fin à ses jours et poste un message d’adieu sur Facebook qui lui sauve la vie, ses amis alertant la police. Un passage en hôpital psychiatrique plus tard, Benichou refait surface, même s’il sait que le chemin de sa rédemption sera long :  » Il s’agit de me battre contre moi-même, pour enfin vivre, naître, avec moins de peurs, enfin capable de lever la tête et de la maintenir bien droite, explique-t-il. J’étais vraiment tombé très bas il y a deux ans […] Je sais que je suis encore très fragile, il faut pas grand-chose pour que je tombe. Un croche-pattes et je suis par terre« . A 48 ans, Fabrice Bénichou a retrouvé une stabilité affective auprès de sa nouvelle compagne et ses 4 fils de 28, 27, 20 et 11 ans. A présent, il donne des cours dans une école de boxe à Sens, ainsi que dans des entreprises et des grandes écoles. Il travaille aussi à l’adaptation cinématographique de sa vie rocambolesque. Tomber 7 fois, se relever 8.

Matt Leduc

 

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