// archives

Sport

This category contains 24 posts

COUPS DANS LES NOIX ET MARRONS AU GARDEN : BOWE-GOLOTA, LE DUEL LE PLUS SALE DE LA BOXE DES NINETIES

bowe-golotaMon premier est noir, arrogant et Américain. Mon second est blanc, plutôt bien charpenté et nous vient d’Europe Centrale. Mon tout est un combat de boxe qui s’est déroulé durant les années 90 au pays de l’Oncle Sam. Dernier indice : il ne s’agit pas de l’opposition entre Apollo Creed et Ivan Drago dans Rocky IV. Alors ? Riddick Bowe v. Andrew Golota bien sûr ! Bon, évidemment, la boxe n’est pas le sport du copinage outrancier et des déclarations fayottes par excellence. Mais dire que ces deux là ne pouvait pas se blairer semble un doux euphémisme tant leurs affrontements ont été proche de se terminer en un bain de sang. J’en fais des tonnes ? Lisez plutôt.

Replaçons les choses dans leur contexte, nous sommes au début des années 90. A cette époque, la boxe fait régulièrement les choux gras de la presse grâce aux frasques du plus fougueux et génialissime des poids lourds : Mike Tyson. Gamin des bas fonds New Yorkais, « Iron Mike » est devenu à 20 ans et 4 mois, le plus jeune champion du monde des poids lourds. Chacune de ses sorties est accompagnée de déclarations fracassantes et de KO violents dont seul le protégé de Cus d’Amato semble en avoir le secret. Le public aime ça. Les autres « lourds » un peu moins. En effet, ce n’est pas facile d’exister lorsque l’on boxe dans la même catégorie que cette bête de scène, même lorsqu’on a l’ingéniosité d’un Evander Holyfield ou le punch d’un Lennox Lewis.
C’est bien connu, la nature a horreur du vide. Alors quand Tyson part purger une peine de trois ans de prison au pénitencier d’Indianapolis pour viol en 1992, le trône se libère. La précieuse place semble toute désignée pour acceuillir un boxeur lui aussi issue des sales quartiers de la « Big Apple » : Riddick Bowe. Médaillé d’argent au Jeux Olympiques de Séoul en 1988, le géant d’1,96m est à créditer de débuts remarqués depuis son passage chez les rémunérés en 1989. Vainqueur avant la limite d’anciennes gloires tel que Pinklon Thomas et Tyrell Biggs, mais aussi de jeunes espoirs tels que Bruce Seldon ou Art Tucker, « Big Daddy » n’en reste pas moins un athlète au caractère bien trempé, en témoigne son empoignade légendaire avec Elijah Tillery, attaquée aux poings et terminée à grands coups de semelles. Invaincu après 31 combats, dont 28 gagnés avant la limite, il remporte les ceintures WBC, WBA et IBF en battant Evander Holyfield par décision unanime le 13 novembre 1992 à Las Vegas. Faute d’être parvenu à un accord dans les délais nécessaires pour affronter son challenger n°1 Lennox Lewis, Bowe est déchu de son titre WBC. Sa réaction ? Il jette sa ceinture dans une poubelle. Vaincu par Holyfield lors du combat revanche, il sort vainqueur de la belle qui les oppose le 4 novembre 1995, non sans s’être emparé au préalable de la ceinture WBO en envoyant Herbie Hide au tapis à… sept reprises. De bon augure avant d’affronter Andrew Golota. Andrew qui ça ?

 

Golota. Un Polonais qui s’est également illustré aux Jeux Olympiques de Séoul en terminant sur la troisième marche du podium, soit juste une place derrière… Bowe. Après plus d’une centaine de combats victorieux en amateur, il fait son entrée dans le circuit professionnel en 1992, à Milwaukee. Gros puncheur, plutôt rapide et fin technicien, il remporte la majorité de ses duels par KO (24 sur ses 28 premiers combats victorieux). Certes, la majorité de ses affrontements sont disputés contre de simple faire­-valoir ou face à des boxeurs relativement inexpérimentés, mais une question brûle rapidement les lèvres des aficionados du noble art : « Tiens, et si on tenait ­enfin­ le poids lourd blanc capable de mettre un terme à la main mise qu’exercent les Afro­-Américains sur la catégorie reine ? Pour le savoir, ils sont près de 12000 spectateurs à rejoindre le Madison Square Garden le 11 juillet 1996.

 

Bowe v. Golota : Acte I 

Contre toute attente, c’est Golota, ­pourtant donné perdant à 12 contre 1,­ qui assure le spectacle dès le début de la rencontre. Plus précis, technique et rapide que Bowe et ses 114 kg, le puncheur Polonais se laisse néanmoins se débordé par son enthousiasme et s’attire les foudres de l’arbitre Wayne Kelly. Rapidement averti après un coup bas, le natif de Varsovie récidive dans la 5e reprise. Une remontrance de l’homme au nœud papillon et un point de pénalité plus loin, l’affrontement et son lot de coups en-dessous de la ceinture reprend de plus belle. Incapable de se maîtriser alors qu’il domine largement les débats, Golota est de nouveau pris par la patrouille durant le 7e round. C’en est trop pour l’arbitre qui décide de mettre un terme au combat en disqualifiant le boxeur Polonais. Au même moment, Rock Newman, le manager de Riddick Bowe, ainsi que d’autres membres de l’entourage du boxeur New Yorkais grimpent sur le ring et foncent en direction de Golota, fous de rage. Frappé à coups de talkie­-walkie, le Polonais fait face à une meute prêts à le lyncher. Le ring se transforme en véritable champ de bataille entre le clan polonais venu protéger leur boxeur et l’entourage de Bowe. Dans la mélée, Lou Duva, l’entraineur de Golota, âgé de 74 ans est également molesté. Victime d’une crise cardiaque, il est évacué en direction de l’University Hospital de New York dans un état jugé préoccupant. Loin de se cantonner au seul ring, la baston fait désormais rage entre fans des deux camps à l’intérieur du Madison Square Garden. Ici et là, de jeunes blancs enveloppés dans des drapeaux Polonais échangent injures et coups avec de jeunes noirs, le tout sous les yeux du maire Rudolph Giuliani, Monsieur « Tolérance zéro ». Finalement, les forces de l’ordre parviennent à rétablir le calme à l’intérieur de l’enceinte après plus d’une heure d’émeute et l’interpellation de 16 personnes. Du jamais vu pour un combat de boxe !

Peu de temps après cette soirée élue « événement de l’année » par Ring Magazine, Golota et Bowe s’engagent à recroiser le fer en décembre 1996. Pour la beauté du geste ? Cela reste à voir. Pour le plus grand plaisir des fans ? Ça c’est sûr !

 

Bowe v. Golota : Acte II

Dans une atmosphère plus tendue que jamais, la rencontre est délocalisée à Atlantic City, en raison du risque trop élevé d’assister à de nouveaux affrontements inter-­communautaires à New York. A l’instar du premier combat, la revanche entre les deux meilleurs ennemis est de nouveau largement dominée par le boxeur européen. Compté à la suite d’un enchaînement crochet gauche-direct du droit lors de la 2e reprise, Bowe s’accroche et, grâce à un coup d’éclat, il parvient à envoyer le protégé de Lou Duva à terre deux rounds plus tard. Encourageant, mais loin d’être suffisant pour perturber un Golota qui, malgré deux avertissements pour coup de tête et coup en dessous de la ceinture, a pris la poudre d’escampette au scorecards des juges. Proche de la rupture à la mi-­combat où il est de nouveau mis knock down, Bowe subit la supériorité de son adversaire jusqu’à la 9e et avant-dernière reprise. Mais alors que la victoire lui tend les bras, le Polonais paye une nouvelle fois au prix fort son indiscipline. Un énième coup dans les parties génitales de Bowe le disqualifie et offre le gain de la rencontre à son adversaire, pourtant largement inférieur au vu des deux prestations livrées. Une décision cruelle mais pas totalement imméritée.

Frustrés ou soulagés par le verdict du combat, les supporters de Golota et de Bowe quittent le Convention Center l’esprit taraudé par la trajectoire et les séquelles que laissera cette double confrontation sur leur boxeur favori. Car effectivement, plus rien ne sera jamais comme avant.

 

Clap de fin

Incapable de repartir de l’avant, Riddick Bowe décide de mettre un terme à sa carrière quelques mois après son combat revanche contre Golota. Il a à peine 29 ans. Incarcéré au début des années 2000 à la suite de violences conjugales, il effectue néanmoins son retour dans le ring en 2004, soit près de huit ans après son dernier combat. Après trois victoires aux dépens de boxeurs de seconde zone, le New Yorkais se retire définitivement du circuit avec un bilan de 43 victoires (dont 33 KO), 1 défaite et 1 no contest.

Véritablement propulsé avec ses deux combats face à Bowe, Golota rencontre Lennox Lewis pour la conquête de la ceinture WBC, quelques temps après sa mésaventure d’Atlantic City. Sévèrement corrigé par le Britannique, le Polonais enchaîne trois prestations encourageantes contre Corey Sanders, Tim Witherspoon et Orlin Norris et se replace parmi le top 10 des poids lourds les plus en vue de ce début de siècle. Opposé à Mike Tyson, il subit la loi du boxeur de Catskills durant deux rounds puis rejoint les vestiaires à la suite d’une brouille avec son entraîneur alors que retentit la cloche annonçant la troisième reprise. La commission du Michigan change a posteriori la victoire par KO technique de Tyson en No Contest, après que ce dernier a été contrôlé positif à la marijuana.

De retour en 2003 après trois ans d’absence, l’ancien « Great White hope » se débarrasse de deux quidams au palmarès peu flatteur puis obtient un match nul face au très doué Chris Byrd. Battu par Ruiz et Brewster lors des championnats du monde WBA et WBO, Golota alterne ensuite combats de piètre qualité et lourdes défaites par KO, notamment contre ses compatriotes Tomasz Adamek et Przemysław Saleta. Après 41 victoires (dont 33 KO), 9 défaites, 1 nul et 1 No contest, le géant venu de l’Est se retire des rings.

Malgré nos recherches, on ignore encore à l’heure actuelle ce qui a poussé Andrew Golota à plonger ses poings de manière aussi abusive en direction de l’entre-jambe de Riddick Bowe durant leurs deux confrontations devenues légendes. Ce qui est certain en revanche, c’est qu’elles ont été le point d’orgue de carrières éphémères.

Matt Leduc
@Matt_Leduc_

Marcel Cerdan, un héros Français

Multiple champion de France et d’Europe chez les welters et les moyens durant les années 30-40, Marcel Cerdan est le premier « Frenchy » à réussir l’exploit de décrocher une ceinture mondiale sur le sol américain. Hélas, la carrière de l’amant d’Edith Piaf prend fin en pleine ascension. L’avion qui le transportait aux Etats-Unis pour sa revanche contre Jake La Motta s’écrase sur l’île de São Miguel aux Açores (Portugal). La nation est foudroyée par le chagrin, elle qui avait fait du boxeur Pied-noir son héros. Et quel héros !

Marcel Cerdan

« Mon amour, tu ne pourras jamais imaginer avec quelle force je t’aime. Dieu que je t’aime, mon adoré ! Je voudrais me mettre à tes genoux et passer mon temps à t’admirer, à te servir, à t’aimer, à n’être qu’à toi et n’avoir que toi devant mes yeux, ne toucher que toi, ne vivre que par toi que j’aime, toi mon amour. Moi. » Les mots d’Edith Piaf résonnent encore dans les mémoires collectives. Et comme les Français, la chanteuse est tombée amoureuse du boxeur divin, Marcel Cerdan. Cadet d’une fratrie de 5 enfants dont 4 garçons, ce dernier est né à Sidi Bel Abbes, une ville située à l’ouest de l’Algérie dans un pays alors sous domination française. En 1922, alors qu’il est âgé de 6 ans, lui et les siens plient bagage et partent s’installer au Maroc, à Casablanca. À l’instar de la majorité des familles européennes installées au Maghreb et contrairement aux croyances populaires, la famille Cerdan ne mène pas une vie de grand luxe, loin de là. Le papa est boucher, tandis que la maman reste au foyer pour s’occuper des enfants.

Comme beaucoup de gamins du Royaume chérifien, le jeune Marcel se passionne pour le football qu’il pratique de manière quasi-quotidienne avec ses copains du quartier. Mais à 8 ans, influencé par ses grands frères qui pratiquent tous le noble art, il enfile sa première paire de gants et fait son entrée dans la plus belle et exigeante des disciplines. Plutôt débrouillard, il gravit les échelons sous l’œil bienveillant de son père qui rêve de voir son fils percer dans le milieu de la boxe.

La naissance d’un champion

Après des débuts fracassants chez les professionnels, où il sort victorieux des 35 premiers duels auxquels il participe, il rejoint la Mère Patrie à 21 ans et pose ses valises à Paris. Bienvenue à la capitale. De là, il poursuit sa progression et devient champion de France des Welters en battant Omar Kouidri aux points. Distinction qu’il conserve neuf mois plus tard aux dépens du même adversaire.

Marcel Cerdan

Injustement défait pour la première fois à cause d’un soit disant coup bas sur l’anglais Harry Craster à Londres lors de son 53e affrontement, « Le bombardier marocain » enchaine successivement 5 victoires en 4 mois dont une lors d’un combat sans enjeu contre le champion d’Europe en titre, l’Italien SaverioTuriello.Mécontent, le transalpin se dit prêt à mettre son titre en jeu si le Français accepte de venir le défier chez lui à Milan. Qu’à cela ne tienne ! Pas impressionné par le long Curriculum Vitae de « La panthère milanaise » (3 titres de champion d’Italie et une ceinture européenne) et l’ambiance électrique qu’on lui promet, il relève le défi et s’envole pour la capitale lombarde. Et là devinez quoi ?Le Français s’impose au terme de 15 rounds parfaitement maîtrisés. La réaction du public italien est terrible.Les esprits s’échauffent puis les sièges se mettent à voler, obligeant Cerdan et son entourage à se réfugier dans les vestiaires afin d’échapper à la vindicte des tifosis rendus furieux par la défaite de leur favori.

Roi d’Europe à seulement 23 ans, la carrière du droitier de Sidi Bel Abbes va malheureusement subir un coup d’arrêt suite au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Comme tous les hommes en mesure de se battre, Marcel Cerdan prend part au conflit qui ensanglante une partie de l’Europe et notamment la France. Ce dernier est affecté dans la Marine au Maroc. À distance des combats, le jeune boxeur profite de sa notoriété et des quelques bourses que lui rapportent ses affrontements disputés au bled pour aider et financer les réseaux de Résistance. Dans le Paris occupé de l’année 1942, il dispute une demi-douzaine de combats dont l’un mythique contre son compatriote Gustave Humery, mis KO en moins d’une minute et plongé dans le coma durant presque deux jours. Une nouvelle fois disqualifié pour un coup bas sur Victor Buttin, le puncheur Pied-noir rectifie le tir au cours du combat suivant lors de la finale des championnats d’Europe qui l’oppose à l’Espagnol Jose Ferrer.

Rendu furieux par la croix gammée brodée sur le peignoir de son opposant, Cerdan – qui n’a jamais caché ses sympathies pour une France libre – se jette sur Ferrer comme un mort de faim dés le premier round. Asphyxié par le déluge de coups du Français, l’Espagnol embrasse le sol à cinq reprises avant de jeter l’éponge alors qu’il n’avait jamais subi de knock-down. Plus qu’une simple victoire sportive, le triomphe du boxeur français vient redonner du baume au cœur à une nation plus que jamais empêtrée dans une guerre interminable. Quelques mois après son sacre, il épouse Marinette Lopez, avec qui il aura trois enfants puis ferme la parenthèse de la guerre en s’adjugeant par deux fois de suite le tournoi Interalliées, disputé contre ses semblables américains, bien incapables de résister à la fougue du nouveau chouchou des Français(e)s.

À la conquête de l’Amérique

Passé dans la catégorie supérieure, Cerdan s’empare du titre de champion de France des poids Moyens en terrassant le cador de la catégorie : Assane Diouf. KO à la 3e reprise, boum ! Après la conservation de son titre contre le rugueux Edouard Tenet et quelques victoires expéditives, il rejoint les Etats-Unis et dispute son premier combat sur le sol américain au Madison Square Garden de New-York contre Georgie Abrams. Fatigué et sans doute crispé par l’évènement, le Français livre un duel bien en dessous de ses capacités, mais arrache néanmoins la victoire par décision unanime. Plus qu’un duel, il y gagne le respect des Américains et un surnom « The B52 », un bombardier américain, en référence à son style explosif. De retour sur le vieux continent, il décroche la ceinture européenne en battant le Belge Léon Fouquet, deux minutes seulement après le début de leur rencontre puis s’envole de nouveau pour l’Amérique le temps de deux affrontements victorieux contre Harold Green et l’Estonien Anton Raadik, deux boxeurs parmi les meilleurs du circuit.

Arrive l’année 1948, celle qui marque le début de sa relation amoureuse avec la célèbre chanteuse Edith Piaf. Mais, c’est également sa saison la plus prolifique en terme de conquêtes sportives. De nouveau champion d’Europe après sa victoire contre l’Italien Manca et face au Français Walzack, il perd sa ceinture à la surprise générale contre le Belge Cyrille Dellanoit avant de reconquérir celle-ci aux dépens du même boxeur un mois et demi plus tard. La revanche est un plat qui se mange froid.

Marcel Cerdan

Marcel Cerdan s’attaque ensuite à une légende de la boxe mondiale :Tony Zale. Du punch, de la rapidité, une excellente garde et un style spectaculaire (67 victoires dont 45 par KO, pour 17 défaites et 2 nuls) ont propulsé son opposant parmi les pugilistes les plus en vues des années 40.Trois fois champion du monde durant cette décennie, « l’homme d’acier » part donc largement favoris au moment de défendre son titre face au Frenchy. Et pourtant. Devant près de 20 000 spectateurs tous acquis à la cause du natif de l’Indiana, l’affrontement tourne malgré tout à l’avantage de notre représentant, qui d’un solide crochet du gauche à la fin du 11e round, met un terme à la mainmise qu’exercent les pugilistes yankee sur cette catégorie depuis plus d’un demi-siècle. Mais également à la carrière de Tony Zale, trop marqué par cette défaite pour remonter sur un ring par la suite.

Accueilli par des dizaines de milliers de Parisiens et reçu par le chef d’État, Vincent Auriol, lors de son retour au pays, le nouveau champion du monde des poids moyens a également l’honneur de rallumer la flamme du soldat inconnu à l’arc de triomphe. Par son succès, il redonne le sourire à tout un pays encore marqué par un conflit ou plus de 600 000 de ses fils tombèrent. Sa plus belle victoire, assurément. « J’étais KO debout. Paris, par son accueil m’avait porté le plus fort des coups. Un coup au cœur. Un coup que je sentirai longtemps. Toute ma vie. »

La chute

Nous sommes le 16 juin 1949, Marcel Cerdan va défendre son titre face à Jake LaMotta au Briggs Stadium de Detroit. Son opposant ? Un dur, un vrai, qui a appris le métier en maison de correction, et, dont aucun adversaire – y compris le terrible Sugar Ray Robinson – n’a réussi à le mettre KO depuis son arrivée dans le circuit. En passant un accord avec la mafia, omniprésente dans le milieu de la boxe à cette époque, « Le taureau du Bronx » s’est offert le droit de réaliser son rêve : disputer un titre mondial.

Dès l’entame du combat, l’Italo-Américain met une énorme pression sur le Français, qui résiste tant bien que mal aux fulgurants enchaînements du challenger. Sur une attaque de La Motta, le Français glisse et se blesse à l’épaule gauche. La messe est dite. Malgré la douleur, le champion serre les dents 10 rounds, puis abdique sous la pression de son staff et devant le risque trop élevé d’aggraver sa blessure. Battu, il n’en reste pas moins déterminé à reconquérir SA ceinture le plus rapidement possible.

D’abord prévue le 28 septembre, la revanche est repoussée au 2 décembre 1949 à la suite d’une blessure à l’épaule de l’Américain. Pressé par sa chère et tendre de la rejoindre à New-York, où elle se trouve en tournée, Marcel Cerdan remplace son voyage initialement prévu en bateau par l’avion. La conséquence de son acte lui sera fatale. Dans la nuit du 27 au 28 octobre, l’avion dans lequel il avait pris place avec son manager Jo Langman ainsi qu’avec 47 autres passagers s’écrase dans l’archipel des Açores, au large du Portugal. Il n’y a aucun survivant.

En métropole, à Casablanca où il était adulé parmi toutes les communautés, mais également de l’autre côté de l’Atlantique où il était devenu roi un an auparavant en battant Tony Zale, tout le monde pleure ce champion au grand cœur, aimé et respecté de tous. Parti à l’âge de 33 ans, le plus grand boxeur Français de tous les temps n’avait pas seulement remporter 119 combats sur les 123 disputés, il avait su redonner confiance et joie à une Nation à travers son courage et sa force.

Marcel Cerdan était un héros. Notre héros. À quand le prochain ?

Crédit photo à la UNE : Marcelcerdan.com

Lien annexe : Jake LaMotta

Matt Leduc / @Matt_Leduc_

Le boxeur Béninois Fatiou Fassinou défie le Burkinabé Alexis Kaboré le 27 Mars

 

IMG-20150213-WA0006Le boxeur burkinabè Alexis Kaboré dit « Yoyo », Champion du Monde super coq de la World Boxing Council (WBC) remet son titre en jeu le vendredi 27 mars 2015 prochain au Palais des sports de Ouagadougou. Il aura comme adversaire le béninois Fatiou Fassinou (22 victoires, 1 nul, 3 défaites) dans un combat qui s’annonce très difficile pour le pugiliste béninois, le boxeur burkinabé étant resté invaincu à ce jour devant son public.
961525_892943750726915_949199754_n
12 reprises de 3 minutes !!! C’est le temps dont dispose le Béninois Fatiou Fassinou alias « petit piment » pour détrôner son adversaire burkinabé Alexis Kaboré dit « Yoyo ». Mission difficile mais pas impossible pour le béninois, auréolés dune succession de 9 combats sans défaites (8 victoires, 1 nul). Mais attention au boxeur burkinabè Alexis Kaboré très technique, rapide, bonnes esquive et doté d’une grande puissance avec une carte de visite impressionnante  (24 victoires, 1 défaite).« C’est vrai, j’ai perdu aux points lors de notre dernière confrontation (défaite 112-115) mais je suis également le seul boxeur à l’avoir battu (victoire par KO au 2éme round, le 9 mai 2004) depuis son arrivée dans le circuit professionnel. J’ai attaqué ma préparation avec rigueur et discipline pour être prêt le jour du combat » a quand même averti le Béninois visiblement prêt et qui pense faire le déplacement de Ouagadougou en conquête. Mais Son expérience du haut niveau et des combats à enjeu suffira t’elle à perturber le droitier Ouagalais, en pleine confiance, après sa victoire le vendredi 5 septembre 2014 dernier sur le Philippin Sylvester Lopez Berador, champion du monde mi-mouche (victoire aux points par décision unanime) ?

Réponse le 27 mars à la maison du peuple de Ouagadougou.

@Matt_Leduc_

Te casse pas la tête, Sonny Liston s’en charge

Dôle de destin que celui de Sonny Liston. Parti de rien, décédé dans l’indifférence quasi-générale malgré une brillante carrière chez les lourds durant les années 50-60, le roi du KO a dominé sa catégorie avant qu’un jeune boxeur du nom de Cassius Clay (qui deviendra Mohamed Ali) ne le dépossède de sa ceinture mondiale au cours d’un combat aussi suspect que légendaire. Si ses liens avec la mafia et son penchant pour l’alcool l’ont peu à peu transformé en personnage impopulaire, ses poings d’acier, eux, en ont fait l’un des boxeurs les plus redoutables du XXe siècle.

Personne, y compris sa mère, n’a pu déterminer avec exactitude la date et le lieu de naissance de Charles  » Sonny  » Liston. L’hypothèse la plus probable est qu’il a vu le jour à Slough dans l’Arkansas durant l’année 1932. À cette époque, l’industrialisation a gagné l’ensemble du territoire américain, mais rien, pas même l’abolition de l’esclavage plus d’un demi-siècle auparavant, ne semble avoir bouleversé le mode de vie des habitants de cet Etat du Sud depuis l’arrivée des premiers colons européens. Pour un salaire de misère et parfois quelques coups de fouet, de nombreuses familles noires continuent d’y cueillir le coton dans d’énormes propriétés détenues par des fermiers blancs. C’est le cas de la famille Liston.

Élevé par une mère aux mœurs légères et un père à la main leste, le jeune Sonny, comme ses douze frères et soeurs, est très rapidement envoyé aux champs. Illettré, le jeune homme se lasse vite de cette vie morose et décide de tailler la route à l’adolescence pour rejoindre une de ses sœurs à St Louis, Missouri. Là-bas, il s’encanaille avec de jeunes voyous locaux et écope d’une peine de 5 ans de prison ferme pour trois vols à main armée et deux vols simples. Incarcéré au pénitencier de Jefferson City, il découvre la boxe et se gagne rapidement la réputation d’un puissant cogneur.  » Au bout de quatre semaines de combat, il ne se trouvait plus un homme dans toute la prison pour affronter Sonny sur le ring « , affirmera le père Schlattmann, aumonier Catholique de la prison. Sans technique, ni tactique, mais avec la seule force de ses poings, Liston corrige ses codétenus avec tant de facilité qu’il est parfois contraint d’affronter deux adversaires en même temps… Pour un résultat identique.

SL1

Très vite, la rumeur qu’un prisonnier capable d’aligner quiconque ose l’affronter franchit les murs de l’enceinte et gagne la ville voisine de St Louis, la plus importante de l’État. Frank Mitchell, un éditeur passionné de boxe, s’intéresse alors au cas du détenu Liston matricule 68069. Il organise un comité de soutien avec l’appui de certains politiciens ainsi qu’avec les leaders de la communauté noire de la cité jadis fondée par les colons français et parvient à faire sortir Liston de prison, après que ce dernier n’ait purgé seulement deux ans de sa peine. Aussitôt dehors, il le présente à Monroe Harisson, entraîneur de boxe local, et l’inscrit au Golden Gloves nationals, une compétition ouverte aux boxeurs amateurs d’une trentaine de régions disséminées à travers le pays. Comme certains des plus grands pugilistes nationaux tel que Joe Louis en 1934, ou comme le feront Evander Holyfield et Mike Tyson en 1984, mais aussi Oscar De la Hoya en 1989, Sonny Liston remporte la compétition en écrasant la plupart de ses adversaires en moins d’une reprise.

La mauvaise réputation

Passé professionnel peu de temps après son sacre, il remporte ses 5 premières rencontres sans grande difficulté et dispute son premier grand combat contre John Summerlin, le champion des poids lourds du Michigan à Detroit, le 29 juin 1954. Donné perdant à 22 contre 1, Liston l’emporte aux points et confirme son statut de grand espoir du noble art aux dépens du même Summerlin, un mois après.

L’Amérique s’intéresse alors à ce géant sorti de l’ombre dont personne ne semble pouvoir en stopper l’ascension, tellement celle-ci s’effectue à pas-de-géant. Malheureusement, le crime organisé ne tarde pas non plus à pointer le bout de son nez et à draguer le puncheur de Slough.

En effet, à cette époque, il est encore fréquent qu’un boxeur soit « récupéré » par un mafioso, flairant bon l’occasion d’engendrer une belle pile de billets verts en truquant les combats du poulain en question. Et c’est ainsi que Frank Mitchell et Monroe Harrison sont priés de céder leur place à Blinky Palermo, un gangster originaire de Philadelphie.

Relation de cause à effet ou non, parallèlement à sa carrière, Sonny Liston est arrêté à 14 reprises par la police de St Louis entre 1953 et 1958. Incarcéré pour l’agression d’un policier pendant 9 mois en 1957, il prouve, si besoin est, qu’il n’a rien perdu de sa superbe en terrassant Billy Hunter à Chicago pour son retour dans le ring, le 29 janvier 1958.

Enchaînant les victoires par KO aussi aisément que le whisky durant ses virées nocturnes, le voilà, après 35 combats (34 victoires pour une défaite) challenger numéro 1 pour affronter le champion du monde des poids lourds, Floyd Patterson. L’affiche semble attirante, mais n’emballe guère Cus D’Amato (le manager de Patterson), qui voit en Liston une bien mauvaise publicité pour la boxe en raison de son passé criminel. Même son de cloche du côté de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), une organisation qui veille à la défense des droits civiques des Noirs, voyant en cet affrontement un désastre pour leur communauté si le tenant au titre venait à perdre. Malgré les réticences de son entourage, Patterson, vexé par le peu de confiance placé en lui, donne son accord pour affronter Liston.

La revanche du paria

Deux petites minutes après le début de l’affrontement, Patterson embrasse le sol à la suite d’une succession de directs et d’un terrible crochet du gauche à la tempe. Dévasté par l’enchaînement terrible de son challenger, le champion tarde à se relever et semble avoir toutes les peines du monde à retrouver ses esprits. Dix secondes plus tard, le verdict tombe : Sonny Liston est déclaré champion du monde, avant même qu’il n’ait pu ressentir les premières gouttes de sueur ou reçu le moindre coup. Plus déterminé, Liston qui avait déclaré « être prêt à tuer son adversaire pour s’emparer de sa ceinture », met donc un terme, en quelques secondes, au règne long de six ans de Patterson sur la catégorie des lourds (il avait perdu une première fois sa ceinture contre le Suédois Ingemar Johansson avant de la reconquérir un an plus tard). Jamais dans l’histoire de la boxe un challenger n’avait réussi à s’emparer d’une ceinture aussi rapidement.

Guère plus heureux lors du combat revanche à Las Vegas l’année suivante, Patterson est envoyé au tapis à trois reprises durant le premier round et est contraint d’abdiquer après deux minutes et trente trois secondes. La facilité avec laquelle « le méchant nègre » vient à nouveau de disposer du « gentil noir » choque et impressionne le monde entier, à l’exception notable d’un jeune homme assis au cinquième rang : Cassius Clay. Médaillé d’or aux Jeux Olympiques de Rome en 1960 et brillant athlète au parcours jusqu’ici prometteur de 19 combats pour autant de victoires, il profite d’ailleurs d’une faille dans le service de sécurité pour s’inviter dans le ring afin de défier Liston. Moqueries, gestuelles et joutes verbales accompagnent son intervention avant que celle-ci ne soit interrompue, ­non sans mal,­ par plusieurs agents de sécurité. Si la provocation ne perturba pas outre mesure Liston et amusa les spécialistes, persuadés qu’un jeune boxeur comme Clay ne pourrait jamais vaincre le champion en titre, elle fut en revanche très vite jugée intéressante par les promoteurs.

 

Liston-Clay, le mystère le mieux gardé de la boxe

Avec seulement 8000 places vendues sur 16000 disponibles, les amateurs de boxe ne se sont pas bousculés au Convention Hall de Miami, le 25 février 1964, pour assister au duel entre Liston et Clay. Trois mois seulement après l’assassinat du président JF Kennedy à Dallas, il semble que les Américains n’ont pas encore retrouver le goût de spectacle, d’autant plus que celui-­ci ne promet aucune surprise, étant donné la supériorité manifeste que le champion possède sur le jeune challenger impétueux. Sauf qu’en boxe, rien n’est jamais écrit à l’avance, surtout lorsqu’un outsider aux dents longues vient défier un tenant du titre en manque de rythme (seulement 2 combats en 2 ans).

SL2

L’affrontement, plutôt équilibré durant les trois premiers rounds, bascule lors de la reprise suivante lorsque Liston trouve la faille et tuméfie le visage de Clay. En retournant dans son coin, Clay, visiblement gêné par son œil droit, hurle à son entraîneur Angelo Dundee qu’il abandonne :  » Je n’y vois rien ! Coupe les gants ! Fais arrêter le combat ! « . Poussé par son coach, il repart néanmoins à l’appel de la cloche et parvient à rééquilibrer les débats en maintenant Liston à distance lors du cinquième round. Étrangement sur la défensive alors qu’il semblait bénéficier d’un avantage certain sur son adversaire, Liston retient ses coups et décide de ne pas se lever de son tabouret à l’appel de la septième reprise. Stupeur et incompréhension gagnent alors la salle mais pas l’arbitre qui, conformément au règlement, désigne Clay vainqueur. Suspectant des irrégularités, une enquête sénatoriale ne tarde pas à avancer l’hypothèse d’un combat truqué, sans toutefois en apporter les preuves nécessaires. Aujourd’hui encore, le mystère reste entier et a fait l’objet de plusieurs enquêtes journalistiques qui ne sont jamais parvenues à percer la vérité.

La revanche entre Liston et Clay, devenu entre temps Mohammed Ali après sa conversion à l’islam, se tient à Lewiston dans le Maine le 25 mai 1965. Encore une fois, la polémique fera rage lorsque Liston se jette au sol après avoir été effleuré par un jab de son adversaire. Pas dupe, la foule crie au combat truqué et le cordon de policiers entourant le ring doit redoubler d’efforts afin de contenir le début d’émeute provoqué par l’étrange défaite du géant de l’Arkansas.

Boudé du public pour ses frasques et ses polémiques entourant ses derniers combats, « l’ours » est contraint de s’exiler en Suède le temps de quatre affrontements (4 victoires par KO). De retour au pays, il dispute encore quelques combats puis trouve la mort chez lui, à Las Vegas, le 30 décembre 1970 à l’âge de 38 ans. Objet d’une dernière controverse lorsque sa mort fût officiellement déclarée de cause naturelle bien qu’une quantité importante d’héroïne ait été retrouvée dans son sang, il repose au cimetière du Paradise Memorial Gardens sous une plaque portant son nom et les inscriptions : « a man ».

 

Matt Leduc
@Matt_Leduc_

Incoming search terms:

  • boxe Leduc 50 cent duc
  • danny nicole peignoir

Myriam « Fire » Dellal, qui s’y frotte s’y brûle

myriam-dellal1

Ils sont jeunes, ambitieux et ont fait de la boxe leur métier. Loin des strass et des paillettes, ils représentent, chacun dans leur catégorie, le renouveau de la boxe tricolore. Sans langue de bois ni retenue, ils ont décidé de revenir sur leur parcours et de nous livrer leur point de vue sur la scène nationale, leurs défis à venir, mais aussi sur la précarité de leur statut.

La boxe n’est pas un sport exclusivement masculin. La preuve, Myriam Dellal la pratique avec passion et talent depuis une dizaine d’années. À quelques jours de sa confrontation face à l’Espagnole Loli Munoz, la détentrice de la ceinture internationale WBC a gentiment accepté de se prêter au jeu des questions-réponses. Rencontre avec la plus déterminée des boxeuses tricolores.

Pour faire de la boxe, il en faut. Ça tombe bien, Myriam en a. Du courage, de l’audace et de la volonté, la jeune femme n’en a d’ailleurs jamais manqué. Comme ce jour, où à 25 ans à la suite d’une déception amoureuse, elle préfère alors franchir les portes d’une salle de boxe afin d’y évacuer sa colère plutôt que de ruminer son chagrin dans la solitude. Doux euphémisme de dire qu’elle y a pris goût, car seulement un an après avoir enfilé sa première paire de gants, l’Auvergnate intègre… l’équipe de France. « C’est vrai, ça a été plutôt rapide. Mais j’en voulais, et ma maturité a fait le reste. » Tant mieux. L’hyperactive n’aime pas attendre. Avec son mental de guerrière, elle brûle les étapes et se fait rapidement un nom dans la catégorie des superplumes : championne de la région Auvergne, championne de France 2006 et 2007, médaillée de bronze au championnat de l’Union Européenne et au Championnat d’Europe. Rien ne semble arrêter l’athlète d’origine kabyle. Pas même les quelques défaites injustes subies chez les amateurs. « Malheureusement, c’est aussi cela la boxe. Certaines fois, ça en devient presque marrant d’être déclarée perdante avec le visage intact alors que ton adversaire a le visage marqué de toute part. Le tout est de ne pas lâcher le morceau. » Alors, Myriam s’accroche et redouble d’efforts.

En novembre 2008, elle signe son entrée chez les professionnelles par une victoire aux points contre Daniela David. En confiance, elle enchaîne par deux victoires avec la manière avant de connaitre un passage à vide marqué par un nul et deux défaites. Lors de son septième combat, la droitière croit définitivement lancer sa carrière en remportant le Championnat de France des super plumes face à l’invaincue Julie Robert. Mais malheureusement, deux petites semaines après son sacre, elle n’obtient pas mieux qu’un nul contre la modeste Roumaine Floarea Lihet. Et puisqu’un malheur n’arrive jamais seul, elle est contrainte d’abandonner sa ceinture lors de sa première défense contre la même Julie Robert lors du combat suivant.

« L’énergumène » — comme ses proches la surnomment à cause de son imprévisibilité — s’exile alors à Grenoble. « Pas la meilleure décision de ma vie. Je n’ai pas l’impression d’avoir progressé et je n’ai quasiment jamais combattue. Le feeling ne passait pas avec le coach. » Pas grave, il passera avec l’ancien champion du monde des poids super-coqs WBA, Salim Medjkoune, entraineur au Stade Clermontois. À ses côtés, elle retrouve la confiance et le goût du challenge. Championne de France des super-légères après avoir mis KO Johanne Cavarec lors de la quatrième reprise, « Mimi » s’empare également de la ceinture internationale WBC à la suite de la rencontre l’opposant à l’Italienne Anita Torti. « Ce fut le combat le plus abouti de ma carrière. Voir le public d’Aulnay-sous-Bois se lever dès la fin de la rencontre restera un souvenir formidable. »

Une joie que la jeune femme souhaite à nouveau connaître, le 15 novembre au zénith de Limoges pour la première défense de sa ceinture. « En face il y aura du lourd, Munoz est une boxeuse avec beaucoup d’expérience qui aime mettre du rythme. » Qu’importe, elle répondra présente. « Je vais tout donner. J’ai préparé ce combat à l’aide de mon entraineur qui est quelqu’un de super puis j’ai téléphoné à Myriam Lamare qui connaît bien ma future adversaire pour l’avoir battue l’an dernier. »

Prochaine étape d’une carrière qui pourrait malheureusement prendre fin dans trois ans, faute de financement. L’intérimaire de 35 ans va également tenter de conquérir la ceinture EBU contre la Suissesse Nicole Boss le mois prochain à Berne.

On vous le disait, la championne n’aime pas attendre…

Matt Leduc

Frank Haroche Horta, touché mais jamais coulé

Haroche%20Horta%20Menasria

Ils sont jeunes, ambitieux et ont fait de la boxe leur métier. Loin des strass et des paillettes, ils représentent, chacun dans leur catégorie, le renouveau de la boxe tricolore. Sans langue de bois ni retenue, ils ont décidé de revenir sur leur parcours et de nous livrer leur point de vue sur la scène nationale, leurs défis à venir, mais aussi sur la précarité de leur statut. 

Samedi à Reims, Frank Haroche Horta tentera de s’emparer de la ceinture de champion de France des super­welters, actuellement détenue par le Parisien Zakaria Attou: « c’est un pote. Je le respecte mais le jour du combat il n’y aura pas de cadeaux ». Ultime défi d’une carrière professionnel commencé il y a plus de neuf ans ?  » Non, je me donne encore une année voire un peu plus. Malgré mes 34 ans, je suis encore frais. Je n’ai subi que deux KO durant toute ma carrière ».

« Frank ? Ce n’est pas le plus doué, ce n’est pas le plus gros puncheur, ce n’est pas celui qui a les plus grandes qualités pugilistiques. Mais sur le plan mental, c’est du béton »: le constat dressé par Christian Delcourt est sans ambiguïté. En observant le pedigree du « Gone », on pourrait néanmoins trouver la description faite par le « monsieur boxe » des grandes soirées du Canal + d’antan, un tantinet réducteur. Vainqueur du tournoi de France en 2007, champion de France des welters à trois reprises et détenteur de la ceinture IBF international des super-­welters en 2008, l’éternel outsider Rhône-­Alpin a pourtant bousculé le haut du panier à de nombreuses reprises.

Sorti victorieux à 35 reprises de ses 54 confrontations qui l’ont mené du Burkina Faso à l’Allemagne en passant par l’Algérie ou l’Italie, Frank tient également à nuancer les 5 nuls et les 14 défaites recensés depuis le début de sa carrière professionnelle : « c’est à se demander ce que j’ai fait ! Objectivement, je n’ai rien à dire sur six des défaites reconnues. Mais sur certains combats, je m’estime carrément lésé ». Au vu de ses défaites contre l’Irlandais Andy Lee, face à Louis Mimoune et des scores de parités obtenus lors de ses finales du championnat de France disputées contre Stanislas Salmon, on ne saurait lui trouver tort.

« Touché mais pas coulé » comme aime à le répéter le Lyonnais dont l’adolescence fût également une succession d’événements douloureux. « C’est vrai, j’ai grandi en banlieue et mal vécu le divorce de mes parents ainsi que les déménagements. J’avais aussi tendance à faire quelques conneries. Mais le sport et la boxe plus particulièrement ont été ma bouée de sauvetage, au même titre que la pratique de l’islam, le travail et la famille ».

Son parcours est étonnant. Peu emballé par la boxe éducative qu’il pratique l’année de ses dix printemps à Villeurbanne et tétanisé par la peur une fois les gants chaussés à quinze ans, c’est lors de sa troisième tentative quelques années plus tard qu’il tombe littéralement accro à l’Anglaise.

Peu en vue chez les amateurs avec un ratio avoisinant les 50% de combats remportés, il effectue un début intéressant chez les rémunérés, épaulé par Karim Harzouz, dont la fidélité à « F2H » se conjugue encore au présent. S’appuyant sur une condition physique digne d’un marathonien, le gaucher voit la majorité de ses affrontements se terminer à l’appréciation des juges ­avec les risques que cela comporte, comme vu précédemment­. Souvent victorieux, quelques fois malheureux, le style du Lyonnais se caractérise également par une facilité déconcertante à trouver la faille avec son uppercut, ainsi qu’une grande résistance aux coups. Kaboré, Byrne, Belhadja, Bonsu et d’autres grands espoirs de la boxe pourraient confirmer.

Marqué par le nombre excessif de verdicts en sa défaveur, ­dont le dernier en date remonte à deux semaines en Suède face à Kalinovic­, il porte un regard en demi-­teinte sur sa carrière, malgré toutes les joies connues dans le ring. Egalement convaincu qu’avec davantage de moyens lui et ses semblables hexagonaux parviendraient à de plus grandes performances, il apprécie en revanche l’intérêt que lui ont porté certaine marques telle qu’Unkut, Montana et Performance Sport Nutrition : « c’est très important pour un boxeur car nous n’avons malheureusement de professionnels que le nom. Sans eux, ce serait encore plus difficile ».

Difficile, cela le sera sûrement aussi pour Zakaria Attou qui devra contenir la fougue d’un boxeur plus que jamais déterminé à ne pas faire de détails et ne pas dépendre du verdict final. Parole !

Matt Leduc

 

La rencontre entre Frank Haroche Horta et Zakaria Attou se déroulera au complexe René Thys de Reims avec, en sous-carte, un combat qui opposera la Française Anne­-Sophie Da Costa à la Mexicaine Susana Cruz Perez. Venez soutenir nos boxeurs !

Omar va boxer

Lamiri

Ils sont jeunes, ambitieux et ont fait de la boxe leur métier. Loin des strass et des paillettes, ils représentent, chacun dans leur catégorie, le renouveau de la boxe tricolore. Sans langue de bois ni retenue, ils ont décidé de revenir sur leur parcours et de nous livrer leur point de vue sur la scène nationale, leurs défis à venir mais aussi sur la précarité de leur statut.

Un mois après avoir recueilli les propos de Patrick Bois Jr, Outsider ­Mag est allé à la rencontre d’Omar Lamiri. À quelques jours de la première défense de sa ceinture de l’Union Européenne qui aura lieu à Hénin-­Beaumont contre Hassan Azaouagh, le poids coq Rhôna­lpin a eu la gentillesse de nous accorder quelques minutes pour revenir sur le début de sa prometteuse carrière et la suite qu’il entend lui donner.

Ne vous fiez pas à son petit mètre soixante-­dix et à ses cinquante-trois kilos cinq cents grammes, car le pugiliste licencié au Club Villeurbannais pourrait bien s’inscrire parmi les plus grands boxeurs tricolores. Champion de France cadet, junior, finaliste volé selon les propres aveux de son adversaire ­Vincent Legrand­ lors de la finale du tournoi de France senior, l’actuel détenteur de la ceinture Union Européenne n’entend pas stopper son ascension vers les sommets en si bon chemin. Son objectif ? « Disputer le titre européen EBU, mais chaque chose en son temps ».

Pas du genre à sauter les étapes, Omar prépare son combat contre Hassan Azaouagh en toute sérénité : « Je ne crains rien de mon adversaire… Il frappe… De toute manière, la clé du combat sera de boxer comme je sais le faire. » Bien qu’il nous ait avoué mettre les bouchées doubles et être impatient d’arriver au Jour J, il n’a pas changé ses habitudes pour ses retrouvailles avec un boxeur qu’il a déjà dominé l’an dernier à la maison des sports de Villeurbanne (victoire aux points par décision majoritaire 97­-93 97­-93 95-­95).

Le spectacle ? Pas son truc. En revanche pour ce qui est de l’efficacité, le jeune Lamiri en a à revendre : 12 victoires dont 4 par KO pour une seule petite défaite depuis son passage chez les professionnels. Discret, il a su saisir sa chance lorsqu’on lui a enfin délivré le précieux sésame pour exercer ses talents : « Au début c’était difficile, car les promoteurs avaient pour habitude de privilégier les anciens boxeurs plutôt que les jeunes comme moi. Mais grâce à mon entraîneur Fayçal Omrani, je me suis fait ma place chez les coqs ». Et quelle place ! Après des débuts en trombe contre des adversaires qu’il n’a pas eu de mal à dominer, il s’est ensuite rapproché des cadors comme en témoigne son récent succès contre le talentueux Anthony Settoul. Jugeant bénéfique pour « sa propre progression, mais également pour la scène nationale le nombre de boxeurs de qualité évoluant en catégorie coqs », il fustige en revanche l’impatience chez certains de ses semblables d’accéder à la célébrité. « Certains confondent boxe et télé­réalité. Avant d’être connu, il faut être un champion. » Lui assure ne pas courir après la notoriété, mais seulement vouloir faire la fierté de son meilleur ami, conseiller dans la vie et dans la boxe : son père. « Il a tellement galéré que mon vœu le plus cher c’est de lui faciliter la vie. » Joignant le geste à la parole, Omar remit à son paternel le chèque de 600 euros qu’il a reçu de la part de la FFB suite à sa médaille d’argent obtenue lors de son premier tournoi international en Irlande en 2006. Émouvant. Comme lorsqu’il vit la fierté dans les yeux de son géniteur lors de l’obtention de son premier trophée chez les cadets qui à ce jour reste son plus beau souvenir de pugiliste.

Les autres, justement, le droitier de Villeurbanne ne peut s’empêcher de les associer à ses succès et aux joies que boxer lui procure. Avec reconnaissance, il évoque ses frères Wissem, champion de France et Amine, ancien résident de l’INSEP lui aussi champion d’Europe, puis Jacques Dufreney et Frederic Pigeolet en passant par Patrick Malaizee et Hussein Bayram. Il insiste sur l’importance que ses différents coachs ont eue sur sa carrière. À croire que le jeune poids coq ne se trouve pas seul dans le ring.

S’il fait preuve de générosité dans la vie, n’allez pas pour autant croire qu’il l’est autant avec ses adversaires une fois les gants chaussés. Afin d’être au top, le Grenoblois de naissance a mis son emploi de conseiller clientèle en banque entre parenthèses : « Je ne boxerai pas toute ma vie, alors à l’heure actuelle je me concentre uniquement sur ma carrière de boxeur. »

Pour notre plus grand plaisir. Mais pas sûr que ses futurs opposants partagent notre avis !

 

Matt Leduc

Bon sang de Patrick Bois !

Bois%20Jr

Ils sont jeunes, ambitieux et ont fait de la boxe leur métier. Loin des strass et des paillettes, ils représentent, chacun dans leur catégorie, le renouveau de la boxe tricolore. Sans langue de bois ni retenue, ils ont décidé de revenir sur leur parcours et de nous livrer leur point de vue sur la scène nationale, leur défis à venir mais aussi sur la précarité de leur statut. 

Pour le premier volet de cette série, tribune libre est donnée au jeune Patrick Bois Jr, véritable showman, toujours aussi direct avec les mots qu’avec les poings. Ça tombe bien, on adore ça !

Comme à son habitude, c’est à plein poumon et la main sur le cœur que Patrick Bois Jr entonnera La Marseillaise, lors du protocole qui précédera son affrontement contre Hakim Zoulikha, le champion de France en titre des poids mi­-lourds : « par fierté d’appartenir à ce pays et pour me mettre directement dans ce combat, dont j’invite tous les amateurs de boxe à regarder (le combat sera diffusé sur Ma Chaîne Sport, NDLR). Croyez-moi, vous allez en prendre plein les yeux ! » Le guerrier des Ardennes n’y va pas par quatre chemins : ce qu’il veut c’est « récupérer la ceinture des mi-­lourds ». SA ceinture, celle qu’il avait arrachée à Jonathan Profichet en mai 2013 et aussitôt cédée à Nadjib Mohammedi lors de sa première défense, cinq mois après son acquisition. « Je vais gagner, je n’ai aucun doute là dessus ». Confiant, celui qui troque son costume de maçon pour enfiler celui de boxeur le soir venu nous a avoué s’être préparé comme jamais. Musculation, d’innombrables rounds avec différents sparring-partners, davantage de travail technique, mais aussi un gros travail mental. Patrick Jr est prêt. Sa seule crainte ? Décevoir le public de Vireux ­Wallerand, qui, une fois de plus, se rendra en masse pour encourager l’enfant du pays.

À seulement 23 ans, l’élève de Hamid Zaïm semble se trouver à un tournant décisif de sa jeune carrière (11 victoires, 3 défaites, 1 nul). Outre le prestige de se voir de nouveau auréolé de la plus haute distinction nationale, « Pat » souhaite prouver qu’il est le roi de sa catégorie. On l’aura vite compris, rien ni personne ne semble effrayer le blondinet au mental d’acier qui, une fois le titre en poche, se verrait bien partir laver l’affront de sa défaite controversée face à l’Allemand Koelling en juin dernier : « ceinture Européenne et pourquoi pas la ceinture mondiale WBC, après tout, lorsque la confiance est présente… », glisse le jeune boxeur, dont le caractère bien trempé ne lui vaut pas que des amis dans le milieu.

Il le jure, cette assurance au combat ne le quittera jamais. La raison ? Le décès de son oncle Yannick, dont le prénom figure sur son short depuis son arrivée chez les rémunérés. Sur sa tombe, il lui a promis de devenir boxeur professionnel. Il prendra des coups, bossera comme un forcené, ne se plaindra jamais des séances parfois à la limite de l’engagement que son paternel lui imposera, suera des litres, reviendra encore plus fort après l’échec dans le seul but de l’honorer.

Promesse tenue. A 20 ans il dispute et remporte son premier combat pro contre Lubo Hantak, chez lui à Bazeilles. Invaincu après six combats, il rencontre Yohann Carteret à Grenoble, en finale du tournoi de France. Première défaite : « un vol. Je méritais de gagner. On aurait pu faire annuler le combat à cause des insultes du public dès le premier round, mais je voulais boxer ».

Pas du genre à se lamenter sur son sort, le gamin des Ardennes s’en va défier Samy Annouche, pas réputé pour être l’adversaire le plus docile de sa catégorie. Match nul. Deuxième sortie sans victoire. Qu’à cela ne tienne, il met les bouchées doubles et renoue avec la victoire devant son public contre Sevcenko puis Velecky. Le 23 février 2013, il bat l’Ukrainien Demchenko par décision unanime et glane la ceinture WBF mondiale, « le plus beau souvenir de ma carrière ». Trois mois plus tard, il réussit là ou son oncle Gérald avait échoué et devient champion de France des mi-­lourds après avoir battu Jonathan Profichet, à seulement 22 ans.

Patrick-Bois-2

Le voilà dans la cour des grands. Sûr de lui, celui qui avoue « n’avoir peur de personne et être prêt à relever tous les défis qu’on lui proposera » s’attaque à un monument de la boxe tricolore : Nadjib Mohammedi. L’affiche, à priori déséquilibrée, entre le jeune Ardennais et l’expérimenté « Iron Djib » (32 victoires pour 3 défaites au moment de leur rencontre), de 6 ans son ainé, tient toutes ses promesses. Sans démériter, Patrick Bois Jr s’incline au terme de dix rounds de grande qualité. Il le sait, s’il souhaite s’inscrire parmi les meilleurs, « Pat », dont la marge de progression est encore énorme, devra se frotter au gratin de la catégorie. Ça tombe bien Enrico Koelling, boxeur Allemand invaincu, lui propose de venir se mesurer à lui avec la ceinture inter­continentale WBA, vacante pour enjeu.

Fidèle à ses principes, le futur papa d’un petit Yanice accepte le challenge sans sourciller : « un autre monde. Quand tu vois les moyens mis en œuvre pour un combat de boxe en Allemagne, tu te dis qu’on est vraiment à la traine chez nous ». Sa défaite aux points, « injuste » selon le principal intéressé, lui prouve qu’il est sur la bonne voie : « je savais que si je ne mettais pas mon adversaire au tapis, il me serait difficile d’être déclaré vainqueur. C’est aussi cela la boxe », dit-il sans déception ni regret, si ce n’est celui d’avoir le sentiment de ne pas pouvoir lutter à armes égales lorsqu’il s’en va faire monnayer ses talents hors de nos frontières. « Pour ce combat, je n’ai eu que deux semaines d’entrainements intensifs, mon adversaire, avait lui passé deux mois à Cuba. Comment voulez-vous lutter ? », interroge-t-il avant de dénoncer le peu de moyens dont bénéficient les pugilistes nationaux. « On boxe pour que dalle. À l’heure actuelle, il est impossible de vivre de la boxe chez nous, contrairement à certains pays limitrophes. C’est d’autant plus frustrant, car il y a des boxeurs de qualité en France ».

On ne saurait lui trouver tort, alors il enfonce le clou et souligne le manque de médiatisation d’une discipline pourtant fort appréciée du peuple français : « les diffusions TV, en plus de faire naître des vocations, apporteraient une manne financière incroyable. Malheureusement, à part l’arrivée d’un mécène qui injecterait de l’argent, rien à l’heure actuelle ne laisse penser que les choses vont s’améliorer. C’est très frustrant ».

Sous les feux des projecteurs ou à l’abri des regards, l’Ardennais entend bien poursuivre sa route vers des sommets, avec le rêve suprême d’aller un jour combattre à Guadalajara, au Mexique. Accordons lui notre confiance pour tout mettre en oeuvre afin de le réaliser. En attendant gare à ceux qui oseront se trouver sur sa route. Hakim Zoulikha est prévenu.

Matt Leduc

 

La rencontre entre Patrick Bois Jr et Hakim Zoulikha sera la tête d’affiche d’un gala de 6 combats professionnels, le vendredi 3 octobre à Vireux Wallerand (Ardennes, 08). Le combat sera diffusé sur Ma Chaîne Sport.

Serge Betsen, profession plaqueur.

betsen France

Découpeur en chef du XV de France dont il a porté 63 fois la tunique tout au long de la décennie 2010, Serge Betsen a fait l’essentiel de sa carrière au Biarritz Olympique avant de céder à l’appel de Londres et des Wasps pour désosser du Rosbeef. Après avoir remporté 3 Boucliers de Brennus, remporté 2 Grands Chelems dans le Tournoi, accumulé une bonne centaine de points de suture et réalisé un nombre incalculable de plaquages, le jeune retraité tente de développer le rugby au Cameroun, son pays de naissance. Et les défis, l’ancien troisième ligne aile adore ça ! Gros plan sur la vie de ce rugbyman hors pair dont rien ne laissait présager une telle destinée. Magnéto, Serge !

Difficile de ne pas céder aux sirènes du ballon rond quand on voit le jour au Cameroun et qu’on grandit à Clichy au début des années 80. Pourtant, c’est bel et bien vers le rugby que le petit Serge se dirige l’année de ses douze ans. Ni par fascination pour les raffuts de Jean-Pierre Rives ni pour imiter les courses folles de Denis Charvet mais par simple politesse envers un éducateur du Centre Sportif de Clichy qui lui propose de s’essayer au ballon ovale :  » Ma réponse était motivée par l’habitude ancrée dans la culture africaine de ne jamais refuser, sous peine de passer pour un impoli. En fait, j’ignorais tout du sport dont me parlait cet étranger. Aussi curieux que cela puisse paraître, je n’en avais jamais vu la moindre image à la télévision ou ailleurs « .

Exercé, tout d’abord, sans réelle passion et en cachette après que sa mère lui a opposé un refus cinglant de pratiquer ce « sport de sauvage », le banlieusard tombe progressivement sous le charme de cette discipline physique et collective qui lui permet de reléguer ses complexes liés à sa grande taille au second plan. Surclassé à de nombreuses reprises, Betsen se taille la réputation d’un bon joueur de rugby mais surtout celle d’un véritable repoussoir pour les demis d’ouverture qui s’aventurent dans sa zone. Une hargne qui constituera sa marque de fabrique.

A 17 ans, il rejoint la côte basque et intègre la section sport études du Biarritz Olympique, le club de son idole, Serge Blanco dont il partage les initiales. Deux ans plus tard, il fait son entrée dans l’équipe première du BO et dispute son premier match contre Narbonne au stade Aguilera. A tout juste 20 ans, le nouvel entraîneur Alain Mourgiart le nomme capitaine, malgré la présence de Patrice Lagisquet, David Arrieta et d’autres joueurs à l’expérience beaucoup plus importante que la sienne. Un pari osé qui s’avère payant. « Le Sécateur » s’affirme et honore sa première cape avec le XV de France en 1997 à Grenoble lors d’une rencontre face à l’Italie. Malheureusement, le test-match censé venir couronner une saison remarquable des Bleus (Grand Chelem durant le Tournoi des Cinq Nations) vire au fiasco. Pour la première fois de son histoire, les Bleus s’inclinent face au voisin transalpin emmené par le fabuleux Diego Dominguez (32-40). Serge Betsen disparaît des écrans radars de la paire Jean-Claude Skrela et Pierre Villepreux.

Côté championnat, l’arrivée du professionnalisme bouleverse la hiérarchie avec la montée en puissance de clubs tels que le Stade Français et le CA Brive, champion d’Europe 1997, et la régression voire la chute de monuments de l’Ovalie comme le FC Grenoble, la Section Paloise ou le RC Toulon. Stabilisé dans le ventre mou du classement, le Biarritz Olympique, jusqu’ici constitué d’une large ossature de joueurs du cru, cède au multiculturalisme : les Néo-Zélandais Glenn Osborne, Frano Botica et Scoot Keith, l’Australien Joe Roff, l’Anglais Maurice Fitzgerald et une multitude de joueurs polynésiens viennent grossir l’effectif des Rouge et Blanc. Fidèle parmi les fidèles, « La Faucheuse » ne cède pas aux offres brivistes ou agenaises et rempile au BO, dorénavant présidé par Serge Blanco.

Non sélectionné pour la coupe du monde 1999, le serial-plaqueur réintègre le squad de l’équipe de France lors du tout premier Tournoi des Six Nations en 2000, trois après sa dernière cape. Après une rentrée satisfaisante à Cardiff contre le Pays de Galles, il passe complètement à côté de son sujet lors de la rencontre suivante face aux Anglais. Averti à deux reprises, son indiscipline coûte le match aux Bleus. La sanction est immédiate : Bernard Laporte affirme en conférence de presse d’après match que tant qu’il sera sélectionneur, le Biarrot ne fera plus partie de l’Equipe de France. Une déclaration qui sonne comme un adieu aux rêves du flanker d’affronter les All Blacks.

 

Sauf qu’il en faut plus pour décourager le plus rugueux des troisièmes lignes du championnat de France. Souvent montré du doigt pour son engagement sans limite (et pour préférer le lait fraise, son surnom au BO, au houblon), il s’illustre désormais par la propreté de ses interventions et surfe sur les bons résultats de son club pour revenir frapper de nouveau à la porte du XV de France. Il a beau avoir la tête dure, Laporte le reprend en 2001. L’année suivante, Betsen réalise le doublé Grand Chelem/bout de bois. Il est désormais incontournable. Le travail abattu par le numéro 6 tout au long du Tournoi 2002 est colossal : 27 plaquages et le sauvetage d’un essai en fin de match contre les Gallois (Scott Quinell en cauchemarde encore, surtout que c’était sa dernière) puis une performance magistrale contre l’Angleterre à Paris où il écoeure un certain Jonny Wilkinson, le meilleur demi d’ouverture du monde. Elu meilleur joueur Français de l’année, Betsen est au faîte de sa carrière.

Demi-finaliste malheureux avec les Bleus contre l’Angleterre lors du mondial australien alors qu’il marque le premier essai du match sous le déluge, il connaît une trajectoire plus heureuse en club, puisqu’il soulève le bouclier de Brennus à deux nouvelles reprises, en 2005 et 2006. Betsen, Thion, Harinordoquy, Yachvili, Traille : le BO est ce qui se fait de mieux à cette époque mais les Basques le double Brennus/H Cup sur une erreur d’inattention de Sireli Bobo en finale face au Muster de Peter « Braveheart » Stringer.

Arrive la Coupe du monde 2007. Barbu préféré des Français, Sébastien Chabal crève l’écran lors de chacune de ses sorties et jouit d’un soutien populaire jusque-là jamais atteint pour un rugbyman, y compris par Frédéric Michalak. 8 de formation, « Seabass » est placé en concurrence avec Betsen au poste de flanker. La concurrence entre les deux hommes fait rage. Sommé de trancher, Bernard Laporte opte pour la Biarrot afin de privilégier la continuité, au grand dam des nombreux partisans du Drômois qui est replacé dans la cage, en 2e ligne. En quart de finale, Betsen réalise son rêve :  les All Blacks sont en face. Privé de leur maillot noir, les joueurs à la fougère argentée ne sont pas de bonne humeur et le haka promet d’être terrible. Le Camerounais de naissance propose à ses coéquipiers d’arborer des t-shirts aux couleurs nationales, de faire corps et d’aller défier les Néo-Zélandais jusqu’à la ligne médiane. L’idée séduit, et la barrière bleue-blanc-rouge avançant sur Richie McCaw, Dan Carter et consorts fait le tour du monde. Les Bleus réalisent l’exploit  mais échouent de nouveau face au meilleur ennemi anglais aux portes de la finale. Cette 63e sélection est sa dernière. Betsen ne participe pas à la défaite face à l’Argentine pour la 3e place et achève ainsi sa carrière internationale, en même temps que de nombreux cadres du XV de France tels que Pelous, Dominici et Ibañez.

haka2

En 2008, après 16 années passées sous le maillot du BO, il rejoint les London Wasps pour quatre ans où son fighting spirit est évidemment célébré :  » Je ne compte plus les gnons, les hématomes, les arcades ouvertes. Je totalise une vingtaine de sorties prématurées dont une demi-douzaine de fois groggy sur une civière. Je suis le calvaire des demis d’ouverture et de la sécurité sociale. Chaque fin de match, je ressemble à un boxeur après le combat de trop ! « 

Engagé, il l’est aussi sur le terrain de la solidarité. Dix-huit ans après son arrivée en France, le natif de Kumba revient dans son pays natal en 2001. A Yaoundé, il découvre que le quartier de Biyem-Assi a une équipe d’une quinzaine de joueurs. L’image le marque et l’idée de créer une association germe : accompagné de son cousin Ahmed Atiback, il fonde « Les Enfants de Biemassy » qui devient quelques temps plus tard la Betsen Academy. Par le rugby, le flanker s’occupe d’enfants défavorisés et insiste sur l’aspect social de sa démarche. Des projets sont également entrepris à Madagascar et au Cambodge notamment. A ce jour, dix ans après sa création, la Betsen Academy aide près de 500 jeunes qui bénéficient des conseils prodigués par les bénévoles ou et les membres présents dans les 5 centres disséminés à travers le pays. Après avoir plaqué les adversaires, Serge Betsen veut plaquer la fatalité. Parole de Sécateur !

Matt Leduc

Green vs Mundine : pourquoi tant de haine ?

 

011991-danny-green-anthony-mundine

 

 

Ce n’est pas un scoop : certains sportifs ne s’apprécient guère. Comme vous pouvez vous en douter, la boxe n’échappe évidemment pas aux rivalités entre athlètes à l’ego parfois surdimensionné. Certaines animosités comme celle entre Ali et Frazier ou Tyson et Lewis ont défrayé la chronique. Celle — moins médiatisée — qui opposa la star Australienne Anthony Mundine à son compatriote Danny Green n’en fût pas moins explosive. Outsider-Mag a cru bon de s’intéresser à ses deux pugilistes aux parcours diamétralement opposés qui — huit ans après leur affrontement — pourraient recroiser le fer.

 

C’est bien connu, les mots peuvent parfois faire des dégâts. Lorsque Anthony Mundine franchit le rubicon au cours d’un talk-show en traitant Danny Green de « bum » (minable, raté), cela fait boom. Pas du genre à se laisser provoquer sans réagir, l’insulté charge à son tour l’insolent métisse. Ainsi, l’ancienne colonie Britannique voit se poser les premiers jalons d’une rivalité qui allait bientôt dépasser le seul cadre sportif. La vie suit son cours au pays du surf et des habitants à l’accent impossible. Puis, les langues se délient de nouveau. La presse s’emballe et la promesse de se retrouver face à face se concrétise en septembre 2005 par la signature d’un juteux contrat pour les deux showmens (2,5 millions de dollars pour le perdant, 3 millions pour le gagnant).

Quelques mois avant leur affrontement prévu à l’Aussie Stadium de Sydney, les deux rivaux se partagent la tête d’affiche d’une soirée boxe au Challenge Stadium de Perth. Green se défait facilement du Mexicain Kirino Garcia par décision unanime (100-90 de la part des trois juges). Après son combat, micro en main, il harangue la foule en déclarant : « Perth : le prochain gars qui va s’amener sur le ring a manqué de respect à beaucoup d’entre nous. Offrez-lui l’accueil qu’il mérite. » La foule rugit. Bouillant, il en remet un coup en questionnant les 5500 spectateurs : « Qui est ce qui veut voir Mundine se faire mettre KO ? » C’est alors du délire ! Quelques minutes plus tard, la bronca qui accompagne l’enfant terrible de la boxe australienne du tunnel jusqu’au centre du ring est assourdissante. Habitué, « The man » préfère en rire et annonce face caméra qu’il ne peut pas être battu. Le Samoan Chong Nee lui donne raison lors du troisième round. Insultes, bouteilles et débris obligent Mundine et son staff à rejoindre le vestiaire en courant. La bande quitte l’arène sous protection policière.

Ange et démon

Aucun des 23 millions d’habitants que compte l’Australie ne peut désormais ignorer cette rivalité, par ailleurs rendue parfaite par le contraste qu’offrent les principaux intéressés Mundine, converti à l’islam et rappeur à ses heures perdues, est autant apprécié par la communauté aborigène dont il en revendique fièrement son appartenance que boudé par la « White Australia » en raison de ses innombrables déclarations fracassantes*. Fils du célèbre pugiliste Tony Mundine, il fut l’un des rugbymans les mieux payés de la Rugby League (il porta les couleurs des St Georges Dragons et des Brisbane Broncos) avant de mettre un terme à sa carrière pour tenter sa chance en tant que boxeur. Doué, il trimballe un palmarès de 25 victoires pour 3 défaites au moment de chausser les gants pour le combat tant attendu par toute l’Australie.

Face à lui, Green, yeux clairs et tignasse châtain du gendre idéal, ne doit sa notoriété qu’à la puissance de son bras droit. Il est aimé par toute une nation qui voit en ce costaud la possibilité de rendre ses lettres de noblesse à un pays sinistré de boxeurs bancables. Il a suivi une carrière beaucoup plus classique que son futur opposant. Passé chez les rémunérés après sa participation aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000, l’Australien de l’Ouest s’est très rapidement inscrit parmi les boxeurs à suivre, en témoigne ses 21 victoires pour 2 défaites. Classés respectivement à la 5e et à la 6e place du classement des super moyens mondiaux, la rencontre s’annonce aussi équilibrée que bouillante. La preuve : la traditionnelle conférence de presse d’avant combat s’effectue de manière séparée de peur qu’elle dégénère.

Mundine au-dessus

Arrive enfin le Jour J. Nous sommes le 17 mai 2006, Mundine accuse 75,5 kg sur la balance. Green — perturbé dans sa préparation par la perte de sa nièce — fait tout de même le poids avec ses 75,9 kg. Ce dernier, peignoir et short noir avec une bande fluorescente verte, est le premier à faire son entrée dans le ring. Son adversaire, ensemble blanc et or et accompagné de son entourage, lui emboite le pas. La tension monte. La rencontre démarre sur les chapeaux de roues. Green se jette sur son adversaire et remporte le premier round à la suite d’un plus grand nombre de coups ayant fait match. Toujours aussi agressif, « Dan » se rejette dans la bataille la tête première une fois le « ding » annonçant le début de la deuxième reprise. Mundine, fin technicien, ne se fait plus surprendre. Esquive et coups bien placés, il perturbe à son tour le puncheur aux épaules tatouées. Signe qu’il est en confiance, il multiplie grimaces et provocations envers son opposant au cours du troisième round qu’il domine également. Sans plus de succès, Green continue son pilonnage, mais ne peut que constater la supériorité de l’Aborigène sur le plan défensif. Plus rapide, il touche de nombreuses fois « The machine » à la tête et au corps sans avoir à dénombrer la moindre trace de coups sur son visage.

green-mundine

 

Forcé de prendre des risques à mi-combat, Danny Green se découvre et reçoit un violent uppercut de la part de Anthony Mundine. Touché, il en est bon pour quelques soins lors de la pause. Occupant le centre du ring et forçant Green à boxer en reculant, l’aborigène contrôle parfaitement son combat. À la puissance de son jab, il maintient son rival à distance tout en prenant soin de lui placer direct, crochet et uppercut. Les spectateurs assistent à un véritable récital d’un boxeur au sommet de son art. Poussé par le public, Danny — malgré son nez en sang — n’abdique pas. Après un échange dans le coin, Green projette Mundine dans les cordes, celui-ci trébuche et termine à moitié en dehors du ring. Pour la plus grande déception de ses fans, mais de manière justifiée, l’homme au nœud papillon ne compte pas Mundine. Trop lent pour surprendre « The man » et malgré sa volonté, Green se met à balbutier sa boxe dans la dernière partie de la rencontre. Largement devant au score, son adversaire déroule non sans assener à Green quelques enchainements somptueux. La messe est dite. Le score est sans appel : 118-111, 118-112, 116-113 en faveur d’Anthony Mundine. Sous les sifflets, il est porté en triomphe et fait signe au public de se taire. Les sifflets redoublent. Plus tard il déclare : « Je veux remercier Danny pour ce combat. Il a fait une bonne performance. Il était prêt. Il était préparé. Mais j’étais le meilleur ce soir. » Green reconnait sa défaite. « Beaucoup de choses ont pu être dites dans le passé, mais Anthony a fait un meilleur combat ce soir. Je n’ai pas d’excuses, ma préparation était bonne. Je me suis entrainé comme jamais. Le soutien que j’ai eu a été incroyable, c’est dur de perdre dans ces conditions. Mais je reviendrais. »

Et la suite ?

Effectivement, Danny Green ne s’exporte quasiment plus à l’étranger, mais poursuit une carrière honorable avec 33 victoires, dont 28 par KO. Malgré 5 défaites, il reste à ce jour le boxeur préféré des Australiens. Dans l’autre camp, avec 46 victoires pour 6 défaites, Anthony Mundine a prouvé qu’il était capable du meilleur, mais également montré à maintes reprises une nonchalance indigne d’un boxeur de son calibre. Après une lourde défaite (5 knockdowns) contre le Ghanéen Clottey, son prochain combat contre le Bélarusse et invaincu Rabchenko le 12 novembre semble être un tournant décisif pour sa carrière.

Il y a quelques mois, Danny Green, dont le dernier combat remonte à novembre 2012, affirmait au cours d’une interview : « Je ne serais pas en paix, tant que je n’aurais pas obtenu une revanche contre Mundine. » « The Man » a quant à lui préféré snober le puncheur originaire de Perth en affirmant : « qu’il (Green, NDLR) ne faisait pas partie de ses préoccupations actuelles. » Soit. Bien qu’officiellement peu intéresser pour retrouver « The Green Machine », l’icône aborigène aurait néanmoins prié son manager Khoder Nasser d’aller à la rencontre de son rival afin d’y étudier les contours d’une éventuelle revanche. Coup d’éclat médiatique de la part de deux boxeurs vieillissants (Green a 41 ans, Mundine 39) ou réelle volonté d’en découdre ? Difficile à dire, d’autant plus que vingt kilos sépareraient les deux meilleurs ennemis de la boxe australienne.

Qu’un « Rematch » s’organise ou non, les deux enfants du pays resteront à jamais associés au duel qui affola les statistiques et réveilla les vieux démons d’une nation pas tout à fait réconciliée avec son passé. En effet, si 30 000 spectateurs et plus d’un million de téléspectateurs payants (pay per view) assistèrent à leur rencontre, celle-ci fut avant tout l’épicentre de tensions intercommunautaires qui se solda par la mort d’un homme et par une vague d’interpellations à la suite de nombreux affrontements nocturnes. Jamais, depuis la victoire mythique de l’Afro-Américain Jack Johnson sur Tommy Burns à Sydney en 1908, le pays continent — qui n’a habituellement d’yeux que pour le cricket, le rugby à treize ou le footy — n’avait connu une telle effervescence pour un « simple » combat de boxe. La revivra-t-elle un jour ? Telle est la question.

* Mundine avait dit des attentats terroristes du 11 septembre qu’ils été une réponse logique à la politique extérieure des Etats-Unis. Il a également jugé l’homosexualité incompatible avec la culture Aborigène et declaré que l’Australie été l’un des pays les plus racistes du monde.

 

Matt Leduc

 

Mon compte Twitter et YouTube

Abonnez-vous

Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner à ce blog et recevoir une notification de chaque nouvel article par email.

Rejoignez 86 autres abonnés