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Boxe

COUPS DANS LES NOIX ET MARRONS AU GARDEN : BOWE-GOLOTA, LE DUEL LE PLUS SALE DE LA BOXE DES NINETIES

bowe-golotaMon premier est noir, arrogant et Américain. Mon second est blanc, plutôt bien charpenté et nous vient d’Europe Centrale. Mon tout est un combat de boxe qui s’est déroulé durant les années 90 au pays de l’Oncle Sam. Dernier indice : il ne s’agit pas de l’opposition entre Apollo Creed et Ivan Drago dans Rocky IV. Alors ? Riddick Bowe v. Andrew Golota bien sûr ! Bon, évidemment, la boxe n’est pas le sport du copinage outrancier et des déclarations fayottes par excellence. Mais dire que ces deux là ne pouvait pas se blairer semble un doux euphémisme tant leurs affrontements ont été proche de se terminer en un bain de sang. J’en fais des tonnes ? Lisez plutôt.

Replaçons les choses dans leur contexte, nous sommes au début des années 90. A cette époque, la boxe fait régulièrement les choux gras de la presse grâce aux frasques du plus fougueux et génialissime des poids lourds : Mike Tyson. Gamin des bas fonds New Yorkais, « Iron Mike » est devenu à 20 ans et 4 mois, le plus jeune champion du monde des poids lourds. Chacune de ses sorties est accompagnée de déclarations fracassantes et de KO violents dont seul le protégé de Cus d’Amato semble en avoir le secret. Le public aime ça. Les autres « lourds » un peu moins. En effet, ce n’est pas facile d’exister lorsque l’on boxe dans la même catégorie que cette bête de scène, même lorsqu’on a l’ingéniosité d’un Evander Holyfield ou le punch d’un Lennox Lewis.
C’est bien connu, la nature a horreur du vide. Alors quand Tyson part purger une peine de trois ans de prison au pénitencier d’Indianapolis pour viol en 1992, le trône se libère. La précieuse place semble toute désignée pour acceuillir un boxeur lui aussi issue des sales quartiers de la « Big Apple » : Riddick Bowe. Médaillé d’argent au Jeux Olympiques de Séoul en 1988, le géant d’1,96m est à créditer de débuts remarqués depuis son passage chez les rémunérés en 1989. Vainqueur avant la limite d’anciennes gloires tel que Pinklon Thomas et Tyrell Biggs, mais aussi de jeunes espoirs tels que Bruce Seldon ou Art Tucker, « Big Daddy » n’en reste pas moins un athlète au caractère bien trempé, en témoigne son empoignade légendaire avec Elijah Tillery, attaquée aux poings et terminée à grands coups de semelles. Invaincu après 31 combats, dont 28 gagnés avant la limite, il remporte les ceintures WBC, WBA et IBF en battant Evander Holyfield par décision unanime le 13 novembre 1992 à Las Vegas. Faute d’être parvenu à un accord dans les délais nécessaires pour affronter son challenger n°1 Lennox Lewis, Bowe est déchu de son titre WBC. Sa réaction ? Il jette sa ceinture dans une poubelle. Vaincu par Holyfield lors du combat revanche, il sort vainqueur de la belle qui les oppose le 4 novembre 1995, non sans s’être emparé au préalable de la ceinture WBO en envoyant Herbie Hide au tapis à… sept reprises. De bon augure avant d’affronter Andrew Golota. Andrew qui ça ?

 

Golota. Un Polonais qui s’est également illustré aux Jeux Olympiques de Séoul en terminant sur la troisième marche du podium, soit juste une place derrière… Bowe. Après plus d’une centaine de combats victorieux en amateur, il fait son entrée dans le circuit professionnel en 1992, à Milwaukee. Gros puncheur, plutôt rapide et fin technicien, il remporte la majorité de ses duels par KO (24 sur ses 28 premiers combats victorieux). Certes, la majorité de ses affrontements sont disputés contre de simple faire­-valoir ou face à des boxeurs relativement inexpérimentés, mais une question brûle rapidement les lèvres des aficionados du noble art : « Tiens, et si on tenait ­enfin­ le poids lourd blanc capable de mettre un terme à la main mise qu’exercent les Afro­-Américains sur la catégorie reine ? Pour le savoir, ils sont près de 12000 spectateurs à rejoindre le Madison Square Garden le 11 juillet 1996.

 

Bowe v. Golota : Acte I 

Contre toute attente, c’est Golota, ­pourtant donné perdant à 12 contre 1,­ qui assure le spectacle dès le début de la rencontre. Plus précis, technique et rapide que Bowe et ses 114 kg, le puncheur Polonais se laisse néanmoins se débordé par son enthousiasme et s’attire les foudres de l’arbitre Wayne Kelly. Rapidement averti après un coup bas, le natif de Varsovie récidive dans la 5e reprise. Une remontrance de l’homme au nœud papillon et un point de pénalité plus loin, l’affrontement et son lot de coups en-dessous de la ceinture reprend de plus belle. Incapable de se maîtriser alors qu’il domine largement les débats, Golota est de nouveau pris par la patrouille durant le 7e round. C’en est trop pour l’arbitre qui décide de mettre un terme au combat en disqualifiant le boxeur Polonais. Au même moment, Rock Newman, le manager de Riddick Bowe, ainsi que d’autres membres de l’entourage du boxeur New Yorkais grimpent sur le ring et foncent en direction de Golota, fous de rage. Frappé à coups de talkie­-walkie, le Polonais fait face à une meute prêts à le lyncher. Le ring se transforme en véritable champ de bataille entre le clan polonais venu protéger leur boxeur et l’entourage de Bowe. Dans la mélée, Lou Duva, l’entraineur de Golota, âgé de 74 ans est également molesté. Victime d’une crise cardiaque, il est évacué en direction de l’University Hospital de New York dans un état jugé préoccupant. Loin de se cantonner au seul ring, la baston fait désormais rage entre fans des deux camps à l’intérieur du Madison Square Garden. Ici et là, de jeunes blancs enveloppés dans des drapeaux Polonais échangent injures et coups avec de jeunes noirs, le tout sous les yeux du maire Rudolph Giuliani, Monsieur « Tolérance zéro ». Finalement, les forces de l’ordre parviennent à rétablir le calme à l’intérieur de l’enceinte après plus d’une heure d’émeute et l’interpellation de 16 personnes. Du jamais vu pour un combat de boxe !

Peu de temps après cette soirée élue « événement de l’année » par Ring Magazine, Golota et Bowe s’engagent à recroiser le fer en décembre 1996. Pour la beauté du geste ? Cela reste à voir. Pour le plus grand plaisir des fans ? Ça c’est sûr !

 

Bowe v. Golota : Acte II

Dans une atmosphère plus tendue que jamais, la rencontre est délocalisée à Atlantic City, en raison du risque trop élevé d’assister à de nouveaux affrontements inter-­communautaires à New York. A l’instar du premier combat, la revanche entre les deux meilleurs ennemis est de nouveau largement dominée par le boxeur européen. Compté à la suite d’un enchaînement crochet gauche-direct du droit lors de la 2e reprise, Bowe s’accroche et, grâce à un coup d’éclat, il parvient à envoyer le protégé de Lou Duva à terre deux rounds plus tard. Encourageant, mais loin d’être suffisant pour perturber un Golota qui, malgré deux avertissements pour coup de tête et coup en dessous de la ceinture, a pris la poudre d’escampette au scorecards des juges. Proche de la rupture à la mi-­combat où il est de nouveau mis knock down, Bowe subit la supériorité de son adversaire jusqu’à la 9e et avant-dernière reprise. Mais alors que la victoire lui tend les bras, le Polonais paye une nouvelle fois au prix fort son indiscipline. Un énième coup dans les parties génitales de Bowe le disqualifie et offre le gain de la rencontre à son adversaire, pourtant largement inférieur au vu des deux prestations livrées. Une décision cruelle mais pas totalement imméritée.

Frustrés ou soulagés par le verdict du combat, les supporters de Golota et de Bowe quittent le Convention Center l’esprit taraudé par la trajectoire et les séquelles que laissera cette double confrontation sur leur boxeur favori. Car effectivement, plus rien ne sera jamais comme avant.

 

Clap de fin

Incapable de repartir de l’avant, Riddick Bowe décide de mettre un terme à sa carrière quelques mois après son combat revanche contre Golota. Il a à peine 29 ans. Incarcéré au début des années 2000 à la suite de violences conjugales, il effectue néanmoins son retour dans le ring en 2004, soit près de huit ans après son dernier combat. Après trois victoires aux dépens de boxeurs de seconde zone, le New Yorkais se retire définitivement du circuit avec un bilan de 43 victoires (dont 33 KO), 1 défaite et 1 no contest.

Véritablement propulsé avec ses deux combats face à Bowe, Golota rencontre Lennox Lewis pour la conquête de la ceinture WBC, quelques temps après sa mésaventure d’Atlantic City. Sévèrement corrigé par le Britannique, le Polonais enchaîne trois prestations encourageantes contre Corey Sanders, Tim Witherspoon et Orlin Norris et se replace parmi le top 10 des poids lourds les plus en vue de ce début de siècle. Opposé à Mike Tyson, il subit la loi du boxeur de Catskills durant deux rounds puis rejoint les vestiaires à la suite d’une brouille avec son entraîneur alors que retentit la cloche annonçant la troisième reprise. La commission du Michigan change a posteriori la victoire par KO technique de Tyson en No Contest, après que ce dernier a été contrôlé positif à la marijuana.

De retour en 2003 après trois ans d’absence, l’ancien « Great White hope » se débarrasse de deux quidams au palmarès peu flatteur puis obtient un match nul face au très doué Chris Byrd. Battu par Ruiz et Brewster lors des championnats du monde WBA et WBO, Golota alterne ensuite combats de piètre qualité et lourdes défaites par KO, notamment contre ses compatriotes Tomasz Adamek et Przemysław Saleta. Après 41 victoires (dont 33 KO), 9 défaites, 1 nul et 1 No contest, le géant venu de l’Est se retire des rings.

Malgré nos recherches, on ignore encore à l’heure actuelle ce qui a poussé Andrew Golota à plonger ses poings de manière aussi abusive en direction de l’entre-jambe de Riddick Bowe durant leurs deux confrontations devenues légendes. Ce qui est certain en revanche, c’est qu’elles ont été le point d’orgue de carrières éphémères.

Matt Leduc
@Matt_Leduc_

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