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FATIOU FASSINOU, le petit piment qui va vous enflammer

S’il ne mesure qu’1,60m et n’accuse que 55kg sur la balance, Fatiou Fassinou n’en reste pas moins l’un des boxeurs les plus redoutables d’Afrique. Compétiteur hors pair, doté d’une capacité à enflammer les foules comme nul autre, « Petit Piment » a réussi à combler le vide laissé par la disparition d’Aristide Sagbo, le plus légendaire des pugilistes locaux. Prophète en son pays, le super-­coq aux trois poumons ne fait plus mystère de son prochain challenge : la reconnaissance mondiale.

C’est dans le quartier de Jonquet à Cotonou, capitale économique et plus grande ville du Bénin, que Fatiou Fassinou a grandi. Haut lieu de la prostitution et de trafics en tous genres, le « Pigalle cotonois » est incontestablement l’endroit le plus chaud de la cité. Autre particularité du quartier ? C’est sur ses dalles poussiéreuses, entre deux ruelles jonchées de détritus, qu’ont été formés les plus grands boxeurs nationaux : Aristide Sagbo, Georges Boko, Soule Kéké ou encore Ange Adjaho.

Envieux de la célébrité et du respect dont jouissent les pugilistes du voisinage et malgré le refus de son boxeur amateur de père de lui apprendre le métier, Fassinou attaque la boxe alors qu’il n’est encore qu’un jeune garçon de 7 ans. Infatigable, le jeune homme au physique fragile s’illustre rapidement par son courage dans le ring et prouve ­si besoin est­ que le Noble Art n’est pas seulement une affaire de muscles, mais aussi de volonté.

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Après de nombreuses distinctions nationales et continentales chez les amateurs, le gaucher fait son entrée dans le circuit professionnel en 2001 : « c’est très dur d’être boxeur professionnel en Afrique,confie-t-il. Nous ne bénéficions d’aucune aide pour payer nos équipements et les infrastructures sont vieillissantes. Je m’entraîne seul, avec les moyens du bord la majorité du temps ».

Assez pour décourager le Cotonois ? Pas du tout ! Du Togo au Nigeria en passant par la Côte d’Ivoire, l’homme aux rastas rend une copie quasi parfaite à chacune de ses sorties et s’inscrit rapidement parmi les combattants les plus en vue de l’Afrique de l’Ouest. Mais contrairement à ses compatriotes Justin Savi et Ange Adjaho, partis aux Etats­-Unis monnayer leurs talents, « Petit Piment », lui, reste à quai. Qu’à cela ne tienne : si le cogneur ne peut exprimer son talent hors du continent, il conquiers le public à la force de ses poings et toujours avec un sens aiguisé du spectacle.

Intimidations, caisse qui disparaît et combats rapprochés

En 2009, il bat Felix Friday par décision unanime (120 -107  pour les 3 juges) lors d’une soirée disputée dans sa ville natale et remporte la ceinture de champion d’Afrique CAB (Confédération Africaine de Boxe). « FF » s’empare ensuite de la ceinture WBC Silver en triomphant de l’invaincu Felix Williams au Ghana. Une victoire au goût amer, puisque les organisateurs du gala prennent la poudre d’escampette avec la recette de la rencontre : « si ce n’est pas l’argent qui disparaît, ce sont les pesées qui sont truquées, les intimidations avant les rencontres ou tout simplement des décisions arbitrales complètement dingues ».

Dernier exemple en date ? Sa belle face à Alexis Kaboré à Ouagadougou (Burkina Faso) pour l’obtention de la ceinture WBC International : « je savais qu’il me serait difficile d’être déclaré vainqueur si je ne mettais pas mon adversaire KO. Malheureusement, ma prédiction s’est avérée exacte et j’ai été déclaré perdant malgré ma supériorité. C’est souvent comme ça lorsqu’on boxe contre un local ».

Preuve des difficultés inhérentes au monde professionnel de la boxe en Afrique, le Béninois (29 combats : 23 victoires (11KO), 4 défaites, 2 nuls) est prié de remettre les gants à Cotonou seulement… une semaine après sa défaite en 12 rounds : « j’ai conscience que ce n’est pas prudent, surtout après un combat éprouvant, mais ai­-je vraiment le choix ? J’ai bientôt 30 ans, je n’ai pas de temps à perdre. Je dois montrer mon potentiel à chacune de mes sorties ». Le Ghanéen Joshua Barnor, comme tant d’autres, subira les foudres du puncheur (38% de victoires par KO d’après boxrec.com). Incapable de répondre présent à l’appel de la quatrième reprise, Fassinou confirme un fait que plus personne ne peut ignorer : le gamin de Jonquet en a dans les gants !

Un avis que partage également Amaury Mangin, ancien directeur de l’école Française de Cotonou, qui a tenté de faire décoller la carrière du boxeur au cours de la première décennie des années 2000. Aujourd’hui sous d’autres cieux, « Coach Yovo » (« l’entraîneur Blanc ») n’en reste pas moins admiratif du chemin parcouru par son poulain : « c’est incontestablement le meilleur boxeur du Bénin toutes catégories confondues et d’Afrique chez les super-coqs. Au dela de cela, c’est un garçon doué, honnête et intelligent ». La complicité entre les deux hommes s’est d’ailleurs traduite par la réalisation d’un documentaire, dont seul le teaser est visible à ce jour :

« Avec plus de moyens… »

Guère plus d’un mois après ces deux affrontements contre Alexis Boureima Kaboré et Joshua Barnor, Fatiou Fassinou sera de nouveau la tête d’affiche de la soirée organisée le 13 mai à Accra, au Ghana. A moins d’une semaine de son combat contre un adversaire dont il ignore encore l’identité, le boxeur n’a pu s’empêcher de dresser un bilan sur le triste sort des boxeurs en Afrique : « les gens ignorent à quel point l’Afrique, et notamment le Bénin, regorge de boxeurs talentueux. Avec plus de moyens, ainsi qu’une meilleure organisation, les nôtres pourraient rivaliser avec les boxeurs du monde entier. En ce qui me concerne, je me sais capable de donner le change avec n’importe qui. J’attends simplement qu’on me donne ma chance. J’attends… ».

Quelqu’un s’y colle ?

Matt Leduc / @Matt_Leduc_

 

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Shafiq Chitou, This time for Africa.

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Son nom ne vous dira rien. Pourtant, Shafiq Chitou a été membre de la franchise des Istanbulls lors des World Series of Boxing (WSB) et a défilé sous les couleurs béninoises aux Jeux Olympiques de Londres en 2012. Preuve incarnée que l’Afrique regorge de boxeurs talentueux en dépit d’infrastructures peu propices à leurs éclosions, le gaucher au crochet dévastateur n’entend pas simplement laisser une trace à cette discipline mais ni plus ni moins marquer celle-ci de son empreinte. Chiche ?

Parler du bosseur qu’il a toujours été, du boxeur rugueux qu’il est devenu et du champion qu’il aspire à être, ne saurait se concevoir sans un retour aux sources. Avant dernier des quatre enfants que sa mère a eu avec un homme qu’elle partage avec quatre autres femmes, Shafiq Chitou a vu le jour à Cotonou, la capitale économique et plus grande ville du Bénin, au milieu des années 80. Le petit pays d’Afrique de l’ouest, coincé entre le Togo et le Nigéria, se trouve alors sous la coupe du dictateur Mathieu Kérékou. La vie est dure et la bataille pour faire bouillir la marmite est quotidienne. Shafiq ne va pas à l’école et est contraint d’effectuer toutes sortes de boulots dès son plus jeune âge pour contribuer à l’effort collectif. Au sortir de l’adolescence, il attaque la boxe avec un copain du quartier, davantage pour se maintenir en forme que par amour pour le Noble Art. Mais très vite, il prend goût à cette discipline qui demande force et courage et, après quelques années de pratique, ses prestations encourageantes lui permettent d’intégrer l’équipe nationale. A 24 ans, il remporte les championnats du Bénin en catégorie plumes et participe aux championnats du monde de boxe amateur à Milan. Sans soutien ni entraîneur, il échoue aux portes des quarts de finales contre le Turc Kerem Gurgen. Son punch et sa rapidité attirent néanmoins les recruteurs et le jeune Béninois se voit proposer d’intégrer la franchise des Istanbulls pour les World Series of Boxing (crées en 2010, les WSB est une compétition où s’affrontent douze franchises réparties à travers le monde, ndlr). Si la chance sourit aux audacieux, son abnégation, elle, lui permet de s’ouvrir les portes d’une vie meilleure. C’est du moins ce qu’il croit en posant ses valises sur les bords du Bosphore. Malheureusement, après trois combats prometteurs sous la bannière stambouliote, l’athlète d’un mètre soixante-huit pour soixante kilos est prié de plier bagage, seulement six petits mois après son arrivée.

Là où le pessimiste y verrait un retour à la case départ, Shafiq y voit une occasion de reculer pour mieux sauter. Grâce à son expérience acquise chez les Turcs, il s’invite sur la troisième marche du podium lors des championnats d’Afrique disputés à Yaoundé au Cameroun et effectue une performance relativement correcte lors des Jeux Africains de Maputo au Mozambique. Quelques mois plus tard, il confirme son statut d’homme en forme en obtenant son billet pour les Jeux Olympiques de Londres. L’exploit est accueilli avec joie au pays du vaudou. Hélas, la déception sera à la hauteur de l’attente. N’ayant pas pu bénéficier d’une préparation adéquate, le Cotonois s’incline dès le premier tour face au Tunisien Ahmed Mejri sur le score de 16 à 9. Ainsi va la vie…

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La Fédération Béninoise de Boxe réalisant qu’elle tient en la personne de Chitou une pépite capable de redonner ses lettres de noblesse à la boxe nationale, a jugé bon d’envoyer ce dernier à Rouen, afin qu’il bénéficie de structures adaptées à son énorme potentiel. Les résultats n’ont pas tardé à confirmer la pertinence de leur décision : « j’ai disputé la finale de la ceinture Montana, où je me suis incliné aux points contre un très bon boxeur Mauricien. Depuis mon arrivée en France, j’ai l’impression d’avoir progressé dans quasiment tous les domaines et je sens que ma marge de progression est encore énorme ».

A bientôt 30 ans, c’est donc en Normandie, ou sa gentillesse et son professionnalisme font l’unanimité, que le boxeur s’entraîne, mu par la conviction de pouvoir devenir le premier Béninois à ramener une médaille des prochains JO, qui auront lieu à Rio en 2016. Sevré de boxeurs renommés depuis le retrait des rings de Georges Boko et à la suite du décès de Aristide Sagbo, l’ancien royaume de Dahomey pourrait bien avoir trouvé son nouveau roi.

 

Matt Leduc

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