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Boxe

Marcel Cerdan, un héros Français

Multiple champion de France et d’Europe chez les welters et les moyens durant les années 30-40, Marcel Cerdan est le premier « Frenchy » à réussir l’exploit de décrocher une ceinture mondiale sur le sol américain. Hélas, la carrière de l’amant d’Edith Piaf prend fin en pleine ascension. L’avion qui le transportait aux Etats-Unis pour sa revanche contre Jake La Motta s’écrase sur l’île de São Miguel aux Açores (Portugal). La nation est foudroyée par le chagrin, elle qui avait fait du boxeur Pied-noir son héros. Et quel héros !

Marcel Cerdan

« Mon amour, tu ne pourras jamais imaginer avec quelle force je t’aime. Dieu que je t’aime, mon adoré ! Je voudrais me mettre à tes genoux et passer mon temps à t’admirer, à te servir, à t’aimer, à n’être qu’à toi et n’avoir que toi devant mes yeux, ne toucher que toi, ne vivre que par toi que j’aime, toi mon amour. Moi. » Les mots d’Edith Piaf résonnent encore dans les mémoires collectives. Et comme les Français, la chanteuse est tombée amoureuse du boxeur divin, Marcel Cerdan. Cadet d’une fratrie de 5 enfants dont 4 garçons, ce dernier est né à Sidi Bel Abbes, une ville située à l’ouest de l’Algérie dans un pays alors sous domination française. En 1922, alors qu’il est âgé de 6 ans, lui et les siens plient bagage et partent s’installer au Maroc, à Casablanca. À l’instar de la majorité des familles européennes installées au Maghreb et contrairement aux croyances populaires, la famille Cerdan ne mène pas une vie de grand luxe, loin de là. Le papa est boucher, tandis que la maman reste au foyer pour s’occuper des enfants.

Comme beaucoup de gamins du Royaume chérifien, le jeune Marcel se passionne pour le football qu’il pratique de manière quasi-quotidienne avec ses copains du quartier. Mais à 8 ans, influencé par ses grands frères qui pratiquent tous le noble art, il enfile sa première paire de gants et fait son entrée dans la plus belle et exigeante des disciplines. Plutôt débrouillard, il gravit les échelons sous l’œil bienveillant de son père qui rêve de voir son fils percer dans le milieu de la boxe.

La naissance d’un champion

Après des débuts fracassants chez les professionnels, où il sort victorieux des 35 premiers duels auxquels il participe, il rejoint la Mère Patrie à 21 ans et pose ses valises à Paris. Bienvenue à la capitale. De là, il poursuit sa progression et devient champion de France des Welters en battant Omar Kouidri aux points. Distinction qu’il conserve neuf mois plus tard aux dépens du même adversaire.

Marcel Cerdan

Injustement défait pour la première fois à cause d’un soit disant coup bas sur l’anglais Harry Craster à Londres lors de son 53e affrontement, « Le bombardier marocain » enchaine successivement 5 victoires en 4 mois dont une lors d’un combat sans enjeu contre le champion d’Europe en titre, l’Italien SaverioTuriello.Mécontent, le transalpin se dit prêt à mettre son titre en jeu si le Français accepte de venir le défier chez lui à Milan. Qu’à cela ne tienne ! Pas impressionné par le long Curriculum Vitae de « La panthère milanaise » (3 titres de champion d’Italie et une ceinture européenne) et l’ambiance électrique qu’on lui promet, il relève le défi et s’envole pour la capitale lombarde. Et là devinez quoi ?Le Français s’impose au terme de 15 rounds parfaitement maîtrisés. La réaction du public italien est terrible.Les esprits s’échauffent puis les sièges se mettent à voler, obligeant Cerdan et son entourage à se réfugier dans les vestiaires afin d’échapper à la vindicte des tifosis rendus furieux par la défaite de leur favori.

Roi d’Europe à seulement 23 ans, la carrière du droitier de Sidi Bel Abbes va malheureusement subir un coup d’arrêt suite au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Comme tous les hommes en mesure de se battre, Marcel Cerdan prend part au conflit qui ensanglante une partie de l’Europe et notamment la France. Ce dernier est affecté dans la Marine au Maroc. À distance des combats, le jeune boxeur profite de sa notoriété et des quelques bourses que lui rapportent ses affrontements disputés au bled pour aider et financer les réseaux de Résistance. Dans le Paris occupé de l’année 1942, il dispute une demi-douzaine de combats dont l’un mythique contre son compatriote Gustave Humery, mis KO en moins d’une minute et plongé dans le coma durant presque deux jours. Une nouvelle fois disqualifié pour un coup bas sur Victor Buttin, le puncheur Pied-noir rectifie le tir au cours du combat suivant lors de la finale des championnats d’Europe qui l’oppose à l’Espagnol Jose Ferrer.

Rendu furieux par la croix gammée brodée sur le peignoir de son opposant, Cerdan – qui n’a jamais caché ses sympathies pour une France libre – se jette sur Ferrer comme un mort de faim dés le premier round. Asphyxié par le déluge de coups du Français, l’Espagnol embrasse le sol à cinq reprises avant de jeter l’éponge alors qu’il n’avait jamais subi de knock-down. Plus qu’une simple victoire sportive, le triomphe du boxeur français vient redonner du baume au cœur à une nation plus que jamais empêtrée dans une guerre interminable. Quelques mois après son sacre, il épouse Marinette Lopez, avec qui il aura trois enfants puis ferme la parenthèse de la guerre en s’adjugeant par deux fois de suite le tournoi Interalliées, disputé contre ses semblables américains, bien incapables de résister à la fougue du nouveau chouchou des Français(e)s.

À la conquête de l’Amérique

Passé dans la catégorie supérieure, Cerdan s’empare du titre de champion de France des poids Moyens en terrassant le cador de la catégorie : Assane Diouf. KO à la 3e reprise, boum ! Après la conservation de son titre contre le rugueux Edouard Tenet et quelques victoires expéditives, il rejoint les Etats-Unis et dispute son premier combat sur le sol américain au Madison Square Garden de New-York contre Georgie Abrams. Fatigué et sans doute crispé par l’évènement, le Français livre un duel bien en dessous de ses capacités, mais arrache néanmoins la victoire par décision unanime. Plus qu’un duel, il y gagne le respect des Américains et un surnom « The B52 », un bombardier américain, en référence à son style explosif. De retour sur le vieux continent, il décroche la ceinture européenne en battant le Belge Léon Fouquet, deux minutes seulement après le début de leur rencontre puis s’envole de nouveau pour l’Amérique le temps de deux affrontements victorieux contre Harold Green et l’Estonien Anton Raadik, deux boxeurs parmi les meilleurs du circuit.

Arrive l’année 1948, celle qui marque le début de sa relation amoureuse avec la célèbre chanteuse Edith Piaf. Mais, c’est également sa saison la plus prolifique en terme de conquêtes sportives. De nouveau champion d’Europe après sa victoire contre l’Italien Manca et face au Français Walzack, il perd sa ceinture à la surprise générale contre le Belge Cyrille Dellanoit avant de reconquérir celle-ci aux dépens du même boxeur un mois et demi plus tard. La revanche est un plat qui se mange froid.

Marcel Cerdan

Marcel Cerdan s’attaque ensuite à une légende de la boxe mondiale :Tony Zale. Du punch, de la rapidité, une excellente garde et un style spectaculaire (67 victoires dont 45 par KO, pour 17 défaites et 2 nuls) ont propulsé son opposant parmi les pugilistes les plus en vues des années 40.Trois fois champion du monde durant cette décennie, « l’homme d’acier » part donc largement favoris au moment de défendre son titre face au Frenchy. Et pourtant. Devant près de 20 000 spectateurs tous acquis à la cause du natif de l’Indiana, l’affrontement tourne malgré tout à l’avantage de notre représentant, qui d’un solide crochet du gauche à la fin du 11e round, met un terme à la mainmise qu’exercent les pugilistes yankee sur cette catégorie depuis plus d’un demi-siècle. Mais également à la carrière de Tony Zale, trop marqué par cette défaite pour remonter sur un ring par la suite.

Accueilli par des dizaines de milliers de Parisiens et reçu par le chef d’État, Vincent Auriol, lors de son retour au pays, le nouveau champion du monde des poids moyens a également l’honneur de rallumer la flamme du soldat inconnu à l’arc de triomphe. Par son succès, il redonne le sourire à tout un pays encore marqué par un conflit ou plus de 600 000 de ses fils tombèrent. Sa plus belle victoire, assurément. « J’étais KO debout. Paris, par son accueil m’avait porté le plus fort des coups. Un coup au cœur. Un coup que je sentirai longtemps. Toute ma vie. »

La chute

Nous sommes le 16 juin 1949, Marcel Cerdan va défendre son titre face à Jake LaMotta au Briggs Stadium de Detroit. Son opposant ? Un dur, un vrai, qui a appris le métier en maison de correction, et, dont aucun adversaire – y compris le terrible Sugar Ray Robinson – n’a réussi à le mettre KO depuis son arrivée dans le circuit. En passant un accord avec la mafia, omniprésente dans le milieu de la boxe à cette époque, « Le taureau du Bronx » s’est offert le droit de réaliser son rêve : disputer un titre mondial.

Dès l’entame du combat, l’Italo-Américain met une énorme pression sur le Français, qui résiste tant bien que mal aux fulgurants enchaînements du challenger. Sur une attaque de La Motta, le Français glisse et se blesse à l’épaule gauche. La messe est dite. Malgré la douleur, le champion serre les dents 10 rounds, puis abdique sous la pression de son staff et devant le risque trop élevé d’aggraver sa blessure. Battu, il n’en reste pas moins déterminé à reconquérir SA ceinture le plus rapidement possible.

D’abord prévue le 28 septembre, la revanche est repoussée au 2 décembre 1949 à la suite d’une blessure à l’épaule de l’Américain. Pressé par sa chère et tendre de la rejoindre à New-York, où elle se trouve en tournée, Marcel Cerdan remplace son voyage initialement prévu en bateau par l’avion. La conséquence de son acte lui sera fatale. Dans la nuit du 27 au 28 octobre, l’avion dans lequel il avait pris place avec son manager Jo Langman ainsi qu’avec 47 autres passagers s’écrase dans l’archipel des Açores, au large du Portugal. Il n’y a aucun survivant.

En métropole, à Casablanca où il était adulé parmi toutes les communautés, mais également de l’autre côté de l’Atlantique où il était devenu roi un an auparavant en battant Tony Zale, tout le monde pleure ce champion au grand cœur, aimé et respecté de tous. Parti à l’âge de 33 ans, le plus grand boxeur Français de tous les temps n’avait pas seulement remporter 119 combats sur les 123 disputés, il avait su redonner confiance et joie à une Nation à travers son courage et sa force.

Marcel Cerdan était un héros. Notre héros. À quand le prochain ?

Crédit photo à la UNE : Marcelcerdan.com

Lien annexe : Jake LaMotta

Matt Leduc / @Matt_Leduc_

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