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Boxe

Te casse pas la tête, Sonny Liston s’en charge

Dôle de destin que celui de Sonny Liston. Parti de rien, décédé dans l’indifférence quasi-générale malgré une brillante carrière chez les lourds durant les années 50-60, le roi du KO a dominé sa catégorie avant qu’un jeune boxeur du nom de Cassius Clay (qui deviendra Mohamed Ali) ne le dépossède de sa ceinture mondiale au cours d’un combat aussi suspect que légendaire. Si ses liens avec la mafia et son penchant pour l’alcool l’ont peu à peu transformé en personnage impopulaire, ses poings d’acier, eux, en ont fait l’un des boxeurs les plus redoutables du XXe siècle.

Personne, y compris sa mère, n’a pu déterminer avec exactitude la date et le lieu de naissance de Charles  » Sonny  » Liston. L’hypothèse la plus probable est qu’il a vu le jour à Slough dans l’Arkansas durant l’année 1932. À cette époque, l’industrialisation a gagné l’ensemble du territoire américain, mais rien, pas même l’abolition de l’esclavage plus d’un demi-siècle auparavant, ne semble avoir bouleversé le mode de vie des habitants de cet Etat du Sud depuis l’arrivée des premiers colons européens. Pour un salaire de misère et parfois quelques coups de fouet, de nombreuses familles noires continuent d’y cueillir le coton dans d’énormes propriétés détenues par des fermiers blancs. C’est le cas de la famille Liston.

Élevé par une mère aux mœurs légères et un père à la main leste, le jeune Sonny, comme ses douze frères et soeurs, est très rapidement envoyé aux champs. Illettré, le jeune homme se lasse vite de cette vie morose et décide de tailler la route à l’adolescence pour rejoindre une de ses sœurs à St Louis, Missouri. Là-bas, il s’encanaille avec de jeunes voyous locaux et écope d’une peine de 5 ans de prison ferme pour trois vols à main armée et deux vols simples. Incarcéré au pénitencier de Jefferson City, il découvre la boxe et se gagne rapidement la réputation d’un puissant cogneur.  » Au bout de quatre semaines de combat, il ne se trouvait plus un homme dans toute la prison pour affronter Sonny sur le ring « , affirmera le père Schlattmann, aumonier Catholique de la prison. Sans technique, ni tactique, mais avec la seule force de ses poings, Liston corrige ses codétenus avec tant de facilité qu’il est parfois contraint d’affronter deux adversaires en même temps… Pour un résultat identique.

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Très vite, la rumeur qu’un prisonnier capable d’aligner quiconque ose l’affronter franchit les murs de l’enceinte et gagne la ville voisine de St Louis, la plus importante de l’État. Frank Mitchell, un éditeur passionné de boxe, s’intéresse alors au cas du détenu Liston matricule 68069. Il organise un comité de soutien avec l’appui de certains politiciens ainsi qu’avec les leaders de la communauté noire de la cité jadis fondée par les colons français et parvient à faire sortir Liston de prison, après que ce dernier n’ait purgé seulement deux ans de sa peine. Aussitôt dehors, il le présente à Monroe Harisson, entraîneur de boxe local, et l’inscrit au Golden Gloves nationals, une compétition ouverte aux boxeurs amateurs d’une trentaine de régions disséminées à travers le pays. Comme certains des plus grands pugilistes nationaux tel que Joe Louis en 1934, ou comme le feront Evander Holyfield et Mike Tyson en 1984, mais aussi Oscar De la Hoya en 1989, Sonny Liston remporte la compétition en écrasant la plupart de ses adversaires en moins d’une reprise.

La mauvaise réputation

Passé professionnel peu de temps après son sacre, il remporte ses 5 premières rencontres sans grande difficulté et dispute son premier grand combat contre John Summerlin, le champion des poids lourds du Michigan à Detroit, le 29 juin 1954. Donné perdant à 22 contre 1, Liston l’emporte aux points et confirme son statut de grand espoir du noble art aux dépens du même Summerlin, un mois après.

L’Amérique s’intéresse alors à ce géant sorti de l’ombre dont personne ne semble pouvoir en stopper l’ascension, tellement celle-ci s’effectue à pas-de-géant. Malheureusement, le crime organisé ne tarde pas non plus à pointer le bout de son nez et à draguer le puncheur de Slough.

En effet, à cette époque, il est encore fréquent qu’un boxeur soit « récupéré » par un mafioso, flairant bon l’occasion d’engendrer une belle pile de billets verts en truquant les combats du poulain en question. Et c’est ainsi que Frank Mitchell et Monroe Harrison sont priés de céder leur place à Blinky Palermo, un gangster originaire de Philadelphie.

Relation de cause à effet ou non, parallèlement à sa carrière, Sonny Liston est arrêté à 14 reprises par la police de St Louis entre 1953 et 1958. Incarcéré pour l’agression d’un policier pendant 9 mois en 1957, il prouve, si besoin est, qu’il n’a rien perdu de sa superbe en terrassant Billy Hunter à Chicago pour son retour dans le ring, le 29 janvier 1958.

Enchaînant les victoires par KO aussi aisément que le whisky durant ses virées nocturnes, le voilà, après 35 combats (34 victoires pour une défaite) challenger numéro 1 pour affronter le champion du monde des poids lourds, Floyd Patterson. L’affiche semble attirante, mais n’emballe guère Cus D’Amato (le manager de Patterson), qui voit en Liston une bien mauvaise publicité pour la boxe en raison de son passé criminel. Même son de cloche du côté de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), une organisation qui veille à la défense des droits civiques des Noirs, voyant en cet affrontement un désastre pour leur communauté si le tenant au titre venait à perdre. Malgré les réticences de son entourage, Patterson, vexé par le peu de confiance placé en lui, donne son accord pour affronter Liston.

La revanche du paria

Deux petites minutes après le début de l’affrontement, Patterson embrasse le sol à la suite d’une succession de directs et d’un terrible crochet du gauche à la tempe. Dévasté par l’enchaînement terrible de son challenger, le champion tarde à se relever et semble avoir toutes les peines du monde à retrouver ses esprits. Dix secondes plus tard, le verdict tombe : Sonny Liston est déclaré champion du monde, avant même qu’il n’ait pu ressentir les premières gouttes de sueur ou reçu le moindre coup. Plus déterminé, Liston qui avait déclaré « être prêt à tuer son adversaire pour s’emparer de sa ceinture », met donc un terme, en quelques secondes, au règne long de six ans de Patterson sur la catégorie des lourds (il avait perdu une première fois sa ceinture contre le Suédois Ingemar Johansson avant de la reconquérir un an plus tard). Jamais dans l’histoire de la boxe un challenger n’avait réussi à s’emparer d’une ceinture aussi rapidement.

Guère plus heureux lors du combat revanche à Las Vegas l’année suivante, Patterson est envoyé au tapis à trois reprises durant le premier round et est contraint d’abdiquer après deux minutes et trente trois secondes. La facilité avec laquelle « le méchant nègre » vient à nouveau de disposer du « gentil noir » choque et impressionne le monde entier, à l’exception notable d’un jeune homme assis au cinquième rang : Cassius Clay. Médaillé d’or aux Jeux Olympiques de Rome en 1960 et brillant athlète au parcours jusqu’ici prometteur de 19 combats pour autant de victoires, il profite d’ailleurs d’une faille dans le service de sécurité pour s’inviter dans le ring afin de défier Liston. Moqueries, gestuelles et joutes verbales accompagnent son intervention avant que celle-ci ne soit interrompue, ­non sans mal,­ par plusieurs agents de sécurité. Si la provocation ne perturba pas outre mesure Liston et amusa les spécialistes, persuadés qu’un jeune boxeur comme Clay ne pourrait jamais vaincre le champion en titre, elle fut en revanche très vite jugée intéressante par les promoteurs.

 

Liston-Clay, le mystère le mieux gardé de la boxe

Avec seulement 8000 places vendues sur 16000 disponibles, les amateurs de boxe ne se sont pas bousculés au Convention Hall de Miami, le 25 février 1964, pour assister au duel entre Liston et Clay. Trois mois seulement après l’assassinat du président JF Kennedy à Dallas, il semble que les Américains n’ont pas encore retrouver le goût de spectacle, d’autant plus que celui-­ci ne promet aucune surprise, étant donné la supériorité manifeste que le champion possède sur le jeune challenger impétueux. Sauf qu’en boxe, rien n’est jamais écrit à l’avance, surtout lorsqu’un outsider aux dents longues vient défier un tenant du titre en manque de rythme (seulement 2 combats en 2 ans).

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L’affrontement, plutôt équilibré durant les trois premiers rounds, bascule lors de la reprise suivante lorsque Liston trouve la faille et tuméfie le visage de Clay. En retournant dans son coin, Clay, visiblement gêné par son œil droit, hurle à son entraîneur Angelo Dundee qu’il abandonne :  » Je n’y vois rien ! Coupe les gants ! Fais arrêter le combat ! « . Poussé par son coach, il repart néanmoins à l’appel de la cloche et parvient à rééquilibrer les débats en maintenant Liston à distance lors du cinquième round. Étrangement sur la défensive alors qu’il semblait bénéficier d’un avantage certain sur son adversaire, Liston retient ses coups et décide de ne pas se lever de son tabouret à l’appel de la septième reprise. Stupeur et incompréhension gagnent alors la salle mais pas l’arbitre qui, conformément au règlement, désigne Clay vainqueur. Suspectant des irrégularités, une enquête sénatoriale ne tarde pas à avancer l’hypothèse d’un combat truqué, sans toutefois en apporter les preuves nécessaires. Aujourd’hui encore, le mystère reste entier et a fait l’objet de plusieurs enquêtes journalistiques qui ne sont jamais parvenues à percer la vérité.

La revanche entre Liston et Clay, devenu entre temps Mohammed Ali après sa conversion à l’islam, se tient à Lewiston dans le Maine le 25 mai 1965. Encore une fois, la polémique fera rage lorsque Liston se jette au sol après avoir été effleuré par un jab de son adversaire. Pas dupe, la foule crie au combat truqué et le cordon de policiers entourant le ring doit redoubler d’efforts afin de contenir le début d’émeute provoqué par l’étrange défaite du géant de l’Arkansas.

Boudé du public pour ses frasques et ses polémiques entourant ses derniers combats, « l’ours » est contraint de s’exiler en Suède le temps de quatre affrontements (4 victoires par KO). De retour au pays, il dispute encore quelques combats puis trouve la mort chez lui, à Las Vegas, le 30 décembre 1970 à l’âge de 38 ans. Objet d’une dernière controverse lorsque sa mort fût officiellement déclarée de cause naturelle bien qu’une quantité importante d’héroïne ait été retrouvée dans son sang, il repose au cimetière du Paradise Memorial Gardens sous une plaque portant son nom et les inscriptions : « a man ».

 

Matt Leduc
@Matt_Leduc_

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