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Rugby

Serge Betsen, profession plaqueur.

betsen France

Découpeur en chef du XV de France dont il a porté 63 fois la tunique tout au long de la décennie 2010, Serge Betsen a fait l’essentiel de sa carrière au Biarritz Olympique avant de céder à l’appel de Londres et des Wasps pour désosser du Rosbeef. Après avoir remporté 3 Boucliers de Brennus, remporté 2 Grands Chelems dans le Tournoi, accumulé une bonne centaine de points de suture et réalisé un nombre incalculable de plaquages, le jeune retraité tente de développer le rugby au Cameroun, son pays de naissance. Et les défis, l’ancien troisième ligne aile adore ça ! Gros plan sur la vie de ce rugbyman hors pair dont rien ne laissait présager une telle destinée. Magnéto, Serge !

Difficile de ne pas céder aux sirènes du ballon rond quand on voit le jour au Cameroun et qu’on grandit à Clichy au début des années 80. Pourtant, c’est bel et bien vers le rugby que le petit Serge se dirige l’année de ses douze ans. Ni par fascination pour les raffuts de Jean-Pierre Rives ni pour imiter les courses folles de Denis Charvet mais par simple politesse envers un éducateur du Centre Sportif de Clichy qui lui propose de s’essayer au ballon ovale :  » Ma réponse était motivée par l’habitude ancrée dans la culture africaine de ne jamais refuser, sous peine de passer pour un impoli. En fait, j’ignorais tout du sport dont me parlait cet étranger. Aussi curieux que cela puisse paraître, je n’en avais jamais vu la moindre image à la télévision ou ailleurs « .

Exercé, tout d’abord, sans réelle passion et en cachette après que sa mère lui a opposé un refus cinglant de pratiquer ce « sport de sauvage », le banlieusard tombe progressivement sous le charme de cette discipline physique et collective qui lui permet de reléguer ses complexes liés à sa grande taille au second plan. Surclassé à de nombreuses reprises, Betsen se taille la réputation d’un bon joueur de rugby mais surtout celle d’un véritable repoussoir pour les demis d’ouverture qui s’aventurent dans sa zone. Une hargne qui constituera sa marque de fabrique.

A 17 ans, il rejoint la côte basque et intègre la section sport études du Biarritz Olympique, le club de son idole, Serge Blanco dont il partage les initiales. Deux ans plus tard, il fait son entrée dans l’équipe première du BO et dispute son premier match contre Narbonne au stade Aguilera. A tout juste 20 ans, le nouvel entraîneur Alain Mourgiart le nomme capitaine, malgré la présence de Patrice Lagisquet, David Arrieta et d’autres joueurs à l’expérience beaucoup plus importante que la sienne. Un pari osé qui s’avère payant. « Le Sécateur » s’affirme et honore sa première cape avec le XV de France en 1997 à Grenoble lors d’une rencontre face à l’Italie. Malheureusement, le test-match censé venir couronner une saison remarquable des Bleus (Grand Chelem durant le Tournoi des Cinq Nations) vire au fiasco. Pour la première fois de son histoire, les Bleus s’inclinent face au voisin transalpin emmené par le fabuleux Diego Dominguez (32-40). Serge Betsen disparaît des écrans radars de la paire Jean-Claude Skrela et Pierre Villepreux.

Côté championnat, l’arrivée du professionnalisme bouleverse la hiérarchie avec la montée en puissance de clubs tels que le Stade Français et le CA Brive, champion d’Europe 1997, et la régression voire la chute de monuments de l’Ovalie comme le FC Grenoble, la Section Paloise ou le RC Toulon. Stabilisé dans le ventre mou du classement, le Biarritz Olympique, jusqu’ici constitué d’une large ossature de joueurs du cru, cède au multiculturalisme : les Néo-Zélandais Glenn Osborne, Frano Botica et Scoot Keith, l’Australien Joe Roff, l’Anglais Maurice Fitzgerald et une multitude de joueurs polynésiens viennent grossir l’effectif des Rouge et Blanc. Fidèle parmi les fidèles, « La Faucheuse » ne cède pas aux offres brivistes ou agenaises et rempile au BO, dorénavant présidé par Serge Blanco.

Non sélectionné pour la coupe du monde 1999, le serial-plaqueur réintègre le squad de l’équipe de France lors du tout premier Tournoi des Six Nations en 2000, trois après sa dernière cape. Après une rentrée satisfaisante à Cardiff contre le Pays de Galles, il passe complètement à côté de son sujet lors de la rencontre suivante face aux Anglais. Averti à deux reprises, son indiscipline coûte le match aux Bleus. La sanction est immédiate : Bernard Laporte affirme en conférence de presse d’après match que tant qu’il sera sélectionneur, le Biarrot ne fera plus partie de l’Equipe de France. Une déclaration qui sonne comme un adieu aux rêves du flanker d’affronter les All Blacks.

 

Sauf qu’il en faut plus pour décourager le plus rugueux des troisièmes lignes du championnat de France. Souvent montré du doigt pour son engagement sans limite (et pour préférer le lait fraise, son surnom au BO, au houblon), il s’illustre désormais par la propreté de ses interventions et surfe sur les bons résultats de son club pour revenir frapper de nouveau à la porte du XV de France. Il a beau avoir la tête dure, Laporte le reprend en 2001. L’année suivante, Betsen réalise le doublé Grand Chelem/bout de bois. Il est désormais incontournable. Le travail abattu par le numéro 6 tout au long du Tournoi 2002 est colossal : 27 plaquages et le sauvetage d’un essai en fin de match contre les Gallois (Scott Quinell en cauchemarde encore, surtout que c’était sa dernière) puis une performance magistrale contre l’Angleterre à Paris où il écoeure un certain Jonny Wilkinson, le meilleur demi d’ouverture du monde. Elu meilleur joueur Français de l’année, Betsen est au faîte de sa carrière.

Demi-finaliste malheureux avec les Bleus contre l’Angleterre lors du mondial australien alors qu’il marque le premier essai du match sous le déluge, il connaît une trajectoire plus heureuse en club, puisqu’il soulève le bouclier de Brennus à deux nouvelles reprises, en 2005 et 2006. Betsen, Thion, Harinordoquy, Yachvili, Traille : le BO est ce qui se fait de mieux à cette époque mais les Basques le double Brennus/H Cup sur une erreur d’inattention de Sireli Bobo en finale face au Muster de Peter « Braveheart » Stringer.

Arrive la Coupe du monde 2007. Barbu préféré des Français, Sébastien Chabal crève l’écran lors de chacune de ses sorties et jouit d’un soutien populaire jusque-là jamais atteint pour un rugbyman, y compris par Frédéric Michalak. 8 de formation, « Seabass » est placé en concurrence avec Betsen au poste de flanker. La concurrence entre les deux hommes fait rage. Sommé de trancher, Bernard Laporte opte pour la Biarrot afin de privilégier la continuité, au grand dam des nombreux partisans du Drômois qui est replacé dans la cage, en 2e ligne. En quart de finale, Betsen réalise son rêve :  les All Blacks sont en face. Privé de leur maillot noir, les joueurs à la fougère argentée ne sont pas de bonne humeur et le haka promet d’être terrible. Le Camerounais de naissance propose à ses coéquipiers d’arborer des t-shirts aux couleurs nationales, de faire corps et d’aller défier les Néo-Zélandais jusqu’à la ligne médiane. L’idée séduit, et la barrière bleue-blanc-rouge avançant sur Richie McCaw, Dan Carter et consorts fait le tour du monde. Les Bleus réalisent l’exploit  mais échouent de nouveau face au meilleur ennemi anglais aux portes de la finale. Cette 63e sélection est sa dernière. Betsen ne participe pas à la défaite face à l’Argentine pour la 3e place et achève ainsi sa carrière internationale, en même temps que de nombreux cadres du XV de France tels que Pelous, Dominici et Ibañez.

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En 2008, après 16 années passées sous le maillot du BO, il rejoint les London Wasps pour quatre ans où son fighting spirit est évidemment célébré :  » Je ne compte plus les gnons, les hématomes, les arcades ouvertes. Je totalise une vingtaine de sorties prématurées dont une demi-douzaine de fois groggy sur une civière. Je suis le calvaire des demis d’ouverture et de la sécurité sociale. Chaque fin de match, je ressemble à un boxeur après le combat de trop ! « 

Engagé, il l’est aussi sur le terrain de la solidarité. Dix-huit ans après son arrivée en France, le natif de Kumba revient dans son pays natal en 2001. A Yaoundé, il découvre que le quartier de Biyem-Assi a une équipe d’une quinzaine de joueurs. L’image le marque et l’idée de créer une association germe : accompagné de son cousin Ahmed Atiback, il fonde « Les Enfants de Biemassy » qui devient quelques temps plus tard la Betsen Academy. Par le rugby, le flanker s’occupe d’enfants défavorisés et insiste sur l’aspect social de sa démarche. Des projets sont également entrepris à Madagascar et au Cambodge notamment. A ce jour, dix ans après sa création, la Betsen Academy aide près de 500 jeunes qui bénéficient des conseils prodigués par les bénévoles ou et les membres présents dans les 5 centres disséminés à travers le pays. Après avoir plaqué les adversaires, Serge Betsen veut plaquer la fatalité. Parole de Sécateur !

Matt Leduc

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